lundi 28 septembre 2015

Un Corbusier au Louxor

Je me fais avec plaisir le relais d'une information envoyée par François Chaslin. Celui-ci vous propose de le rencontrer lors d'une conférence sur son ouvrage Un Corbusier au cinéma le Louxor, dans le cadre de l'université populaire.
Pas de doute que cela sera très intéressant. Je vous conseille donc vivement si vous êtes sur Paris d'aller y assister.
Voici les informations pratiques :





Comme il s'agit de Mr Chaslin et de le Corbusier, pourquoi ne pas en profiter pour regarder aussi une carte postale inédite sur l'architecte.
On ne se refuse rien !
Du saugrenu :



Oui. Étonnant non ?
Cette carte postale appartient bien à la série éditée par Ryner qui nous montre les intérieurs de la Cité Radieuse de Marseille. On note que l'éditeur nomme le lieu le Bar-salon (sic!) alors que nous sommes bien dans les deux chambres séparées par le mur coulissant.
Difficile de comprendre le choix d'une telle décoration... Mais cela prouve avec humour que l'on peut bien rêver de ce que l'on veut dans l'espace moderne de la Cité Radieuse ! Ce puits champêtre en fer forgé devait donc servir de bar en s'ouvrant sans doute par son milieu. Imaginez le plaisir d'être là, assis, autour de cette merveille et de prendre un Casanis bien frais.
Je ne sais pas qui a le plus d'humour, le concepteur de cette merveille ou le photographe venu là prendre ce cliché et l'éditer. Que tente donc de nous prouver cette image ? A-t-elle intégré d'elle-même l'indélicatesse et le second degré ou bien fait-elle le constat joyeux d'une liberté de vivre dans un espace révolutionnaire ? Si on regarde le reste de la photographie, on devine un lieu relativement vide de vie, où rien ne traîne et seule la plante verte semble dire la réalité de l'habitat de ce lieu.























 
























On notera que l'Architecture d'Aujourd'hui s'amusait déjà à l'époque de la publication de telles cartes postales...
Au dos, figure bien le nom de Le Corbusier comme architecte, heureusement pas comme décorateur ! Mais aurons-nous la chance d'avoir le témoignage d'un habitant de la Cité Radieuse sur ce voisin décorateur ?
Sans doute est-ce là l'image d'un puits de sciences, hommage à François Chaslin !
N'oubliez pas de lire son superbe ouvrage sur Le Corbusier. Indispensable.

dimanche 27 septembre 2015

Mexico brutal

En ce dimanche, allons faire un tour à Mexico, dans l'un des plus importants lieux de pélerinage mondial catholique, la nouvelle Basilique de Mexico :

















La carte postale en Vistacolor est éditée par Ammex en "lito en México" est fait plaisir à un lithographe comme moi en proposant dans son logotype de nous montrer la presse qui imprime ces cartes postales.
Mais bien entendu, nous allons surtout regarder la belle et gigantesque Basilique photographiée par deux fois par Salvador Fematt.
On y reconnait bien le style d'une architecture de béton associant les courbes contrariées d'un toit en forme de tente, évoquant le textile et donc une forme nomade et une lourdeur volontaire, solide, puissante qui tient soit du volcan, de la colline se soulevant du sol depuis un plan circulaire approuvé par Vatican 2. Il faut dire que l'architecte Pedro Ramirez Vazquez devait inventer un lieu pouvant accueillir une foule énorme car ce lieu est le deuxième plus important lieu catholique visité après le Vatican ! On voit d'ailleurs devant la basilique la foule qui se presse pour voir la relique qui y est exposée. Cette Basilique datant de 1976, on pourra tout de même s'étonner de la voir avec ce style si tardive.
Il faut le dire, nous aimons particulièrement ce genre d'objet architectural dont la force brutale tient beaucoup à son émergence soudaine dans le paysage.

















L'intérieur laisse aussi rêveur et propose un ensemble liturgique d'une grande beauté. On remarque que le plafond semble réchauffé par des bois et que la lumière descend directement sur l'autel. Comment ne pas aimer les immenses lustres tombant du toit sur les pèlerins ?
Étrangement l'échelle semble bien moins importante depuis ce point de vue.
Même s'il s'agit d'un hasard, dans la même boîte à chaussures, je trouve cette autre carte postale venant du Mexique et réunie certainement lors du même voyage :
















L'éditeur nous dit qu'il s'agit du Temple du Magicien à Uxmal dans le Yucatan. Il va de soit que le rapprochement brutaliste entre ces deux formes architecturales est possible. Si seulement cette pyramide avait été faite de béton, nous aurions pu rapidement nous réjouir comme d'un signe d'une complicité amicale autour d'une forme tenue, ferme, elle aussi sans concession au paysage, l'écrasant dans son surgissement.
On notera que Pedro Ramirez Vazquez est l'un des plus éminents architectes mexicains. On lui doit notamment le Pavillon mexicain de l'exposition internationale de Bruxelles en 1956 et un grand nombre d'édifices ayant marqué par leur modernité l'architecture de l'Amérique Latine.

dimanche 20 septembre 2015

Piscine Tournesol en action

Continuons notre inventaire des éditions de cartes postales nous montrant les piscines Tournesol. Il va sans dire qu'en ces journées européennes de destruction du Patrimoine , la piscine Tournesol, malheureusement, avec son succès populaire et sa présence fréquente sur notre sol national est bien l'une des premières œuvres menacées car comme un gant que l'on retourne, ce succès et son grand nombre vont à l'encontre de l'urgence de protection...
La France attendra donc que la dernière piscine Tournesol encore debout et pas modifiée ou torturée sous des relookages douteux soit menacée pour prendre la décision d'une protection ou mieux encore, comme d'habitude de regretter de n'avoir rien fait. "Mince c'est trop tard, oh, si on avait su..."
Alors pour l'instant, continuons de nous réjouir des images et donc des cartes postales qui, elles, dans leur popularité, ont su rendre hommage à cette architecture et son architecte Bernard Schœller ayant marqué l'histoire mais aussi les souvenirs des français. Une vraie belle architecture populaire :

























Cette très belle carte postale est une édition Cellard expédiée en 1977. Elle est remarquable car en trois petites vues, elle rend vivants l'action et le rôle de ces piscines. D'abord on nous montre l'objet, ici dans sa livrée rouge, l'une des plus belles et des plus rares. Puis, et là c'est franchement inédit, on voit une classe de primaire se rendre en rang à la piscine Tournesol accompagnée par le maître de la classe. 

 
 



Je me reconnais bien dans l'époque et la dégaine des morpions car j'y retrouve ma jeunesse. Mais surtout j'aime ainsi que la carte postale souligne l'usage de ce type de construction, accentuant ici son rôle éducatif et scolaire. Puis, dans le dernier registre, le photographe choisit de serrer son cadrage non plus sur la piscine elle-même mais sur ceux qui s'y baignent et il cadre sur les gamins dans l'eau. Impossible de savoir s'il s'agit de ceux photographiés plus haut même si ces derniers semblent bien plus s'amuser que suivre la leçon de natation scolaire. Voilà donc encore la preuve d'une lecture possible des usages et de la présence d'une architecture moderne dans le paysage par ce mode populaire qu'est la carte postale. On notera que la piscine de Charvieu est appelée centre nautique comme pour lui donner une noblesse, un rôle et une importance plus grande. Il semble bien que cette piscine Tournesol de Charvieu existe toujours mais elle est maintenant blanche...

mercredi 16 septembre 2015

Journées Européennes de destruction du Patrimoine

Alors, bien évidemment cela ne m'amuse pas d'être la mouche tombée dans la soupe.
Mais puisque l'actualité des Journées Européennes du Patrimoine arrive à grands pas, je vous propose d'aller voir une dernière fois quelques œuvres majeures, parfois labellisées et pourtant menacées de destruction, de restructuration ou de relooking épuisant.
Faisons une promenade vers de futures ruines, vers des regrets que les livres d'histoire de l'architecture enregistreront dans quelques années comme des erreurs et des exemples de bêtises de la politique patrimoniale dont on peut se demander si en France, au-delà des affichages institutionnels et des émissions sur France 2, elle existe encore. Avant, la Grande Muette, c'était l'Armée, il semble qu'aujourd'hui ce soit, au moins sur les questions de l'architecture contemporaine et de son héritage moderniste, le Ministère de la Culture... Pendant ces journées, il pourrait y avoir des annonces de ce Ministère montrant son attachement au Patrimoine Moderne, cela serait un signe, une énergie, une reconnaissance mais vous verrez que comme sous Filippetti, on n'aura rien.
Voilà le progamme de l'année pour ces Journées Européennes du Patrimoine :






Allez faire un tour sur le terrain déblayé de l'église Sainte Bernadette du Grand-Quevilly, allez voir qu'il ne reste rien... Allez dans la même ville, voir l'autre église dessinée par l'architecte Cacaut, abandonnée et détériorée. De ce fait, pour ces Journées Européennes du Patrimoine, Grand-Quevilly est la ville où l'Art Sacré Moderne est sacrément détesté et dédaigné, une ville donc phare dans ce programme. Nous reste à regarder sur Google Earth, les images de l'église encore debout...




















Allez vite à Toulon pour ces Journées Européennes du Patrimoine regardez pour quelque temps encore la très belle Caisse d'Épargne de Henry, architecte avant que les affairistes du mètre-carré, les investisseurs en surface-plein-centre-ville associés à des architectes qui se fichent comme d'une guigne de leurs aînés et de leur héritage ne viennent faire un tuning hideux sur ce chef-d'œuvre qui a donc obtenu pour rien le Label Patrimoine du Vingtième sicle. Un vrai et beau futur cas d'école pour la signification de ce Label en France. Dépêchez-vous ! Tous à Toulon pour voir la réalité de la politique patrimoniale en France. Ils ont déjà affiché leur programme Visio... C'est à pleurer.



Allez tous à Vigneux-sur-Seine pour les Journées Européennes du Patrimoine voir l'ensemble de Paul Chemetov, les Briques rouges. Faites des photographies, des dessins, documentez pour l'histoire la destruction d'un Label du Patrimoine du Vingtième Siècle ! C'est une chance de saisir en direct l'inutilité affichée publiquement de ce Label !
Là aussi tout cela pour un programme foncier et immobilier d'une qualité... rare, c'est inouï comme en France, la laideur a le pouvoir de détruire sous le regard des maires les œuvres intelligentes...




















Allez tous au Touquet voir la très belle tour de l'école hôtelière avant que l'on ne sache comment la reconvertir et que, devant le manque d'idées et l'épuisement des possibles on ne se décide avec regrets (ils ont toujours des regrets) à la détruire.






































Allez voir au Havre comment un chef-d'œuvre reconnu d'Oscar Niemeyer, chef-d'œuvre posé dans une ville étant inscrite sur la Liste du Patrimoine Mondial de l'Unesco, allez voir comment cette Maison de la Culture a pu être éradiquée dans ses formes et ses fonctions, étant pourtant l'une des constructions emblématiques de cet architecte en France. Voyez ce somptueux ratage dont le seul hommage fait à l'architecte est d'avoir inscrit son nom en énorme sur les nouveaux murs comme pour se rassurer d'avoir bien fait. C'est, je crois, l'exemple le plus parfait de la démagogie patrimoniale à la française, un cas d'école, un cas historique. Suite à cette catastrophe patrimoniale, je crois qu'il faudra retirer au Havre son inscription sur la Liste Mondiale du Patrimoine de L'Unesco. Cela laisse songeur sur les possibles attaques de l'œuvre de Perret si la démagogie politique effectuée sur celle de Niemeyer venait à s'étendre. Pour ces Journées Européennes du Patrimoine allez donc tous au Havre voir cette honte.


















 
















Allez vite au Mirail, voir comment l'héritage de Candilis est sacrifié, mutilé, éradiqué et tout cela dans un esprit presque festif et heureux ! C'est absolument inouï ! Et que la cabale mêlant les idées flamboyantes radio-diffusées d'une équipe d'architectes et les petites pensées humanistes d'un philosophe permet là aussi de croire qu'ils font bien, juste et même rendent hommage à cette architecture ! On détruit pour rendre hommage ! Le comble... Donc vite, allez à Toulouse Le Mirail pour ces journées européennes de destruction du Patrimoine !



















Enfin quel avenir pour le chef-d'œuvre d'Orléans-la Source qu'est le centre E.D.F par les architectes Renaudie, Riboulet, Thurnauer, et Veret ? Va-t-on attendre qu'il ne soit trop tard pour s'excuser de n'avoir rien fait dans un mélange fatigant de désolation et de regrets ? Est-ce logique que cette ville qui abrite pourtant le très important F.R.A.C Centre, spécialisé dans l'architecture laisse ainsi en voisin une ruine se fabriquer ?
Allez donc à Orléans pendant ces journées du Patrimoine voir ce centre E.D.F et la serre-restaurant de messieurs Arretche et Prouvé tout aussi abandonné...

On pourra aussi évoquer pour ces Journées de destruction du Patrimoine le cas éloquent de l'École d'architecture de Nanterre, vandalisée, abandonnée alors même que par son programme et son architecture elle devrait être l'exemple d'une cohérence patrimoniale en France. Pour ce cas, ce n'est plus de la honte, c'est de la colère.

En conclusion (et malheureusement la liste va s'allonger), cette année, les Journées Européennes du Patrimoine seront celles de la fin programmée du Label Patrimoine du Vingtième Siècle. Jamais, jamais encore en France notre héritage contemporain n'a subi sous les yeux devenus complices des institutions et des politiques, une telle ampleur de destructions, de menaces et même, j'ose, d'une rage jouissive à détruire en toute liberté et bonne conscience démagogique notre héritage moderniste.
Bonne visite à tous, bon week-end sur les ruines de notre modernité.
Le Comité de Vigilance Brutaliste.


lundi 14 septembre 2015

Empiler à la belge

C'est exactement ce que j'aime, tomber sur sur ce genre de cartes postales :



Cet ensemble incroyable réussissant l'amalgame entre une ruche et un empilement de boîtes se situe en Belgique à Klemskerke. Il s'agit de l'ensemble Blekkaard qui est dédié aux vacances.
Peu d'architectures me semblent ainsi parler franchement par leur image de leur mode de fabrication, ou, du moins, nous laisser croire à ce mode. Il y a bien l'ensemble de Moshe Safdie à Montréal qui peut restituer cette impression de clarté mais ici, dans la forme du module, on croirait plus à un empilement de mobil-homes que de cubes. D'ailleurs il est difficile de savoir si le nombre de cet empilement est réellement ouvert ou bien s'il s'agit d'une image donnant cette impression. Pouvait-on, peut-on, réellement ajouter ou retirer l'un des modules ? Comment sont constituées les relations entre eux, comment circule-t-on au centre de la construction ?



On devine bien deux tours de béton qui débordent et doivent desservir verticalement la pyramide de modules mais pour l'horizontale ? Il faut donc croire que chacun des modules est en fait séparé en deux avec un couloir central permettant des raccords horizontaux. Cela voudrait également dire qu'il y a deux logements par modules. Mais alors comment sont éclairés ces couloirs ?
Tout cela reste mystérieux. Je trouve assez facilement le nom de l'architecte qui serait Marcel Dubois avec Jaminin associés si on en croit ce site.
Nous restons tout de même très admiratifs de la réalité de ce genre de construction qui sur cette carte postale contraste si bien avec son premier plan constitué de plusieurs caravanes et mobil-homes, eux, restés sur la terre ferme. Entre ces deux empilements, vous choisissez lequel ? Moi, j'ai choisi...





J'imagine sans doute à tort le ballet des grues apportant et déposant un à un les modules tous préfabriqués sur le sol et emportés dans les airs pour être placés dans la ruche. Cette première carte postale est une édition AVM sans nom de photographe.
Regardons-en une deuxième qui finira de nous impressionner et de nous réjouir !



Peut-on vraiment mieux comprendre la réalité constructive depuis ce point de vue ? Difficile...
On devine pourtant bien le doublage de l'épaisseur des modules ce qui prouverait bien une superposition de ceux-ci mais les murs aveugles ne donnent aucune chance de comprendre les raccords entre les modules.



On peut aussi imaginer que seuls les modules de butée soient ainsi fermés.
La carte postale AMV nous indique qu'il y a là des logements mais aussi un restaurant et une supérette.
Mais quelle merveille ! Quelle surprise ! On retrouve bien cet ensemble encore debout sur Google Earth, espérons que nos amis belges sauront préserver cet ensemble à la fois si pragmatique dans son image et si poétique dans sa réalité.








vendredi 11 septembre 2015

Kronos

Ici, on aime le travail de Hansjörg Schneider, et même, voyez-vous, on le jalouse.
Alors dès que l'on reçoit de cet artiste des nouvelles, des informations et des catalogues de son œuvre, on se fait une joie et un honneur de les partager.
D'abord la carte postale :



















N'est-ce pas magnifique ? N'avez-vous pas envie immédiatement de venir là, vous asseoir sur l'une des chaises MR10 de Mies Van der Rohe et Lily Reich et de méditer sur le mur blanc enregistrant les ombres du bouquet de Lilium ?





Ce vide presque parfait dont la rythmicité spatiale nait d'une succession du mobilier moderniste est une abstraction sans doute un rien exagérée, trop parfaite, presque comme un dessin de Joost Swarte. Nous sommes à Berlin dans une architecture des frères Luckhardt et de Alfons Anker datant de 1930 et parfaitement marquée par cette modernité pure de l'époque.
Je vous donne une idée de l'extérieur de cette villa avec cette photographie cette fois d'époque dont je n'ai pu retrouver l'auteur :



Pour information, cette carte postale envoyée par Hansjörg Schneider est une photographie de Christian Gahl. On ne s'étonnera pas du choix d'une telle carte postale par l'artiste car ce dernier est comme votre serviteur un grand collectionneur de cartes postales d'architectures que d'ailleurs il utilise pour faire des œuvres. Rappelez-vous ici.
http://archipostcard.blogspot.fr/2009/09/hansjorg-schneider-un-ami-un-artiste.html
Mais regardons ce beau catalogue que l'artiste me fait la joie de m'envoyer. Vous verrez que l'architecture moderne est bien pour lui une évidence, une source et même une raison de produire. Il s'appuie sur ses structures, ses espaces imaginaires ou réels, il les réduit pour mieux les synthétiser et nous donner à en voir une forme iconique. Il aime également la géométrie, les processus et la plasticité rigoureuse qui font de son travail artistique, à mon sens, l'un des plus intelligents et surtout l'un des plus sensibles sur des références qui nous sont communes.
Pour information, ce catalogue fut édité à l'occasion de son exposition au Architekturmuseum der Technischen Universität Berlin entre le 21 mai et le 16 juillet 2015. Et rien ne remplace la vision directe de son œuvre car elle est plastiquement très fine.
Remercions donc Hansjörg Schneider pour son envoi !
On trouve également sur internet cette vidéo montrant Hansjörg Schneider au travail :

















jeudi 10 septembre 2015

La virilité

Peu de constructions ont pour moi (et je pense pour beaucoup d'autres) une puissance lyrique assumée comme la Caserne Masséna de Paris, œuvre majeure et essentielle de Jean Willerval son architecte.
Bien évidemment, le programme lui-même, une caserne de pompiers, aurait pu suffire au fantasme appuyé et homo-érotique de nombreux amateurs d'architecture mais il se trouve que dans sa forme, dans ses qualités constructives et structurelles, on pourrait également se laisser prendre par cette puissance, cette force, bref, soyons clair cette virilité.
Lorsque s'ajoute à ce désir tendu par des images et des formes, une carte postale donnant à voir ce qui s'y joue, la chaleur monte aux joues...



Cette édition Abeille-Cartes pour Lyna nous montre donc la Caserne Masséna et plus particulièrement son gymnase ici superbement éclairé et doré par le reflet ambré du parquet de bois. Mais, bien entendu, ce qui fait cette image, cette photographie c'est bien l'action qui s'y déroule. 24 beaux pompiers, habillés de blanc, prennent une pose pour le moins... structurale laissant croire qu'ils ont tout compris de l'architecture dans laquelle ils évoluent : force, équilibre et même une certaine tension.





La symétrie de l'image, la distance avec le photographe voulant sans doute à la fois donner sa chance au lieu et à l'animation, tout cela fait de cette carte postale, comment dire... un grand moment palpitant.
Mais revenons sur terre, tentons malgré tout une analyse. On devine déjà sur cette image de l'intérieur le traitement de cette architecture faite de béton parfaitement bien travaillé et dont les exploits structurels sont également visibles sur cette carte postale. Comment ne pas être séduit par la force dégagée par les piliers de façades à droite s'ouvrant généreusement puis prolongeant leur force de soutien à l'intérieur de la salle par des poutres immenses et longues laissant ainsi un espace libre de tout pilier ?





On admirera également les détails des bouches de chauffage (?) et des aérateurs traités avec une simplicité superbe, laissant leur forme affirmer leur fonction. Pureté parfaite de ce gymnase qui semble ainsi dans sa nudité franche laisser la place aux corps, à l'exercice, à la joie du sport et de l'effort. Une physicalité qui se voit et même qui se fait ici une esthétique.
Pour comprendre ce que représente cette présence physique et pour ceux qui ne connaîtraient pas encore ce lieu superbe, je vous donne des extraits de l'article paru dans l'Architecture d'Aujourd'hui publié en 1973. C'est l'équipe des architectes qui prend la parole et nous explique la construction. Je ne pourrais pas faire mieux. Les très belles photographies en noir et blanc de Guy Jaumotte vous feront voir une construction très marquée encore par l'influence de Le Corbusier tant dans ses formes que dans l'intelligence du programme mais qui est aussi pour moi comme si l'un des métabolistes japonais avait posé là l'une des œuvres majeures de l'architecture du Vingtième Siècle à Paris : un vrai, total, absolu chef-d'oeuvre.
Alors je rêve tranquillement à une visite organisée me permettant de suivre, sous les ombres et les lumières du béton, un pompier nous montrant tous les secrets... de son lieu de travail.