samedi 13 mai 2017

Gymnase comme un bloc

Un plan d'eau, un peu de baigneurs, un ciel bleu, quelques arbres, voilà le bonheur du plein air bien enregistré :



Nous sommes à Connantre devant le plan d'eau et au fond, un peu loin certes, on devine le gymnase. Ce type de paysage voulant affirmer les loisirs, la joie de vivre, le sport raconte bien une certaine France.
D'abord cela nous permet de lire comment l'architecture du gymnase participe à un ensemble paysagé bien construit par les politiques d'aménagement du territoire. Mais d'ici, on pourrait ne rien prendre d'architectural, rester à distance de ce gymnase que le photographe des éditions Combier laisse un peu loin. En fait, il faut que la lisibilité de ce paysage des loisirs soit complète et donc, le recul et l'encadrement dans ce paysage permettent de mieux dire les attractions de l'espace.

























Nous, nous allons nous rapprocher et de belle manière puisque je découvre que ce gymnase est une bien belle architecture, dessinée par Jean-Denis Gouzien et qui, en son temps avait eu droit à une visite de grands photographes de l'architecture Pierre Joly et Vera Cardot :





Jean-Denis Gouzien, comme le dit très bien Marc Gaillard dans son ouvrage Architectures des Sports, a su faire un ensemble à la fois simple dans son principe constructif mais incroyablement fort dans son parti sculptural. Une sorte de bloc puissant posé sur le sol, laissant la couverture prendre le dessus et dont les poutres sortant du toit donnent la sensation d'une poussée et d'une masse. Les photographes Vera Cardot et Pierre Joly ne s'y trompent pas et proposent une série très complète montrant, dans un noir et blanc affirmé, cet effet d'une masse très bien dessinée, aux angles saillants et brutaux d'une grande plasticité. Toujours, on pourra se demander si c'est la photographie qui construit cette idée de l'architecture, ou bien si c'est l'architecture qui commande les points de vue mettant la question de la photogénie imaginée par l'architecte de son travail au centre du débat. Je crois, simplement, que ce qui est bien construit oblige forcément à une bonne construction d'image. On voit bien sur ce site comment les photographes ont jubilé des formes, des jeux d'angles, des appuis et du contraste entre l'aspect intérieur et extérieur. Il ne fait aucun doute qu'une telle joie du cadre, que la révélation d'une telle richesse de composition sont nées de l'architecture elle-même et donc proviennent bien d'un désir et aussi d'une intelligence de cette architecture pourtant modeste d'un petit gymnase de Province. On notera que pour son livre, Marc Gaillard ne conserve que des photographies de l'extérieur et qui font sonner par trois fois la plasticité solide du bâtiment. Une seule vue contextualise un peu l'implantation avec son plan d'eau. Alors il serait aisé de démonter le cliché de la carte postale, de le trouver malhabile face à ce travail ardu de composition de photographes d'architecture. Mais ce serait faire fi des usages, oublier trop rapidement que la carte postale rend compte de tout autre chose, d'un usage serein, dont l'architecture n'est pas le centre mais simplement un élément comme l'eau, la plage, le ciel et surtout les gens qui viennent là. Il faut, ici aussi, pouvoir s'y reconnaître.
Remercions donc Jean-Denis Gouzien d'avoir donné là, avec modestie mais aussi avec force, un volume superbe posé sur le sol.
Par bonheur, il semble que la ville de Connantre ait su maintenir en bon état sur son sol, cette belle architecture, espérons que cela dure encore.

Pour voir les autres photographies de ce gymnase prises par Vera Cardot et Pierre Joly :
http://bibliothequekandinsky.centrepompidou.fr/cataloguedoc/fondsphoto/cgi-bin/image.asp?ind=3505GOUZID&no=3505GOUZId&id=3505GOUZID



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