vendredi 14 juillet 2017

Bulles ! Pluie ! Pluie ! Pluie !


Il pleut des Bulles six coques sur cette carte postale Théojac mais il semble qu'il pleuve aussi sur les Bulles six coques si on en croit le correspondant qui envoie des nouvelles depuis Gripp et son village de Vacances !


















Le 27 décembre 1968, il fait donc un temps de chien sur nos belles architectures. On notera que sur le cliché de cette carte postale signé Doux pour Photo Pyrénéa comme d'habitude le ciel est bleu et le soleil doit être au zénith si on en croit l'ombre bien posée sous les Bulles. On aime les voir ensemble, associées en grappe, un peu comme ça, l'air d'avoir été saupoudrées sur le terrain, parfois en densité à droite, tantôt plus écartées à gauche. Les couleurs aussi, un peu au hasard, on remarque que les coques des bulles vertes présentent déjà deux variations, l'une d'elles étant d'un mat étrange. Que faut-il en conclure ? Usure prématurée ?
Nous allons prendre plaisir à les regarder l'une après l'autre. Mais avant, on note que la prise de vue donne la chance au cadrage de placer les Bulles dans le paysage, montrant la nature autour, pour bien signifier la surprise de leur apparition, le jeu aussi avec le reste du village.
On notera aussi que les minuscules témoins depuis ce point de vue savent pourtant qu'ils sont photographiés et même posent pour le photographe. On imagine facilement l'arrivée sur place de ce photographe, les discussions et la joie pour eux de figurer immortalisés sur une carte postale qui sera diffusée par le Village de Vacances si on en croit le beau tampon bleu.
Pour ceux qui seraient curieux de visiter l'intérieur de l'une de ces Bulles six coques, je vous conseille le reportage publié par le Réseau National des Micro et Mobiles Architectures :
https://renamimoa.jimdo.com/chantiers/






dimanche 9 juillet 2017

Faire l'amour chez Corbu

Faire l'amour.
Enfin, surtout offrir l'espace et la lumière pour.
Sans doute que mon obsession ici prend le pas sur la réalité des faits. Un grand lit double, imposant, presque surdimensionné dans son espace, dont le pied du lit touche presque le mur, reste tranquille en attendant la nuit, le coucher, le sommeil des parents.


Cette carte postale des éditions Gaby pour Artaud en photographie véritable nous montre la chambre d'un appartement de Type S de la Maison (Cité) Radieuse de Rezé. C'est l'éditeur de la carte postale qui le précise. La lumière est violente, brûle le paysage au dehors et vient éclairer peu de choses finalement : un grand lit avec son couvre-lit aux motifs si 50, une chaise que j'avais prise pour une lampe, une commode très sobre presque invisible dans le contre-jour.





















Pour le reste, il n'y a que de l'architecture. Le mur de gauche à la matière étrange ne possède aucun décor, aucun tableau, aucun objet décoratif, le mur de droite au placage de bois offre une niche vide. Le rideau, seule coquetterie, reprend le tissu du couvre-lit. On hésite entre une ambiance monacale, une chambre de décor faite pour la visite, un couple peu enclin au décor pour son sommeil et toutes les autres choses du lit, la maladie, l'amour, la lecture du soir. Le lit lui-même ne laisse que peu de place à un délire moderniste même s'il est assez bien dessiné, sans effort.
Je crois que ce lit n'a malheureusement pas beaucoup vécu, à part dans l'imaginaire des visiteurs, son rôle si important et si intime. Il n'est que projections pour les visiteurs d'un appartement-témoin ou pour celui qui écrit cet article.
Baiser chez Corbu, est-ce comme ailleurs ?
Sans doute. Mieux peut-être. Pouvoir en même temps, par l'arrivée de la lumière, le faire en étant associé au déplacement du soleil, dans l'intimité, les enfants partis jouer sur la terrasse.
Je ne sais pas. Aujourd'hui on dit suite parentale comme si l'appartement, la maison devaient prendre les plis et le vocabulaire des hôtels et des palaces. Chambre c'est trop triste comme appellation, trop restreint. Les parents ont besoin d'une suite et les enfants d'un coin.
Pourrait-on connaître la vie intime des architectes à la lumière des espaces qu'ils ou elles offrent aux ébats amoureux ? L'éloignement de la chambre, sa volumétrie, sa liaison avec les autres espaces, les ouvertures et surtout aussi son isolation phonique... Mais, me direz-vous, après tout, la chambre n'est pas obligatoire pour cette fonction importante. On peut aussi bien la pratiquer ici :



Toujours par Artaud pour Gaby, (non ce n'est pas le nom du couple), voici la cuisine du même appartement. Nous en avions un peu déjà parlé ici. La table est sans doute de Charlotte Perriand. Table solide, puissante et un rien joueuse avec son plateau asymétrique. Ludique. Peut-on rêver aussi à un érotisme du passe-plat ?
Le vide de cette salle de séjour et de ce coin cuisine comme le nomme l'éditeur dit bien que l'image est celle d'un appartement de visite. La photographie tente de raconter l'habitabilité du lieu, d'offrir les articulations entre les espaces, alors que le coin cuisine dit bien, à lui seul, que cette cuisine est petite, réduite à peu de choses mais aux choses essentielles. Petit voulant suggérer pratique voire rationnel. Le nombre de chaises raconte la famille : 6 personnes, enfin... 6 places. C'est beaucoup. Un fauteuil est même caché derrière, c'est lui qui autorise le terme salle de séjour.
Je ne sais pas pourquoi mais mon œil est attiré par le crépis du plafond, ciel bas jouant avec la tempête de la croûte sur le mur, souvenir des côtes bretonnes acheté l'année dernière à Brest. Enfin, je m'autorise à le rêver.
Qui vit là aujourd'hui ? Quand a-t-on redescendu la table et les chaises pour offrir enfin cet appartement-témoin à de vrais habitants ? Qui a récupéré le tableau et le matelas ? Que devient l'écho des pas de tous les visiteurs dans cet appartement enfin rendu à sa fonction ? La Maison Radieuse de Le Corbusier offre toujours le couchage, le repas familial, la vie normale. La vie.

Pour voir ou revoir les articles sur le mobilier des Cités Radieuses, quelques liens :
http://archipostcard.blogspot.fr/2011/02/le-corbusier-concret.html
http://archipostcard.blogspot.fr/2010/10/le-corbusier-interieur.html
http://archipostcard.blogspot.fr/2012/02/corbusier-mets-la-table.html
http://archipostcard.blogspot.fr/2010/02/le-corbusier-habitable.html
http://archipostalecarte.blogspot.fr/2014/04/le-carnet-et-le-corbusier.html
http://archipostcard.blogspot.fr/2010/04/une-folie-marseillaise.html
http://archipostcard.blogspot.fr/2012/01/la-photographie-accuse-tort.html
http://archipostcard.blogspot.fr/2012/02/corbusier-mets-la-table.html
http://archipostcard.blogspot.fr/2011/03/pieces-deau.html
http://archipostcard.blogspot.fr/2010/09/le-corbusier-dans-ses-meubles.html
http://archipostcard.blogspot.fr/2011/09/le-corbusier-2-dedans-2-dehors.html
http://archipostcard.blogspot.fr/2011/08/un-reflet-tres-moderne.html



samedi 1 juillet 2017

Raoul Jourde, de Royan à Bordeaux



Jean-Michel Lestrade apprit l'existence de l'Océanic par hasard, au cours d'une conversation sur Raoul Jourde lors du chantier de la construction du Front de Mer à Royan. L'ingénieur avait émis l'idée d'aller visiter le Parc des Sports de Bordeaux, véritable star du béton en France juste avant la guerre et dont il avait tant et tant entendu parler comme d'un exploit technique lors de ses études. Il lui était impensable, ici à Royan, si près de Bordeaux, de ne pas prendre une journée pour aller rendre visite à ce chef-d'œuvre technique et poétique. Et voilà que Ferret lui raconte que Royan possédait encore en 1945 un hôtel, l'Océanic, qui était l'œuvre également de Raoul Jourde. En fait, ce n'était pas précisément à Royan mais à Saint Georges-de-Didonne que l'hôtel avait été construit avant qu'il ne soit détruit par les allemands.
- Effectivement, il ne reste rien ! Ce tas de gravas, c'est triste.
- Oui, Lestrade, je vous avais prévenu. Un tas. Il ne reste que ce tas qu'il faudra d'ailleurs déblayer rapidement pour reconstruire.
- Espérons que l'on reconstruira aussi bien. Ferret, vous connaissez l'architecte en charge de cette reconstruction ?
- Non, Lestrade, j'avoue, pour l'instant, je n'en ai aucune idée.
L'ingénieur et l'architecte reprirent leur automobile et retournèrent à Royan. Ce qui amusa Lestrade c'est qu'il trouva dans le café-tabac de Saint-Georges encore des cartes postales de cet hôtel. Il décida d'en envoyer une à Jocelyne.
La carte ne disait rien de son architecte mais montrait un bâtiment très Art Déco aux balcons épais et dont l'enseigne Océanic posée sur le fronton agissait comme un générique de film de l'époque. Jean-Michel ne savait jamais quoi écrire au dos des cartes postales, il faisait comme tout le monde, il indiquait le temps, il demandait si tout allait bien et ajouta tout de même cette mention que Jocelyne connaissait bien : archives. À ce mot sonnant comme un code, Jocelyne savait qu'elle devait bien ranger la carte postale dans l'une des boîtes de l'agence, cette fois celle des hôtels. Jean-Michel aimait bien cet hôtel sachant afficher à la fois un aspect spectaculaire et aussi une forme pragmatique de la Modernité. Il regrettait tout de même un manque d'élan du volume de l'entrée qu'il aurait, pour sa part, élevé un peu de deux ou trois étages.
Le lendemain, après une matinée dans la Traction empoussiérée par des routes un peu chaotiques et asséchées par un été très chaud, il arriva devant le Parc des Sports de Bordeaux.



Il entra sans difficulté sur le terrain. Personne pour lui demander ce qu'il faisait là. Il aima immédiatement comment son horizon se courbait en suivant l'ellipse des tribunes qui agissait somme une couronne délicate de voutains de béton. Pas de pilier. Il monta dans les tribunes, choisit un emplacement à l'ombre, regarda le vide immense du terrain en attendant les cris et les clameurs du public et des joueurs. Il sortit son carnet de dessin, commença un croquis. Il fit pas moins de sept dessins et laissa son après-midi filer doucement vers le soir. Il vit apparaître à sa gauche un petit groupe de jeunes venus s'entraîner. Il posa son carnet, regarda les joueurs faire des gestes qui, depuis son point de vue, semblaient incohérents. Il mesura à l'œil les piliers, évalua les masses, les ferraillages, les appuis comme il le faisait toujours. Il fallait se résoudre à rentrer à Royan. Il ne regrettait jamais sa solitude. Il lui faudra l'arrivée de Mohamed dans sa vie pour comprendre que ce qu'il sentait et ce qu'il analysait pouvait bien prendre aussi corps dans une altérité, un fils.......................................................
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Jean-Michel trouva ce point de vue particulièrement intéressant et surtout original. Depuis une hauteur difficile à apprécier, on pouvait voir la nouvelle ville de Royan dans la perfection de sa Reconstruction, offrant enfin, après toutes ces années d'attente son visage final. La courbe de la rue Gambetta descendant légèrement, la verticale audacieuse de Notre-Dame dont il avait contribué avec Gillet à construire la puissance donnant aussi à la ville un roc solide pour s'accrocher. On voyait même le bel Hôtel Continental à la droite de la carte postale Berjaud. Jean-Michel Lestrade avait une admiration pour le très beau dessin de l'ilôt 106 de l'architecte Mialet dont les pare-soleil faisaient des rayures régulières sur la photographie.



Il n'hésita pas une seconde et acheta cette carte postale qu'il n'envoya pas mais rangea dans son roman d'Agatha Christie comme un marque-page précieux.
Aujourd'hui, Jean-Michel Lestrade ne travaillera pas. Il tournera le dos à l'architecture, il passera la journée à la plage, lisant entre deux baignades, s'amusant de sa solitude, observant ici ou là les beautés en maillot, pensant qu'il avait bien droit aussi, en remontant ce soir de la plage, à une douzaine d'huîtres sous les voûtes du Front de Mer.
C'est Walid qui trouva, hier, la carte postale parfaitement rangée dans la boîte nommée Royan posée sur l'étagère la plus haute de l'Agence Lestrade. Au verso, à la plume et à l'encre rouge, figurait cette seule inscription : archives.

Par ordre d'apparition :
- carte postale édition Berjaud pour Tito.
- carte postale édition La Cigogne, exclusivité de fabrication André Leconte.
- carte postale édition Berjaud.
Fonds Agence Lestrade.
Merci Natacha Petit.