lundi 8 janvier 2018

Belles massivités de Province

Soudain, tout devient clair et se rassemble.
Deux cartes postales se rejoignent dans une même impression architecturale, celle d'une massivité du bâti, blocs assumés, comme un désir de bastide.
Je vous les mets côte-côte pour que vous puissiez tout comme moi sentir cette jointure :



Pourtant les deux objets sont différents, dans des lieux éloignés. Pourquoi donc mes images mentales, dans le foutoir organisé de ma collection, se croient-elles obligées de faire réunion ?
Commençons :


L'Hôtel de Ville de Cormeilles-en-Parisis offre bien tout le vocabulaire de l'architecture défensive ne laissant espérer aucune invitation à la pénétration. On y voit comment le vocabulaire du mur mis à nu, épais, sans décor doit donner une image forte, presque imprenable à ce moment démocratique. C'est sérieux quoi. Pas de doute, ici, il se passe quelque chose. On notera comment les ouvertures sont soit tout en hauteur et extrêmement fines comme des meurtrières, soit en retrait dans le volume comme pour se protéger. Pourtant le bâtiment ne manque ni d'ouvertures en façade principale ni de transparence. L'architecte ajoute même le détail d'un petit arc qui viendrait en soutien pour maintenir le poids trop lourd des murailles. Ce détail me rappelle, toutes proportions gardées, le petit arc inutile sur les Hautes Formes de Portzamparc à Paris. Enfin...


C'est très beau. Oui, j'aime beaucoup cela, cette citation d'un vocabulaire moyenâgeux, militaire, défensif pour un Hôtel de Ville. On notera la qualité du dessin et comment avec des matériaux contemporains, l'architecte s'empare donc de nos images mentales pour faire signe et offrir un vrai moment architectural. Malgré mes demandes auprès des Archives de la Ville de Cormeilles-en-Parisis, je n'ai pu obtenir le nom du ou des architectes de cette beauté de Province. On notera que l'éditeur est Lyna et que le photographe de cartes postales Monsieur J.E. Pinet est l'auteur de ce cliché. Monsieur Pinet... j'attends de vos nouvelles !
La seconde :


Cette fois nous sommes à Brive-la-Gaillarde devant le Crédit Agricole Mutuel, place de la Halle dite place Jean-Marie Dauzier. La carte postale est une édition (R.A) In'édite dont la photographie est de Jean-Daniel Surdres. La carte postale fut expédiée en 1989.
La grande qualité de cette image tient dans la tonalité minérale de l'ensemble et de la netteté incroyable du lieu comme vidé de toutes interférences. Remarquons, par exemple, le très beau traitement du sol de cette place ! Superbe ! On devine aussi une attention au bâti ancien, comme si le ou les architectes et les aménageurs de cette place avaient travaillé de concert pour que les pierres, les matériaux, les oppositions soient clairement inscrites dans le tissu historique. Serions-nous dans un secteur sauvegardé et protégé qui aurait obligé à ce regard particulier ? Comme quoi le respect du bâtiment ancien n'empêche pas une certaine audace formelle et même une franchise du collage !






































J'aime beaucoup le premier volume de ce Crédit Agricole Mutuel, très massif, très lourd. On aime aussi le jeu des masses de couleurs, noir sur les couvertures et béton clair et pierre blanches pour les socles. Ce contraste est répandu sur tous les objets alentour ce qui laisse d'ailleurs toute l'occasion à ce Crédit Agricole d'exprimer sa force. On dirait qu'il se protège du reste de la ville. Le vocabulaire, tout comme pour l'Hôtel de Ville de Cormeilles-en-Parisis est celui de la défense, de la bastide, de l'épaisseur affirmée. Là aussi, il est question d'un écho à l'histoire mais sans mauvais effet de décor ou d'imitation. Ici l'architecture cite sans plagier, c'est élégant, franc et réussi.
Je ne pourrai remercier le ou les architectes de ce beau bâtiment, la carte postale et mes recherches restent muettes. Dommage ! Si vous avez l'info...
Comme quoi, dans les années 80, sans trop jouer sur la corde d'un post-modernisme ou d'une affligeante rhétorique historique, il fut possible en Province d'inventer une architecture contemporaine bien affirmée, ne cédant rien au plagiat provincial et folklorique.
La carte postale en est encore, à cette période, le témoin heureux.

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