vendredi 19 septembre 2014

André Gaillard et son Temple : protestons !

Dans mes mains, l'exemple-type de ce que j'aime trouver et publier. C'est exactement ce que j'ai dit au monsieur charmant qui me vendit une soixantaine de cartes postales la semaine passée.
Pourtant, je ne connaissais rien de cette architecture ni de ce lieu. Mais vu l'incroyable qualité éditoriale de cette carte postale, la beauté tranquille de la construction, il était facile de sentir que je tenais dans ma main une belle pièce de ma collection.
Regardez :



Comment depuis cette frontalité ne pas être séduit par l'horizontalité appuyée, par les très grandes ouvertures, par la simplicité apparente de cette ligne ? Et soudain, au bout de cette légèreté monte dans le ciel le signal blanc d'un campanile.
On pense à Mies, à Neutra.








Remarquez que les cloches sont en train de sonner !

Cette carte postale et son point de vue sont un peu trompeurs car le toit est en fait en accordéon.
Mais ce Temple est d'un architecte que nous connaissons un peu sur ce blog grâce à une carte postale étonnante et publiée il y a longtemps, celle d'une villa à Rosas posée sur le sable.
Ici il s'agit du Temple de la Chatelaine à Genève par André Gaillard son architecte. La très belle photographie de cette carte postale sans éditeur est de C. Bergholz de Genève également. On trouve sur internet beaucoup de documents sur ce très grand et discret architecte dont la facture sculpturale et sereine fait penser également à Marcel Breuer. Mais voilà, on trouve aussi des menaces sur ce Temple de la Châtelaine, des menaces de destruction...



Oui, même nos amis suisses pourtant souvent si attachés et si amoureux de l'architecture sont aussi capables de penser à la destruction d'une telle construction et, le croiriez-vous, pour les même raisons que chez nous : désaffection du lieu, promoteurs avides de terrains pour faire des logements, lieu inadapté paraît-il aux usages d'aujourd'hui. Tout cela c'est des bêtises. Car le Patrimoine s'il a du sens c'est bien justement de déborder ces questions. Une construction que l'on sauve, par essence, est d'une époque qui n'est plus la nôtre... Demande-t-on aux fortifications de Vauban d'être encore utiles aux militaires ? Demande-t-on à Versailles d'abriter encore des rois avec le chauffage central solaire HQE et une isolation par l'extérieur ? Non... Et des chapelles romanes, perdues dans les campagnes qui sont classées et qui ne voient qu'une messe tous les deux ans, il y en a beaucoup je crois. Et c'est tant mieux.
Mais la Modernité parfois parce que sa discrétion est confondue avec une indifférence est attaquée toujours sur les principes de l'efficacité et d'un réalisme économique bien pratique.
Alors, j'espère que les intentions de destruction de ce Temple de la Châtelaine sont oubliées, j'espère que nos amis genevois ont su, savent, sauront maintenir ce Temple dans leur paysage. André Gaillard est un incroyable architecte. Ce temple n'est pas un édifice, c'est une œuvre. Chers amis suisses donnez-nous vite de bonnes nouvelles sur l'avenir du Temple de la Châtelaine !
J'ai cherché des images de ce Temple avec peu de succès. Je vous donne donc quelques liens pour lire et restituer le travail de cet architecte. Et, comme j'aime bien me promener, j'ai fait un tour à Genève dans ma Google Car personnelle. Et là, surprise... le Temple de la Chatelaine est toujours debout... C'est déjà ça.

Je vous conseille tout particulièrement ce PDF, vous y retrouverez page 142 la description de la Villa à Rosas et Page 212 un article complet sur le Temple de la Chatelaine. Attention ! Vous allez tomber amoureux !
http://infoscience.epfl.ch/record/55616/files/andre_gaillard.pdf

Vous pouvez aussi lire ça :
http://www.christiandupraz.ch/wp-content/uploads/2013/06/AndréGaillardArchitecte-ChristianDupraz-FAS-cahierNo2-2006.pdf

http://fr.wikipedia.org/wiki/André_Gaillard_(architecte)














mercredi 17 septembre 2014

Les journées de Destruction du Patrimoine à Nîmes ?

Peu d'architectes de sa génération peuvent se vanter d'être aussi souvent nommés comme exemples.
Georges-Henri Pingusson fait partie de ceux dont le nom revient souvent dans les paroles et dans les textes des architectes français comme étant l'un des plus importants et aussi l'un de ceux dont les leçons du modernisme furent les mieux entendues.
Rappelez-vous ici.
Pourtant... Nous sommes en France... Nous sommes à Nîmes.
Et l'une de ses constructions, le superbe ciné-théâtre du Colisée, est menacée alors même que commencent les Journées du Patrimoine ce week-end.





Espérons qu'à Nîmes ne se reproduise pas le scandale de la halle de Fontainebleau. Il serait dommage que Nîmes à son tour face l'objet d'un acte de "Barbarie Culturelle" en laissant l'un des plus beaux exemples de l'architecture moderne se faire raser. C'est urgent ! Car déjà un permis de démolir pour l'intérieur a été autorisé. Il faut maintenant se battre pour sa façade !
Vite, avant que les pelleteuses ne le grignotent et viennent ruiner ce chef-d'œuvre.
Il ne fait aucun doute que Monsieur le Maire de Nîmes, Jean-Paul Fournier, conscient et éveillé en ces Journées du Patrimoine dudit Patrimoine de sa ville, fera rapidement ce qu'il faut pour sauver ce bel édifice. Nul doute qu'il aime sa ville, les strates historiques de ses fondations, l'histoire de ses constructions, les souvenirs attachés à ce lieu de plaisir et de spectacles. Combien de nîmois et de nîmoises, dans les murs de ce ciné-théâtre, ont des souvenirs ? Combien d'entre eux ont pu saisir ici la chance de parcourir l'une des plus belles réalisations modernistes françaises ?
Comment penser détruire ainsi l'œuvre de l'un des plus grands architectes français qui a réalisé entre autres : l'hôtel Latitude à Saint-Tropez ou le superbe et émouvant Mémorial des Martyrs de la Déportation à Paris au bout de l'île de la Cité.





Si jamais ce bâtiment tombe c'est tout un pan de la mémoire collective de la Ville de Nîmes qui tombera, c'est l'une des plus belles pièces de l'architecture française qui disparaîtra. Et pourquoi ?
Comment ne pas saisir rapidement la force politique que serait une mobilisation de l'équipe municipale à sauver en ce week-end de fête du Patrimoine ce bâtiment ?
Les Journées du Patrimoine sont le moment parfait pour la mobilisation nîmoise de tous les acteurs de ce Patrimoine, acteurs politiques (Municipalité), acteurs institutionnels (D.R.AC), acteurs citoyens (associations) et de tous les nîmois et nîmoises amoureux de leur ville.
Il ne fait aucun doute que Daniel Jean Valade, que Mary Bourgade, que Corine Ponce Casanova, que Marion Ponge, en ces Journées du Patrimoine, vont être sensibles à ce dossier qui les concerne.
Mais au-delà d'une mobilisation régionale, nationale et citoyenne, une fois de plus c'est la politique culturelle et patrimoniale de la France qui est en question. Les dernières années (suis-je clair ?) ont été de ce point de vue des années de grande tristesse pour notre patrimoine avec des attaques répétées sur nos architectures modernes. Espérons que notre nouvelle Ministre de la Culture, Fleur Pellerin, sera plus sensible à cette cause. Sauvons le ciné-théâtre de Nîmes, sauvons La Poste du Louvre, sauvons l'école d'architecture de Nanterre et la liste est longue encore !
Mobilisons-nous !
Nous n'oublierons pas !

Signez dès maintenant la pétition pour la sauvegarde du ciné-théâtre Colisée de Nîmes ! C'est le moment, avec votre signature, de faire un acte fort et politique en vue de ces Journées du Patrimoine.
C'est ici :
http://www.petitionpublique.fr/PeticaoVer.aspx?pi=P2014N46763

La revue D'A nous soutient par un article ! Merci !
http://www.darchitectures.com/journees-de-destruction-du-patrimoine-nimes-a2040.html









Pour en savoir plus sur l'importance de Georges-Henri Pingusson, allez ici :
http://archiwebture.citechaillot.fr/fonds/FRAPN02_PINGU

mardi 16 septembre 2014

Visibility, (imposed Modernity)

Sans aucun doute, pour ce qui concerne ce blog, le Pavillon du Kosovo fut le plus surprenant. Il est celui qui a utilisé la carte postale comme l'un des deux éléments principaux pour prendre position sur la Modernité en faisant de cet objet éditorial à la fois un objet d'échange et de dispersion mais aussi d'analyse de la situation historique, architecturale et urbaine du Kosovo.
Le Pavillon du Kosovo propose dans le face-à-face de sa scénographie une tour réalisée avec un seul objet, un tabouret de bois traditionnel du pays et un mur de cartes postales proposant une multitude d'images anciennes et contemporaines du pays et permettant d'en saisir les chamboulements politiques du siècle passé.
D'abord, il ne fait aucun doute que cette tour de bois réalisée avec des tabourets, objets de l'assise, est superbe dans sa simplicité modulaire et dans l'effet optique de ses ombres et de ses formes. Le tabouret n'est pas utilisé comme un élément réellement architectonique puisque il est positionné à la verticale et ne tient pas par lui-même, mais, agrafés ensemble, tous ces tabourets forment un motif simple dont la répétition engendre à l'envi, un pigeonnier, une tour moderne ou contemporaine comme si cette répétition était la seule raison de son architecture. C'est beau, sans aucun doute aussi parce que d'un point de vue architectural pur c'est inutile.
Face à cette tour de bois qui rend un hommage à la Tradition en la détournant de sa fonction (on pourrait aussi y voir une critique...) un mur d'images est donc constitué de cartes postales que le public peut prendre librement, choisissant celles qui lui plaît et utilisant ledit tabouret pour atteindre ou voir celles qui seraient trop hautes. Amusant retour de l'utilité du tabouret qui retrouve là simplement son rôle, petit promontoire utile pour voir le Kosovo. C'est simple mais c'est bien dit comme utilité et comme symbole...
Comme hier avec le Pavillon de l'Italie, il ne fait aucun doute que nous sommes saisis d'une frénésie d'images, que mon âme de collectionneur les désire toutes, je veux avoir les mains pleines d'images. Et malgré un appel au calme de Claude apeuré par ma boulimie, ce fut bientôt lui qui fut le plus implacable ramasseur d'images, pris à son tour par cette frénésie. Il faut croire que nous ne sommes pas les seuls puisque des post-it demandent au public de ne plus prendre certaines cartes postales déjà manquantes. J'aurais pourtant aimé que cette disparition soit aussi une volonté. Difficile de choisir entre désir de voir et jeu de cette disparition des images !
Alors que montrent ces images ? Sur le site du Pavillon du Kosovo et par le titre même de ce Pavillon, on devine vite tout de même un regard à regret d'un Kosovo disparu effondré par les politiques successives qui l'ont traversé. L'accusation est sans doute juste et certainement proche pour que cette vision politique, ce désir de regard à rebours offrent une vision nostalgique d'un pays regrettant que cette Modernité ne soit passée sur le pays par la force. Ne nous y trompons pas, la force en question ici c'est bien le communisme et les guerres. Pourtant, le mur de cartes postales offre une ouverture en proposant quelques images de réalisations de jeunes architectes formés en Suisse et tentant dans la reconstruction identitaire de ce pays de faire une architecture moderne et... tempérée...
On notera que les cartes postales ont comme point de départ soit des images de voyageurs du début du siècle, soit des reproductions de cartes postales de l'époque communiste, soit encore de missions photographiques contemporaines. Toutes les cartes postales sont dans un format géant doublant sa taille traditionnelle et comportent au dos toujours le nom des architectes, des photographes et la provenance des images. Aucune critique donc sur la nature de ces images mais leur égalisation sur ce mur pose le problème de leur hiérarchie et du sens de leur proximité. Car, répétons-le, ce qui est le plus fort, c'est l'avidité des images avant même d'en saisir parfois la brutalité des histoires qu'elles portent. C'est le piège. Reste donc d'abord cette jubilation à voir, à tenir les images, à en saisir les paysages et à croire en celles-ci. Elles sont, sans doute ainsi, dans leur voisinage dans la justesse de l'état du pays un collage puissant et dur entre une tradition regrettée, une modernité (violente ?) trop proche et pas encore aimée et un présent tentant de faire de cette douleur un renouveau tranquille et apaisé. À ce titre et seulement à celui-ci, sans doute que le Pavillon du Kosovo est l'un des plus justes et des plus touchants.
Vous trouverez sur le site officiel toutes les images et leur références.
Je vais donc là aussi faire mon choix dans les cartes postales que j'ai ramassées. Finalement, je réponds ainsi parfaitement au Pavillon du Kosovo. Vous noterez que je n'ai ramassé pour ma part aucune des images anciennes du Kosovo au contraire de Claude. Il ne fait aucun doute que le choix d'images est aussi pour chacun une sorte d'autoportrait.

Quelques images du Pavillon du Kosovo :














Quelques cartes postales choisies :

zone industrielle abandonnée à Prizren, Julien Jaulin photographe :







 Immeuble de bureaux de Elekokosova, Samir Karahoda photographe :


Motel "Vëllaznimi", Julien Jaulin photographe :

Univerisité et Bibliothèque Nationale du Kosovo, Andija Mutnjakovic architecte :

Université et Bibliothèque Nationale du Kosovo, Andija Mutnjakovic architecte, Samir Karahoda photographe :

Prishtina 2014, Samir Karahoda photographe :

Prishtina 2014, Grand Hotel, Julien Jaulin photographe :

Prishtina 1972, carte postale ancienne :

Prishtina 1975-77, immeuble de bureaux, Dragan Kovacevic architecte, Samir Karahoda photographe :

Faculté Technique, Prishtina 1976, Edo Ravnikar architecte, Samir Karahoda photographe :

Prizren 2007-2008, Gezim Pacarizi architecte :

Prizren XIXème siècle, dessin, Belediya :

Pour finir, les amoureux de la Fonction Oblique y verront un clin d'œil !
Recto et verso de la carte postale : Priznen 2004, Julien Jaulin photographe :



lundi 15 septembre 2014

Innesti/grafting

Le Pavillon de l'Italie de la Biennale de Venise donne à la carte postale une place de tout premier choix en installant dès son entrée un grand distributeur de cartes dans lequel on aime plonger les mains et se servir.
Rangées par architectes ou agences d'architectures, elles nous donnent à voir les "visions" italiennes de ces architectes, comme si ceux-ci avaient adressé une carte postale au Pavillon de L'Italie. Au dos de chacune des images choisies figure un court message, un dessin des architectes. L'effet carte postale est poussé jusqu'à l'imitation par impression des timbres des pays concernés, c'est d'ailleurs en retournant la carte postale que Dominique Perrault a envoyée que j'ai compris ce jeu en reconnaissant notre timbre national...
On remarque également un format légèrement supérieur à celui de la carte postale normale ce qui donne de grandes images "jouant à sans en être vraiment" car ces images ne sont pas faites pour être à leur tour envoyées mais conservées. C'est notre regret.
La masse est invraissemblable et les images sont belles. On les veut toutes ! Cela me rappelle l'expérience de Aleksandra Mir à cette même Biennale de Venise en 2009. Quelle est donc cette frénésie des images qui s'empare de tous lorsque nous pouvons ainsi nous plonger dedans ? Avoir les mains pleines, les yeux avides.
Il y en a tellement que je ne vous les montre pas toutes, je n'ai pas l'intention de passer ma matinée devant mon scanner ! Je choisis.
On regrettera de ne pas pouvoir saisir quelle fut la demande faite aux expéditeurs-architectes, comment ils furent choisis, de comprendre la génèse de ce projet, ni de pouvoir retrouver leur nom sur les cartes, leur signature étant parfois illisible !
Le site du Pavillon de l'Italie n'y répond pas.
Au-delà de cette expérience, le Pavillon de l'Italie nous propose une superbe sélection d'architectures dans des grands formats retro-éclairés parfaitement bien installés. On découvre, on rêve, on aime voir. Mais la partie la plus intéressante est sans doute le travail remarquable fait autour de la Ville de Milan choisie comme modèle de l'Italie traversée par la Modernité. C'est passionnant et on découvre là aussi des richesses inconnues qui donnent furieusement envie de prendre le train pour retourner voir cette ville que l'on résume trop souvent à ses deux icônes la Tour de Gio Ponti et la Torre Velasca de BBPR. Pour ceux qui partent à Venise ces jours-ci, petit conseil : passez rapidement l'arsenal et dirigez-vous directement vers le Pavillon de l'Italie pour redescendre vers l'entrée de la Biennale, vous perdrez moins de temps. N'oubliez pas en passant d'aller au Pavillon du Chili !

le site du Pavillon de L'italie :
http://www.innesti-grafting.it/en/

Quelques cartes postales, je vous montre leur recto et leur verso :







































quelques images du Pavillon de l'Italie :