samedi 6 février 2016

ObliqueS, autour de Claude Parent

J'ai beaucoup de plaisir à vous annoncer que l'exposition obliqueS, autour de Claude Parent est maintenant ouverte.
Elle se tient jusqu'au 4 mars, à l'école des beaux-Arts du Mans, l'entrée est libre.
Je remercie ici vivement tous les artistes qui ont prêté leurs œuvres gratuitement ainsi que les institutions et partenaires comme le FRAC Centre, la galerie Chez Valentin et bien entendu l'Agence OMA AMO pour la rampe provenant de la Biennale de Venise (2014). Un grand merci tout particulier à Alice Grégoire qui a fait un travail de relais particulièrement efficace avec l'agence de Monsieur Koolhaas.
Je remercie le personnel technique, administratif et pédagogique de l'école ainsi que les quelques étudiants ayant donné un coup de main.
Merci surtout à Cyrille Charretier, Olivier Chouteau, et Lucas Fossey pour leur incroyable implication technique.
Bien sûr, je remercie vivement Madame et Monsieur Claude Parent pour leur confiance si souvent renouvelée et le prêt généreux de dessins.
Je vous donne à lire le communiqué de presse qui vous expliquera très bien (je crois...) l'esprit de cette exposition.
Je vous montre quelques images qui ne rendent pas tout à fait compte de l'exposition puisque sont invisibles les vidéos de Tanguy Clerc, de Nicolas Moulin, les dessins de Thomas Dussaix et des maquettes. Il faut donc venir voir ! Venez !

école des beaux-Arts du Mans
28, avenue Rostov-sur-le-Don
Le Mans
du lundi au samedi, de 14h à 19h

Dans l’histoire récente de l’architecture, peu d’architectes ont réussi l’exploit de tenir leurs promesses utopiques en faisant concrètement dans le réel ce que leur portée théorique avait déclamé.
Claude Parent est de ceux-là.
Tout le long de sa carrière il a réussi à tenir sa promesse mettant régulièrement son agence, ses amis artistes, sa famille à l’épreuve de la Fonction Oblique, dernière grande théorie plastique et architecturale aussi radicale.
La relation qu’il a toujours maintenue avec les artistes aussi importants que André Bloc ou Yves Klein définit aussi l’œuvre de Claude Parent et notamment sa pratique du dessin comme un nœud essentiel permettant à la fois d’expliquer, de rêver, de croire et enfin de réaliser les bouleversements du corps et de la vision que réclame cette Fonction Oblique.
Aujourd’hui nous sommes nombreux, artistes, architectes à poursuivre l’exploration des principes de cette théorie et surtout à tenter une synthèse des arts, grand rêve un peu oublié qui pourtant fut l’un des combats de l’architecte.
Il était donc souhaitable de montrer dans une école d’art qui compte des étudiants en art, en design de la ville ou en design sonore que la transversalité peut passer par la pratique plastique croisée des compétences de chacun des arts mais surtout dans une analyse soucieuse de ce qu’est notre corps dans un espace si déterminé à nous répondre en bien ou en mal.
En nous appuyant sur l’œuvre de Claude Parent, nous montrerons des œuvres qui toutes ont en commun un sens aigu de la spatialité, de sa remise en cause en voulant pour une fois, comme un chemin de travers, prendre non pas la ligne droite de l’histoire mais l’oblique du sens.
ObliqueS donc.

Pour la première fois en France sera présentée la reconstitution d’une partie de l’appartement de Claude Parent à l’échelle 1, permettant de vivre et d’expérimenter la Fonction Oblique dans le réel. Cette rampe fut construite par l’Agence OMA AMO de Rem Koolhaas pour la Biennale d’architecture de Venise en 2014 dans le cadre de l’exposition Elements of architecture . Elle sera mise en relation, comme le souhaite Rem Koolhaas avec le travail de Tim Nugent qui fut l’un des pionniers ayant travaillé sur l’accessibilité de l’architecture pour les personnes à mobilité réduite. Autour de cette rampe, les 8 artistes invités montreront des oeuvres réalisées dans un grand panel de techniques, vidéo, sculpture, peinture, dessin ou encore gravure sur bois. Et bien évidemment, de nombreux dessins de Claude Parent ainsi que des maquettes prêtées par le FRAC Centre viendront raconter et définir son architecture, ses rêves et ses théories. Un diaporama réalisé à partir des photographies de Gilles Ehrmann viendra raconter l’aventure de la Fonction Oblique à la Biennale de Venise en 1973.
David Liaudet

Les artistes : Thomas Dussaix, Nicolas Moulin, Marc Hamandjian, Eva Nielsen, Tanguy Clerc, Jean-Paul Berrenger, Christiane Baumgartner, François Trocquet et... Claude Parent !





 
  


 
   

  

 





mardi 2 février 2016

On va rester polis encore combien de temps ?






Je me permets de relayer ici la lettre que Paul Chemetov adresse à Madame Agnès Vince sur le sujet brûlant de la CPAM des Briques Rouges à Vigneux-sur-Seine et le scandale insupportable de sa destruction. L'inaction politique (qui donne ces ordres de ne rien faire ?), ces derniers temps, sur le Patrimoine Moderne commence vraiment à se voir et devient, de la part de ceux qui devraient s'en occuper, une vraie position politique de l'abandon et cela depuis deux Ministères maintenant. On sait pourtant que souvent le Patrimoine Moderne est lié à des espaces et des temps qui sont ceux de quartiers populaires, ceux de la banlieue, ceux d'une fragilité sociale dont on voit bien que l'instrumentalisation politique les dessert alors même qu'ils pourraient être l'objet de fierté, d'images, d'usages portant là des forces vives d'une époque où l'on offrait à ces espaces et ces quartiers un humanisme vrai s'affirmant dans des constructions d'une très haute qualité.

Faire des expositions, des colloques, suivre dans les vernissages des galeries, un verre à la main, les auteurs de ces objets en feignant de les écouter tout en ignorant ce qu'ils ont produit n'est pas une politique culturelle, c'est de la communication creuse. On va rester poli encore combien de temps ?
Merci de lire et de partager ce courrier de Paul Chemetov qui, malheureusement, n'est pas le seul architecte ainsi attaqué.
http://www.lemoniteur.fr/article/l-architecte-paul-chemetov-ecrit-a-agnes-vince-31097899

samedi 30 janvier 2016

le juste




Jean-Michel Lestrade s'était pourtant promis de ne jamais revenir là, à Drancy, au pied des gratte-ciel de Marcel Lods et de Eugène Beaudouin.
Il y était venu plusieurs fois et pour des raisons bien différentes. La première fois pour y regarder la construction toute neuve, promise à un avenir radieux, celui d'une intelligence de la préfabrication, d'une générosité spatiale voulant lutter avec les armes de l'époque contre le mal-logement. Il y avait là, dans le dressement noble des tours, dans les barres à leur pied, un dessin net et franc, une rationalité portée d'une manière poétique car, pour l'époque, futuriste et aussi, étonnante, hors-norme, dégagée de la boue, de l'humide, du sombre, de l'enfumé.





Jean-Michel en avait admiré l'audace, la soudaineté, preuve qu'une politique du logement pouvait trouver parfois une politique de la construction et donc, pour ce cas aussi, une politique de l'architecture. Cette dernière au service d'une émancipation.
Mais l'Histoire marqua les gratte-ciel de la honte et la seconde fois que Jean-Michel était venu à Drancy, c'était pour apporter des vêtements et de la nourriture à son ami Amir Baraq prisonnier dans ce camp qu'était devenue cette cité après la rafle du Vel' d'hiv'. Devenue... à son corps défendant, car, aujourd'hui, il est de bon ton d'accuser cette architecture et, pire, d'accuser les architectes d'avoir réalisé une œuvre propice à cette utilisation. Ce simplisme de point de vue mettait toujours Jean-Michel en colère. 
Jean-Michel se revoyait alors, devant la grille, faisant la conversation avec le gardien pour tenter de l'amadouer et de l'autoriser à faire passer un colis pour son camarade de promotion. Dans une boîte en carton il avait mis une demi-tablette de chocolat, une chemise propre, un paquet de tabac, des pommes, un exemplaire du premier volume de À la recherche du temps perdu de Proust. Bien des années plus tard, après la guerre, Jean-Michel et son ami s'aperçurent de l'incongruité de ce choix et ils en rirent tous les deux. Ils le purent, eux. Son ami eut une chance inouïe, Jean-Michel réussit avec de faux papiers à le faire sortir. L'histoire est longue. L'ami réussit à fuir et à se réfugier en Amérique Latine, au Brésil.
De retour en France après 16 ans, c'est cet ami qui convainquit Jean-Michel de revenir voir les gratte-ciel de Drancy. Il n'eut pas le courage de lui refuser. Maintenant transformés en casernement de la Gendarmerie Mobile de la 1ère Légion TER, la cité était tout de même difficile à regarder. Que faire d'un mur imprégné de souffrance ? Comment lui redonner une neutralité ? Le fallait-il ?
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 - Jean-Michel ? Jean-Michel ! Monsieur Lestrade !
 - Ah ! on se retrouve !
 - Oui, comment allez-vous, René, depuis notre dernière rencontre ?
 - Très bien et vous ? J'ai vu que St-Joseph monte rapidement vers le ciel !
 - Oui ! Et je vais vous y emmemer mais d'abord on doit retrouver votre ami. Normalement le débarquement est prévu à 17h30 mais il peut y avoir du retard, avec la mer, on ne sait jamais... J'ai demandé au guichet de la gare maritime, normalement votre ami sera à l'heure !
 - C'est gentil de l'accueillir et de me recevoir par la même occasion.
 - Oh mais de rien ! Tenez ! Regardez ! Le paquebot arrive ! On a encore du temps avant qu'il accoste et que le débarquement commence. Un café ?
 - Oui !
Les deux hommes prirent le temps de raconter leur vie. La petite fille arrivée le mois dernier chez René Fernez, la différence entre éducation des filles et des garçons. Jean-Michel raconta le sauvetage de Amir Baraq à René Fernez puis ils reprirent un café pour combler un silence. René Fernez parla de Corbu et Jean-Michel de Nervi. Chacun disait son admiration et surtout se retrouvait sur la structure comme élément de base. Les mains faisaient des gestes dans les airs pour évoquer là une poutre maîtresse, ici un porte-à-faux, là l'épaisseur d'une coque de béton. Et il était maintenant temps de voir l'arrivée des passagers.
Fernez ne put rien dire. Il vit deux hommes se jeter dans les bras, se serrer si fort, se reconnaître mutuellement. Jean-Michel venait de retrouver Amir Baraq. Ils mirent plusieurs minutes avant même de pouvoir se dire bonjour. Ils étaient passés de corps d'adolescents chétifs traversant l'Occupation à ceux de deux hommes qui se voyaient maintenant et qui se regardaient de haut en bas, de la distance de leurs bras tendus enlacés. Derrière Amir, une jeune femme se tenait à distance.
 - C'est, c'est, c'est ma femme Jean-Michel, c'est ma femme. Affirma, à bout de souffle Amir Baraq.
 - Eh bien, tu pourrais me prévenir et puis surtout me présenter !
 - Leandra, Monsieur Lestrade, je m'appelle Leandra et ça c'est pour vous, dit la jeune femme avec un joli accent.
Elle  tendit alors un petit paquet ficelé que Jean-Michel s'empressa d'ouvrir. Il reconnut
immédiatement le volume de Proust qu'il avait offert à Amir au camp de Drancy.
 - J'espère au moins que tu l'as lu !
 - 16 fois exactement mon Jean-Michel ! Une fois par an depuis que tu me l'as donné ! Et tu sais, le plus étrange, c'est que je n'ai jamais lu les autres volumes ! reprit Amir tout joyeux de son coup.
Sans ajouter un mot, sortant de la poche de son imper un sac en papier, Jean-Michel sortit le volume 2 de À la recherche du temps perdu et le tendit à Amir.
Aucun nouveau mot ne fut prononcé, les autres passagers de la gare maritime purent voir ainsi le spectacle étrange d'un couple formé de deux hommes en imperméable, se serrant dans les bras, tenant chacun un livre de Proust dans le dos de l'autre.


Par odre d'apparition :
Drancy, Les gratte-Ciel-Gendarmerie Mobile-1ère Légion TER, éditions d'Art Raymon.
le Havre, Avenue Foch et Porte Océane, éditions Bellevues, expédiée en 1958.

 



jeudi 28 janvier 2016

Construire une carte postale

Depuis des années maintenant, je tente de saisir avec vous comment est construit ce regard sur l'architecture moderne et contemporaine par les éditeurs et photographes de cartes postales. Voici une série de photographies qui vont nous faire avancer grandement, certainement pas tant du point de vue du cadre mais bien plus sur la diffusion de ces images.
Allez, regardons déjà ces belles images :





Nous sommes pour cet ensemble de vues, à Malakoff, dans la Cité du Fort de Vanves. On y retrouve tout le vocabulaire du quartier Hard French pris souvent dans la diagonal d'une perspective permettant de saisir à la fois la masse de l'immeuble et donc sa façade mais aussi la spatialité dans laquelle cette architecture se place, ouvrant ainsi le quartier par les canyons qui séparent les barres. Cela tient à la fois de la construction de l'image que de la réalité de ce type de constructions voulant offrir par une densité d'habitats un plus grand espace au pied même des logements. On sait que malheureusement ce dégagement ne profite que rarement à la construction de vrais espaces paysagers mais bien plus à des parkings offrant un lac de carrosseries automobiles.
Mais ici, le ou la photographe, comme souvent, cadre au mieux tout ce qui végétalisera la vue, donnera la sensation d'un jardin, non pas comme le pensent trop souvent les petites opinions pour faire "croire" à un vrai travail paysager mais bien plus simplement pour rendre compte de la réalité de cet espace et aussi, je commence à le penser, pour aider les habitants à reconnaître leurs lieux et désirer les partager. Il s'agit autant d'un geste de constat que de politesse d'image, offrir le désir de partager un lieu. On donne l'opportunité de reconnaître son lieu mais aussi de raconter à celui à qui s'adresse la carte postale de saisir les particularité de l'environnement de vie de celui qui l'envoie. On envoie bien son image.






 




La présence des enfants sur l'aire de jeu dira aussi cette attention à l'habitant. On a vu aussi sur ce blog maintenant de nombreuses fois comment cette présence sert le photographe lorsqu'il trouve la bonne distance entre personnalisation du cliché, sa temporalité et une forme d'humanisme apporté par cette présence, rompant sans doute avec une forme un rien égale et répétitive de l'architecture, du moins, dans son image extérieure. Rares, voir inexistantes, les vues des intérieurs des appartements pour en décrire la vie. Tout cela nous l'avons déjà vu et cela prouve à la fois une forme reconnue, admise, attendue de ce genre de cartes postales mais aussi tout cela est très vite atténué par des exceptions nombreuses rompant l'impression de cliché des grands ensembles et du hard french.
Mais au-delà des photographies ici, ce qui est étonnant, c'est qu'il ne s'agit pas vraiment de carte postale, enfin... pas encore... Car, au dos de ces images, aucune trace de typographie.



Seules des indications manuscrites nous donnent des informations intéressantes. D'abord la localisation, bien entendu, écrite en bleu ou noir au stylo-bille, puis une lettre de l'alphabet ABC ou G ce qui laisse à penser un D et E disparus. Puis un nombre d'exemplaires qui contredit les indications 500c et 270n que j'ai cru pouvoir traduire par 500 couleur et 270 noir et blanc. Donc plus de 200 exemplaires ! Étrange... en tout cas, cela est un relativement petit nombre d'exemplaires puis cela représente un peu plus d'une vente par jour. On imagine aussi que ces futures cartes postales devaient être ré-éditées selon leur succès. On voit également un chiffre 573 ou 568, sans doute la série mais bien évidemment ce qui est le plus révélateur dans ces documents c'est bien qu'il s'agit d'une campagne photographique programmée. Il ne s'agit pas d'un coup pour voir mais d'une décision de faire autour de cette cité un vrai travail photographique, une construction d'une série permettant à tous les habitants de retrouver en totalité ou en partie leur lieu de vie. On offrira donc le choix aux marchands de journaux et de tabac de choisir dans le catalogue les cartes postales qu'à son tour, il présentera aux clients. Le photographe part donc sur place avec un programme qu'il devra réaliser. Ici, à pied, comme un piéton, il cadre sans effet trop marqué d'un style personnel, il tente un rien d'animer l'architecture, de la donner à voir (presque à lire) dans une grande netteté du plan, avec une forme simple, joyeuse, aimée. On ne vient ni avec une critique négative de ces lieux, ni aveuglé par une politique gouvernementale, on fait ce qui est possible avec ce qu'il y a, dans une tradition tranquille du paysage, en espérant qu'ici, un arbre dira le parc, que là, l'automobile dira le parking et que les enfants, sans être demandés, attendus, souhaités, permettent de vivifier l'aire de jeux. En fait, le photographe de cartes postales est présent à son monde, il est avec son monde, il en fait partie. Il est aussi, et c'est le plus important, libre du regard des architectes, il ne peut que jouer avec l'existant, qui se donne, dans sa réalité à voir. On redressera sans doute un rien les verticales, on attendra une lumière égale, non pas pour faire semblant ou pour construire une image sous une autorité quelconque mais simplement pour que l'œil cultivé qui est le nôtre accepte de s'y plonger et... s'y retrouve. Comme dirait Matisse, un bon fauteuil. Et ce fauteuil est ici bien dessiné, confortable sans être assoupissant, on est devant la fenêtre superbe et mobile du cadre photographique.

samedi 23 janvier 2016

Ah ! Les cons !

C'est un peu ce que je me suis dit lorsque j'ai entamé mes premières recherches sur le quartier du Pont de Bois à Villeneuve d'Ascq et que j'ai saisi que le travail de l'équipe de Josic y avait en partie été démantelé par une réhabilitation dont la stratégie tient surtout de la pensée sécuritaire et non de l'architecture.
Commençons par le début :



Sur cette carte postale éditée par L' E.P.A.L.E et dont la photographie est de Ballenghien, on voit très bien les constructions du quartier du Pont de Bois dessinées par Alexis Josic et son équipe pour un concours daté de 1973. On y remarque immédiatement une qualité évidente de polychromie d'une architecture fortement marquée par des volumes en gradin s'emboîtant les uns dans les autres et produisant des espaces vides et des pleins dont le dessin original et très beau des ouvertures vient ponctuer les façades. On y reconnaît une écriture typique de l'époque, le semi-collectif qui tentait de rompre avec l'héritage du hard french en renouvelant l'idée de l'habitat collectif. On a vu cela avec un autre exemple, les gradins-jardins de Messieurs Andrault et Parat.









On sait aussi que Alexis Josic a fait partie des groupes de l'ATBAT puis de Candilis-Josic-Woods et en a partagé en tous points les interrogations spatiales et urbaines allant de l'espace de la cellule à celui de la ville dans un déploiement attentif de l'acte de construire et de la nécessité d'habiter cet acte, tout en mettant d'abord et toujours au centre de ces questions un humanisme profond, attentif aux besoins comme aux rêves, attentif surtout à donner une forme aux relations entre ceux qui utilisent ces espaces, espaces qui ne seront pas seulement de l'habitat qualifié de collectif.
On sait comment aujourd'hui est ravalé au sens propre comme au sens figuré cette pensée par des bailleurs, des propriétaires, des maires, qui écoutent davantage les avis de la police et des pompiers que celui des habitants et ne s'occupent en rien de ce que cette histoire et cette pensée ont de riche, d'original et surtout donc d'humaniste.
Non.
On brise à l'envi les circulations, on sacrifie les espaces, les attentions, les détails, sans égard. Voyez et lisez bien ce que les architectes ayant réalisé les modifications de ce quartier utilisent comme vocabulaire et arguments pour, non pas se justifier d'une nouvelle pensée architecturale mais appliquer sans regret ni remord et surtout sans aucune position éthique des demandes sécuritaires et de tranquillité publique.

http://www.lavoixdunord.fr/region/villeneuve-d-ascq-la-renovation-de-l-ilot-4-au-ia28b50417n1552590

La démagogie devient la raison d'un espace et le construit avec même une certaine jubilation à ruiner une pensée complexe, joyeuse, humaniste qui n'est pour rien dans les errements de la petite délinquance. Le politiquement correct et la bien pensance construisent maintenant nos espaces et cela se fait avec la collaboration d'architectes dont on se demande qui leur a enseigné cette méthode d'obéissance pour construire. Prenez les normes des pompiers, prenez vos ordres auprès de la brigade des stups et appliquez à la lettre leurs désidérata, vous ferez une bonne architecture. Demandez donc quelle taille doit faire une fenêtre pour que, dans le même temps, un pompier puisse l'emprunter depuis le dehors mais qu'un petit malfrat ne puisse pas s'en échapper depuis l'intérieur et vous aurez une idée de la pensée architecturale qui conduit aujourd'hui nos constructions. Ajoutez pour l'urbanisme, l'angle de braquage maximum des automobiles pour en interdire le demi-tour et donc la fuite et vous aurez saisi comment aujourd'hui on dessine nos circulations. Saupoudrez de bancs sur lesquels on ne peut pas s'allonger, de gabions chics pour empêcher les intrusions et vous deviendrez paysagiste.
Alors je vous donne à lire un texte publié dans Techniques et Architecture de 1973 et qui explique comment on pense.
Vous verrez qu'il y a un monde entre les petits ravaleurs et les vrais architectes. Ce monde c'est l'espace accordé à l'habitant.
On notera que la carte postale semble être une édition produite à des fins de promotion de l'habitat. Tout en fin d'article, quelques images de l'état actuel avec, en prime, un selfie de la Google car !

Pour une fois je vous donne la superbe couverture de ce numéro de Techniques et Architecture :