mardi 15 avril 2014

Carnet de ville Montreuil




Je reçois de la part de Franck Kirch, un bel envoi plein de documentations dont nous aurons à reparler et qui nous serons sans doute utile.
Dans cet envoi, une petite boîte de carton fait la belle. Scellée par un bandeau qui annonce son contenu, on peut y lire : Carnet de ville, Montreuil. Mehdi Zannad. Maison de l'Architecture de Lorraine.
J'hésite à couper l'étiquette pour accéder à l'intérieur mais il le faut !
Bien évidemment, le format et la boîte elle-même me rappellent d'autres types d'éditions que j'ai partagées avec vous et notamment la très belle édition de Frédéric Lefever. Je m'attends donc à trouver à l'intérieur des cartes postales... Presque... Il y a d'abord, contrecollé dans le couvercle, le plan de la ville de Montreuil permettant de localiser les images puis immédiatement, les cartes sont disposées en paquet.





La première sur la pile est une photographie du carnet de dessin de Mehdi Zannad. On reconnaît un Moleskine qui me fait immédiatement penser à Claude Lothier et son dessin quotidien. Au dos de celle-ci, l'artiste nous explique la démarche et l'objet de ce carnet. Je vous le donne à lire. Je retiens surtout "l'éblouissement est toujours à portée du regard - surtout quand l'environnement est neuf, comme ici à Montreuil, où je viens de m'installer."



J'aime aussi son désir de lenteur et la tranquille détermination du regard. On entend en quelque sorte les dessins parler d'autant plus qu'au dos des dessins sont imprimés des commentaires entendus par le dessinateur lors de sa pose. C'est très élégant, simple et donc difficile. On aime les panneaux vidés de leur sens, laissés comme des ponctuations solides dans l'image. Les poses longues ne chargent pas le papier et les dessins tiennent la respiration. Voilà qui nous change de la photographie froide et objectivement (in)déterminée.
Ce que fait Mehdi Zannad c'est simplement reprendre la rue. C'est un bel objet, un beau regard.
D'un point de vue éditorial, rien à dire. La boîte en carton sans luxe fait bien écho à l'objet et à la ville. Le tirage des dessins est parfait, d'une grande lisibilité. Le plan fait son usage. On comprend l'objectif, on se régale de pouvoir y retourner.
Monsieur Zannad, faites-en d'autres !
Un petit détail tout de même, les cartes ne sont pas divisées au dos comme des cartes postales, elles ne présentent rien qui suggère une telle utilisation. Mais les signes de cette préoccupation sont visibles et, finalement, qu'importe, quand c'est beau...
Et puis, il y a le mystère des vues n°22 et n°23... Elles représentent le même dessin mais sont localisées à deux endroits différents... La bonne localisation étant celle du n°23, il s'agit sans doute d'une erreur, d'un glissement d'image ! Quel dessin oublié dans le carnet de Monsieur Mehdi Zannad attend maintenant d'être montré ? Mystère !



Je vous présente seulement quelques images sur la quarantaine ! Je suis un peu las du scanner ! Et le mieux, c'est de vous procurer très vite c'est belle édition en vous adressant à la Maison de l'Architecture de Lorraine qui a su soutenir là un remarquable travail.
Je mettrai aussi des vues de Street-View pour jubiler non pas d'une comparaison mais du plaisir à voir, à voir encore et toujours la ville.
Pour voir l'artiste au travail, vous trouverez sur son site une vidéo et aussi une page de gravures magnifiques et qui, évidement, me touchent tout particulièrement !
Nous reste à remercier vivement Franck Kirch pour cette belle découverte. Merci Franck !

Cliquez sur l'image pour voir la vidéo:



Vue n°4 :




Vue n°5 :




Vue n°8 :




Vue n°9 :




Vue n°13 :




Vue n°21 :



Voici la fameuse vue 22 et 23 :




Ici, impossible de refaire le même point de vue, car le dessin de Mehdi Zannad fut réalisé dans le parc et la Google Car n'y pénètre pas ! Nous avons réussi tout de même à retrouver la grande tour :






Vue n°35 :





Vue n°40 :


http://zannad.fr/montreuil

lundi 14 avril 2014

Un Forum ou des Halles pour la contestation ?

Alors que le chantier du Forum des Halles est maintenant très avancé, nous allons faire un retour en arrière sur l'histoire de ce lieu avec une très étonnante série de cartes postales militantes.
Nous utilisons ici même ce type de cartes postales qui agissent comme pétition pour demander le classement des centres commerciaux de Claude Parent. C'est une méthode intéressante, joyeuse et même efficace et elle a le mérite de conserver la trace de ce combat.
Les neuf cartes postales que vous allez voir nous montrent neuf projets d'architecture pour les Halles après la destruction des Pavillons de Baltard. Les cartes postales n'ont aucun nom d'éditeur, aucun nom d'architecte, aucun nom de photographe et ne comportent comme indice de leur origine que la signature du Syndicat de l'Architecture qui réclame une consultation internationale pour l'aménagement du quartier des Halles. La carte postale dans une typographie jouant le jeu d'une écriture manuelle demande instamment la réouverture du Dossier des Halles. La carte postale est adressée à Monsieur le Maire de Paris sans le nommer.
Rien d'autre.



Il m'est donc difficile de savoir si les reproductions des projets des divers architectes représentés au recto sont des critiques de ceux-ci ou au contraire sont là pour soutenir leur possible réalité. Il ne s'agit pas de cartes postales soutenant un projet en particulier ou au contraire en dénonçant un, mais une demande citoyenne (dont il faudra qualifier la représentation...) pour un nouveau concours laissant donc penser que ledit dossier est clos. C'est donc sans doute la méthode de traitement de ce concours et son choix qui sont contestés ici.
L'autre question qui reste en suspens c'est la masse éditoriale de cette contestation. Combien de cartes postales imprimées, combien d'envoyées ? Combien de modèles réalisés ? Et comment surtout, furent-elles diffusées et distribuées ?
Difficile de le dire.
Mais cela nous laisse une chance, dans l'histoire de la carte postale et celle de l'architecture, de voir que ce type de document a conservé ainsi non seulement les projets mais aussi les soubresauts politiques de cet aménagement. Une fois encore, les cartes postales prouvent leur capacité à enregistrer cette histoire, à donner à voir l'architecture réelle ou rêvée.
Mais justement, de qui sont ces projets ? Les architectes ont-ils accordé leur autorisation à cette participation ? Ont-ils eux-mêmes diffusé ces cartes postales militantes ?
Car ce que permet de voir ces cartes c'est une diversité inouïe des projets mais également des modes de représentation. Les cartes postales nous montrent en effet des photographies de maquettes, des dessins, des plans de tous types ! Certains jouant un réalisme, d'autres extrêmement fantaisistes et poétiques !
Il faut savoir que 600 contre-projets naîtront de cette opposition au projet officiel. Si la revue l'Architecture d'Aujourd'hui fait écho positivement à ce contre-projet en proposant un dossier complet dans son numéro d'avril 1980, on trouve un avis extrêmement défavorable à cette histoire dans la revue Paris Projet de 1985, revue de l'A. P. U. R...
Mais l'histoire étant passée, il ne nous reste qu'à tenter de ré-attribuer à chacune des cartes postales, le nom de l'auteur du projet. Et aujourd'hui, on a parfois, tout de même, envie de rire un peu.
Pour ma part, j'attends avec impatience de voir si la canopée en construction sera à la hauteur de son appellation. J'avoue que j'ai peur.
On commence ?

Projet de Michel Bourdeau, Piero Baroni, Piero Carlucci, Maurizio de Vita, Mauro Galantino, Fernando Guerrini :



On remarque que la carte postale est un recadrage d'un dessin tiré en négatif. On retrouve ce dessin dans A'A qui nous donne également quelques autres vues avec Icare dans le ciel.



Projet de Gaetano Pesce avec Jean-Luc Muller, Pierre Vercey, Paolo Pistello :



La carte postale est une photographie de la maquette, maquette que l'on retrouve en pleine page et en couleur dans A'A qui consacre deux pages à ce projet... comment dire... poétique et anthropomorphique qui laisse rêveur.
Le texte de défense de ce projet ne fait aucunement allusion à la forme de corps humain du plan et laisse passer des perles : " l'église n'est pas accessible directement ; elle est cachée comme le sont aujourd'hui ceux qui s'en réfèrent." ou encore : "Chaque logement est ainsi prévu pour être terminé par son utilisateur sans image prédéterminée, avec l'aide d'artisans locaux ou la participation de petites entreprises." Puis plus loin : "la finition des bâtiments par les habitants même risque de donner à l'ensemble les richesses de formes et de couleurs nécessaires en ces lieux." On rêve.








Projet de Steven Petterson, Barbara Levine et David Cohn:



La carte postale reprend bien le plan proposé et vu dans A'A. les architectes y parlent d'un espace central vide entouré d'une grande muraille...On devine aussi étrangement, autour de ce vide une hyper-densité.





Projet de Vittorio Mazucconi :



On retrouve presque à l'identique notre carte postale ! Le cliché est bien le même ! il faut croire que A'A a eu les mêmes sources !



Projet de Greg Walton :



La carte postale ne semble pas cette fois reprendre une iconographie de A'A mais propose une image sombre et presque illisible !
Mais voici qu'une autre carte postale du projet, nous le montre en plan. Il faut croire que ce dernier a eu un certain succès pour avoir droit ainsi à deux cartes postales !



Le projet de Greg Walton est très bien représenté dans A'A avec pas moins de trois pages dont deux en couleurs... Pourtant d'une grande lourdeur, extrêmement dense là aussi, prenant le parti de citations de trois époques de la construction de Paris et allant jusqu'à l'effet de miroir censé reflété à l'infini l'église St-Eustache, ce projet ne me semble pas mériter autant d'éloges. Mais sans doute, ne suis-je plus assez 80 pour comprendre.







Projet de Frank Joris, Dominique Campet, Thierry Tourant, Philippe Rogamora et Sylvie Campat :




Ici aussi c'est assez simple, la carte postale reprend en noir et blanc le dessin aquarellé publié dans A'A. Petite citation : "Ce serait un quartier dans lequel pourrait s'éclore le futur ; si l'on ménageait une place, les forces et l'usure du temps pourraient modeler la ville, niant par là-même l'obsolescence moderne. "
Oui ? Vraiment ?





Projet d'Yves Lion, assisté de Alan Levitt, Daniel Tajan, Michel Courajoud :



Que c'est facile à retrouver dans les pages de A'A !
Pour l'instant, sans aucun doute mon projet favori. Parce qu'il bâtit, qu'il couche une tour sur le sol, qu'il dessine avec fermeté l'espace. C'est aussi l'un des plus clairs quant à ses intentions sans nuage rose et poétique, sans rêverie surréalisante et onirique.



Projet de Luciano Celli Tognon, Dario Tognon, Gianfranco Foti, Luciano Lazzari, Corrado Pagliaro :



On remarque la passerelle (?) suspendue au-dessus du Forum...
On remarque l'énorme tube posé de biais et qui aurait été un centre social...
les architectes nous précisent que le bassin du Forum serait bordé d'habitations servant à "filtrer l'espace"...Vous comprenez quelque chose à cela vous ?



Alors... Pas très concluante série...?
Je propose qu'à tout jamais, le Forum des Halles devienne un laboratoire ouvert d'architectures. Que tous les 20 ans on casse tout, qu'on mette devant le trou béant tous les architectes du monde, qu'ils rêvent à des impossibles rêves, puis que doucement, assagi par la pression financière et politique, on construise une fois encore un compromis Hi-Tech un rien chic, faux-semblant de réflexion sur le site, bibelot gigantesque à l'esprit du temps... Forum, trou, canopée.
Finalement le projet que je préfère est celui des étudiants de l'école nationale supérieure du paysage, projet présenté à la fin de l'article dans A'A. Les étudiants ayant dessiné ce billard électrique sont : Gournay, De Cottignies, Loze et Schnitzer.