dimanche 4 décembre 2016

Les aveugles au Royaume de Dieu

On a déjà ri des ambitions photographiques d'artistes en mal de sujet, croyant le tenir alors même qu'ils ne font qu'effleurer une histoire qui les dépasse, d'ailleurs au sens propre comme au sens figuré.
Voilà que l'on me signale un autre cas, celui d'Éric Tabuchi d'ailleurs sur le même sujet, les églises modernes. Déjà... Cela pourrait suffire...
À croire que les photographes plasticiens ne savent pas s'inventer d'autre gibier dans leur safari sur ces utopies qu'ils croient éteintes alors qu'elles ne leur demandent rien et surtout qu'elles sont bien vivantes.
Allez lire cet article. 
Vous noterez d'emblée qu'aucun architecte n'est crédité pour ses architectures. Faudrait surtout pas avoir à remercier quelqu'un.
Une fois encore, le photographe se pose comme un inventeur au sens étymologique du terme. Une fois encore, c'est comme si, enfin, grâce à son regard acéré sur le monde, nous pouvions découvrir le Patrimoine Architectural d'Art Sacré du XXème siècle. Une fois encore, on tente d'opposer l'Église et la Modernité, de feindre l'étonnement de ce rapprochement.
Une fois encore... on se marre devant cette fausse naïveté attendrie.
La photographie plasticienne n'arrête pas pour une grande part de ne pas savoir quoi faire de l'héritage de l'objectivité des Bernd et Hilla Becher. Il semble que beaucoup de photographes assez mauvais ont vu dans cette objectivité un moyen aisé de faire une photographie simpliste et ont confondu originalité d'un point de vue (et du regard) avec une typologie qu'ils croient, de plus, originale. Comme par hasard, ce désir de typologie, de collections, se pose toujours sur une architecture dont ils confondent le Vintage et la Modernité, oubliant à la fois de cadrer les usages et les histoires, vidant les lieux comme pour mieux nous faire croire à une froideur objective qui n'est finalement qu'un manque total d'originalité face à des objets dont ils ne désirent finalement que nous chanter leur surprise devant leur réalité. Mais surtout cela est le signe d'une méconnaissance totale de l'histoire de ces objets tant sur la raison de leur existence que sur leurs modes constructifs ou architecturaux. Pire, je crois même que de cette connaissance, ils s'en foutent car après tout ce qui compte c'est bien comme au safari, d'abattre la bête, de poser à côté et de former un terrain, une typologie comme ils disent dont ils seraient les inventeurs.
C'est un athée qui vous parle.
Alors, je le répète : Vatican 2 ne vous a pas attendus pour admettre sa modernité architecturale car, simplement, voyez-vous, amis photographes plasticiens, la révolution de Vatican 2 est celle de la transformation radicale d'une cérémonie demandant donc, dans la continuité de ses signes et de ses pratiques un renouveau des formes et de ses lieux.
Le XXème siècle fut celui, du moins en France, d'un immense chantier d'expériences, de tentatives, d'explorations qui ne sont pas le fait seulement d'architectes débridés par l'époque mais aussi par l'acceptation et même le désir d'une église catholique capable de remettre en jeu ses modes de partages.
Pour rire avec Giscard d'Estaing, vous n'avez donc pas chers amis photographes plasticiens le monopole de la modernité. Vous ne faites que découvrir une histoire qui a maintenant plus de... 50 ans et dont la critique et l'histoire ont donné déjà de nombreuses études critiques, de nombreux ouvrages que vous n'avez certainement pas encore lus. Avez-vous, au moins une fois dans votre vie assisté à la cérémonie ? Bienvenue dans notre monde ! Il n'est jamais trop tard pour aimer la Modernité et tenter un peu d'en comprendre les formes mais aussi les objectifs. La construction des églises modernes...................................
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...............Et puis... Merde... Tiens ! Je ne vous ferai pas de leçon, je ne vous offrirai pas l'occasion d'un reader-digest des livres à lire, des articles à analyser. Si vous êtes suffisamment suffisant face à ce sujet, tant pis pour vous. Je me range du côté de Claude Parent, allant anonymement vivre les messes à Sainte Bernadette-du-Banlay pour voir si son architecture fonctionnait, je me range du côté de Guillaume Gillet qui offrit l'élan du béton aux gestes de la Messe (dont vous, vous ne connaissez rien et dont vous vous moquez comme d'une guigne), je me range du côté des croyants, des fidèles, des curés de campagne, des associations œcuméniques qui font vivre quotidiennement ces lieux au-delà bien souvent des appartenances religieuses, ouvrant les espaces parce qu'ils furent conçus dans leur révolution pour être ouverts au moins autant que vous êtes... fermés à leur sens et leur histoire.
La photographie des Becher est documentaire. Seulement et totalement. Elle est une photographie d'amour avant la disparition, et son objectivité est un hommage distant à la fois à la masse mais aussi à ceux qui l'ont construit, vécu et parfois qui y ont souffert. Bernd et Hilla Becher voulaient garder ce qu'ils avaient connu. Ils voulaient que cette charge puissante d'un monde en disparition puisse être offert à tous. Ils n'allaient pas en chasse, ils allaient en partage. La photographie est un acte fort qui dépasse la capture. Elle ne confond pas l'image et le piège neutralisant.
Photographier ce n'est pas capturer.
Allez... ce n'est pas grave. Vous avez le droit, tous les droits, même celui de ne pas savoir. Ce qui est grave c'est refuser d'apprendre.
Alors, comme c'est dimanche, que j'écoute la messe sur France Culture, que j'en aime tous les dimanches la faiblesse attendrie des mauvais chanteurs des chœurs, les sermons qui parfois me font bondir ou soudain, une altérité puissante et une miséricorde joyeuse et gratuite, ce qui devient rare dans notre époque de Charity Business, je vous offre, chers amis photographes, l'occasion une fois encore d'aller vous goberger sur la Modernité de l'Église Catholique et sur une typologie populaire qui ne vous a pas attendu pour faire un inventaire qui, lui, est modeste et joyeux, car à l'usage de tous, offert pour quelques centimes, prouvant la dignité et l'accès de ces lieux à la fierté de tous ceux qui les habitent. Regardons des cartes postales :



Cette carte postale des éditions Iris nous montre l'église "La Grâce de Dieu" de Caen. Les éditeurs, eux, nous donnent même le nom des architectes, messieurs Marcel Clot, François Dupuis, Paul Huet, Guy Morizet. On notera que l'éditeur précise également que Marcel Clot est aussi urbaniste. On identifie bien sur cette carte postale les effets de Vatican 2, donnant à la fois des formes simples et reconnaissables qui offrent à la fois un lieu de culte mais aussi des espaces de réunions. On aimera comment le photographe a cadré ainsi, laissant bien le bâtiment raconter ses qualités et son programme sur une terre tout juste retournée et laissant voir aussi le quartier sortant de terre. La grande simplicité des formes fait notre joie. Certainement que Rond, Carré, Losange pourraient participer à un atlas des formes.
Entrons :



Oh ! Regardez Monsieur Fouillet ! La belle photographie ! Remercions ensemble les éditions Artaud d'avoir fait votre travail il y a... 50 ans... Et d'avoir laissé les couleurs modernistes chanter leurs tons, leurs valeurs, leurs forces dans un espace vide dont les reflets du plafond suffisent à mon plaisir. Comment ne pas comprendre et admettre qu'ici les architectes ont composé une mise en scène de la messe en fabricant au fond, à la place de l'autel, un écran venant contraster avec les couleurs et le sombre de l'espace ? Et cette modestie du photographe de ne pas être nommé, ajoute aussi à mon plaisir et à mon désir d'encore plus, lui, le remercier.
Je vous offre cette autre occasion :



Cette fois c'est une carte postale un rien étrange puisque produite par le journal Ouest France. On y voit encore à Caen, l'église "la Grâce de Dieu" en construction. Entre parenthèses, l'éditeur nomme "Gosset" et je pense qu'il s'agit du photographe. Mais quelle est la raison profonde de cette carte postale en noir et blanc ? Sans doute, une carte commémorative de l'histoire du quartier. Quel beau document en tout cas, nous montrant une église en chantier comme nous avons déjà aimé en voir souvent sur ce blog.



On peut même s'amuser à retrouver le point de vue du photographe de la première carte et surtout comprendre que l'église fut construite en dernier dans ce quartier moderne.
Alors à votre objectivité, je préfère celle de la Google Car. Elle n'est pas feinte, elle n'est pas simpliste. Et lorsque son objectif photographique cadre par bonheur un grand mur aveugle de l'église, je me dis que cet aveuglement est une réponse parfaite à d'autres.
Vivement une belle exposition montrant l'une à côté de l'autre, les photographies de messieurs Fouillet et Tabuchi afin que leur objectivité soit enfin subjective.

Enfin, je remercie vivement Daniel Leclercq pour cette donation de cartes postales. Merci Daniel !
À la Grâce de Dieu !






samedi 3 décembre 2016

Mettez-moi la paire

Il suffit de dire Nancy pour que les yeux des aficionados de l'architecture se mettent à briller soit du côté de l'Art Nouveau soit du côté de Jean Prouvé. Et c'est bien normal.
Mais voilà, il se pourrait bien que de Nancy, nous puissions aimer aussi ce genre de machine :





Car, voyez-vous, j'adore cette architecture internationale, égale, parfaitement à l'image de ce que l'on attend d'elle : droite, haute, de verre, un peu articulée, s'excusant de Malevitch, un rien ennuyeuse mais tellement, tellement rigide, implacable, tombant du ciel tout en tentant d'y retourner et surtout parfaitement attendue.
On imagine derrière les volumes qui la fondent, derrière les jeux entretenus de leurs articulations, derrière l'implantation sans vergogne, une ambition affairiste dont le brutalisme serait financier, géré par un promoteur, avant d'être géré par des architectes. Si cette architecture n'a pas échoué malgré ses grandes faiblesses c'est sans doute aussi que nous en aimons justement ses défauts, surtout quand elle fait des images au lieu de faire des lieux de vie.
Devant ce genre de machines architecturales, j'hésite toujours entre la joie immense de la puissance des volumes dans le réel, leur géométrie vivante, la douceur du roulement des ascenseurs et l'ennui d'une architecture épuisée dont la seule vraie définition est un rapport adéquat entre une surface au sol minimum et une hauteur maximum : fabrication immobilisée de casiers.
Mais quelle beauté ! Oui, quelle beauté !
Surtout quand les éditeurs et les photographes de cartes postales s'en emparent pour redresser les verticales, égaliser le ciel bleu, tenir l'ensemble dans le cadre. Bon Dieu ! Que les parallèles du bord de la carte postale tiennent bien celles de la construction ! Et dans ses façades de verre, se reflète le bâtiment lui-même, comme pour prolonger sa propre orthogonalité. Miroir mon beau miroir...
Cette carte postale des éditions Estel ne nomme pas son photographe mais nous donne le nom des architectes : Jacques Binoux et Michel Folliasson.
Ces derniers nous le connaissons bien sur ce blog. Nous en avons déjà beaucoup aimé la Préfecture de Bobigny dont la Force Impériale nous laisse croire que Dark Vador lui-même pourrait en avoir inspiré les plans.
Nous regrettons surtout le beau et radical projet de Tour Pleyel dont pourtant nous reste cet exemple visible ici.
Mais voilà que le hasard des recherches me permet de lire deux fois cette très belle tour Thiers, ce très bel Architecton.




Vous avouerez que la proximité des points de vue est stupéfiante et que seuls les premiers plans permettent de lire les différences. Une plus grande proximité pour la seconde ainsi qu'un léger décalage vers la gauche. Nous sommes également plus bas sur la seconde image. Le premier plan s'encombre de garde-fous et de plantes en folie offrant ainsi le végétal nécessaire à une belle composition attendue du genre carte postale !
On aimera que cette Tour Thiers soit encore debout et belle, toujours plantée au cœur de Nancy sans que quiconque n'est eu la saugrenue idée d'un remodelage ou d'une transformation. On s'amusera juste que la Google Car nous offre, sur sa belle façade rectiligne, quelques courbes involontaires.
Tour Thiers, reste là, droite, immense, éperdument imperturbable !
Sois l'implant moderniste dans la ville, sois sa valeur, sa force, sa rigueur.
Tour Thiers, deviens le mètre-étalon, la grille indiciaire de la ville, celle de toutes les comparaisons. La folie parfaite de Binoux et Folliasson !







mardi 29 novembre 2016

Une baleine en gros plan

Il y a peu, nous avions le plaisir de voir une carte en multivues de Lapoutroie montrant une maison de Pascal Haüsermann.
Comme je m'en doutais, il devait bien exister une carte postale uniquement orientée sur cette maison, et, voyez-vous même :



Il s'agit là également d'une édition de l'Europ-Pierron comme pour celle en multivues ce qui prouve une fois encore que les éditeurs usent des clichés pour plusieurs compositions offrant aux acheteurs l'occasion de ne pas choisir et de s'offrir plusieurs photographies d'une ville pour le même prix.
Si Julien Donada nous a fait la joie de nous démontrer qu'il s'agit bien là d'une maison construite par Pascal Haüsermann, on ne sait rien de la relation des propriétaires de cette maison et de l'éditeur ou du photographe. On comprend facilement que, vu l'étrangeté de la construction, elle soit suffisamment pittoresque pour intéresser un éditeur et un certain public aimant les curiosités.
Mais comment donc une telle carte postale fut-elle construite ?
Le photographe a-t-il pris contact avec les propriétaires ? A-t-il établi avec eux un contrat d'image ? Une simple visite de hasard ou une construction d'image avec les propriétaires ?
Rappelons tout de même que les cartes postales de villas modernes sont rares car justement privées et qu'il est difficile sans doute pour un propriétaire d'accepter que sa maison, même si elle hurle son désir d'originalité, soit ainsi un objet pittoresque et touristique.
On s'étonnera ainsi que le nom de l'architecte Pascal Haüsermann ne figure pas au verso de la carte postale, pas plus que le nom des propriétaires mais que seul le surnom de la villa est donné : La Baleine.
Qui nomma ainsi la maison ? Les voisins jaloux et curieux ? Les habitants de Lapoutroie ? Est-elle, encore aujourd'hui, cette maison, connue sous ce pseudonyme ?
C'est vrai que sa façade et sa grande bouche ouverte avec ses fanons laissent la porte ouverte à ce rapprochement animalier !
Ma carte postale ne comporte aucune correspondance et ne fut pas expédiée.
Combien d'exemplaires de cette carte furent édités et où pouvait-on les acheter ? On imagine qu'une telle carte devait bien offrir aux habitants de La Baleine une sorte de popularité villageoise et des visites inopinées ! Je pourrais bien en être un jour...
Si maintenant on s'attache à son architecture, on remarque donc deux coquilles l'une au-dessus de l'autre, séparées par une ligne d'ouvertures et écartées par la grande baie. L'opposition des matériaux du toit et de la coquille inférieure n'est pas très heureuse. On regrette, comme pour Raon-l'Étape, une coquille unie. Dans mon premier article je m'interrogeais également sur la nécessité d'un point d'appui avec une colonnette pour rattraper le porte-à-faux de la coquille. Cela manque un peu d'élégance constructive même si cela ne gêne en rien l'allure générale de la construction. On notera aussi le beau dessin de la cheminée. J'avoue, encore une fois, ne pas aimer les trois arcs dessinés dans le cylindre qui tient l'ensemble. Mais qu'y puis-je ?
On notera enfin que, habilement et je crois volontairement, le photographe cadre la Baleine de Lapoutroie avec, au fond, un pavillon traditionnel comme pour s'amuser du contraste entre les deux formes. On s'amuse aussi de l'absence totale de personnage. On regrettera que la lumière ne permette pas de voir par la grande baie généreuse, les aménagements intérieurs ou des signes de vie, ce qui donne à l'ensemble un sentiment un peu triste. Le gazon étant bien tondu la vie est là pourtant...
Comme je le disais hier, je ne puis me satisfaire de cette carte postale. Jamais deux sans trois nous dit l'adage populaire. Il me faudra donc trouver une troisième carte postale de La Baleine de Lapoutroie !
Souhaitez-moi bonne chance !
Remercions encore Julien Donada pour son œuvre autour de Pascal Haüsermann et pour les informations sur cette maison.
Revoyez les articles ici :
http://archipostalecarte.blogspot.fr/2015/07/im-picky.html
http://archipostalecarte.blogspot.fr/2015/06/deux-coquilles-alsaciennes-cherchant-un.html
http://archipostalecarte.blogspot.fr/2015/09/a-la-tele-julien-donada-fait-des-bulles.html
http://archipostcard.blogspot.fr/2011/09/lest-allez-vers-lest-2.html





lundi 28 novembre 2016

Rare Royan

Le collectionneur de cartes postales est toujours en chasse. Il veut toujours, alors même qu'il vient d'être satisfait, chercher un nouveau point de vue, quelque chose d'inédit, comme si la course en avant vers la nouveauté était sa seule raison de vivre.
Je suis comme ça avec Royan, me demandant toujours si par hasard, un photographe de cartes postales n'aurait pas posé son regard sur une partie de la ville moins connue.
Qui aura photographié l'intérieur du Palais des Congrès pour en faire une carte postale ?
Qui aura photographié la Villa Prouvé pour en faire une carte postale ?
Qui aura photographié le chantier de Notre-Dame-de Royan pour en faire une carte postale ?
Je n'ai pour l'instant aucune réponse à vous proposer mais voici tout de même trois occasions de voir Royan depuis des cadres un peu moins connus.
Voici :



Cette carte postale Berjaud expédiée en 1960 nous montre l'extrémité du Front de Mer avec, en face de nous, l'Hôtel Continental que nous connaissons bien maintenant. On peut se demander en effet quel intérêt il y avait à faire une carte postale de cette place alors que le port ou le Front de Mer sont juste là, à côté. Les deux hôtels pourraient à eux seuls servir de prétexte et surtout trouver une clientèle pour ces images.



Les royannais remarqueront que le Monument aux Martyrs de la Résistance et de la Déportation n'est pas encore installé sur le long mur aveugle de ce square du 8 mai 1945. En tout cas, ce morceau de ville moins iconique trouve tout de même ici l'occasion de s'exprimer et de montrer que, dans tous ses détails de circulations et d'aménagements urbains, la Ville de Royan fut très bien dessinée sachant ici articuler la pente du terrain (rampe Torchut) et la fin du Front de Mer pour réaliser un jardin, respiration utile dans ce morceau de ville.
Et encore :



S'il existe des dizaines de cartes postales du rond-point de la Poste, il est beaucoup plus rare de la voir depuis ce point de vue ! D'ailleurs où sommes-nous ? Il semble que le photographe Mr Chatagneau se soit placé directement tout au bout du Front de Mer, sur l'un des balcons pour obtenir cette vue dégagée sur la Tache Verte au fond de l'image. Là encore, on peut se demander à qui s'adresse cette image ? Car ce que montre surtout cette image c'est le dessin des articulations routières de la ville. Mais comment ne pas jubiler de l'occasion de voir ainsi le très beau détail de l'auvent qui accompagnait les piétons sous son ombre vers la Poste ? Comment ne pas jubiler des détails constructifs de cette Poste ? Là aussi, la carte postale permet d'enregistrer le dessin des aménagements urbains de la ville totalement ouverts et larges qui racontent une ville aussi bien dessinée pour le piéton que pour l'automobile où l'architecture semble se courber sur les chaussées, voire même les dessiner. On remerciera la couleur de nous apporter la preuve de son utilisation joyeuse et délicate sur les bâtiments.
Et :



Comment ne pas être heureux de voir ainsi, parfaitement photographiée, une belle architecture moderniste faire la preuve de son époque ? Le Grand Hôtel Océanic affichait encore en 1958 les joies d'une volumétrie fragmentée, articulée donnant ombres et diagonales, auvent et terrasses. Regardons comment le rez-de-chaussée était parfaitement dessiné et venait soulager le puissant parallélépipède de l'hôtel. Aujourd'hui remanié, il a perdu totalement cette force pour gagner quelques mètres-carrés, outrage inutile à une belle et franche architecture. Comment on appelle cela déjà cette manière de retoucher mal une architecture ? Un outrage ? Comparez, par exemple, le travail sur le pignon à gauche, comment, depuis le sol, jusqu'au toit, le travail de l'architecte a été perdu. Une catastrophe !
Ré-ouvrons tout cela ! Pour ce qui se passe maintenant juste derrière... Je vous laisse juges de la qualité de l'architecture de promoteur offrant des surprises étranges... La carte postale des éditions Artistiques Marceau Carrière ne nomme pas son photographe.





Toujours heureux de trouver des bunkers dans l'architecture civile :

 

Toujours heureux de rencontrer des maquettes de la Fonction Oblique dans l'architecture de Royan :

dimanche 20 novembre 2016

Théâtre abstrait

Voilà une carte postale qui n'a pas peur de dire franchement sa colorisation :



Facile aussi de dire de quoi il s'agit, du moins la raison de programme puisque c'est écrit dessus : Théâtre Romain Rolland.
Nous sommes à Villejuif.



Pourtant, voici bien aussi une carte postale et surtout une architecture qui savent rester abstraites voire absconses ! En effet, comment ne pas être intrigué par une architecture si peu dévoilée par cette photographie mettant dans son cadre quelques pans de murs aveugles, un escalier montant dans une saillie, une fresque invisible derrière un arbuste. On ajoute une forme incertaine sur la façade, sculpture ou enseigne, et un lot de planches posées là et le décor est planté.
On aimera son champ coloré tenant de toutes les tonalités de bleus un peu salis par le noir et blanc de la photographie, il s'agit du procédé DIACOLOR.
L'abstraction est presque complète !



Les éditions P.I, on les connaît bien et sont une véritable source de cartes postales de la banlieue comme Lyna ou Raymon. Malheureusement, elles ne nomment pas leur photographe ni les architectes. Il m'aura fallu attendre de trouver (enfin !) un numéro de la revue Techniques et architecture de 1964 pour avoir la réponse. Il se trouve que les architectes de ce théâtre ambitieux pour son rôle dans le programme urbain sont, l'Atelier d'Urbanisme et d'Architecture J. Bailly, B. Mouzas, J.P. Bertrand. On trouve dans la revue, un article signé R.S, il s'agit du bien connu René Sarger qui explique la construction de la coque du toit. Il travailla avec Brillouin pour l'acoustique et Demangeat pour la scénographie. On remarque aussi que le photographe (inconnu) ayant travaillé pour l'article a aussi cadré l'entrée quasiment du même point de vue que le photographe de la carte postale. Sans doute que l'écriture très pure et dure de ce théâtre devait solliciter d'elle-même une photographie ainsi contrastée et ferme dans ses formes. On entend bien dans le texte et dans les images ce désir d'une architecture entièrement fondée sur son programme, dessinée depuis l'intérieur vers l'extérieur dont les formes et solutions spatiales répondent d'abord à leur rôle : une pureté désirée, presque, en fait, une éthique.
On notera enfin que, étrangement, ce théâtre a échappé à notre guide d'architecture contemporaine en France.

 








On peut, grâce à cette maquette, mieux saisir la courbe si particulière du toit et sa jonction avec le bâtiment, ci-dessous, René Sarger vous explique sa conception :
 

 

dimanche 13 novembre 2016

Formes Utiles

Vous voyez, comme je le dis souvent, ce qu'il y a de plus important dans cette collection, c'est bien cette joie d'apprendre.
En fait, les cartes postales agissent comme des petits outils de liaisons, des pistes à suivre où un simple nom d'architecte vous ouvre soudain un monde.



Lorsque j'ai trouvé cette carte postale des éditions La Cigogne j'ai d'abord aimé l'immense totem de cubes en céramique posé devant les constructions, objet superbe jouant avec les images des jeux de cubes de notre enfance et placé ici devant le Groupe Maternelle aux Chartreux à Troyes. L'éditeur nous fait la joie d'en nommer son auteur : Madame Poumailloux. Malheureusement ce nom ne nous ouvre pas de porte pour l'instant. Qu'est devenu ce bel objet ?



Mais, après cette découverte, mon œil a glissé sur les panneaux de façade du groupe maternelle. Je reconnais évidemment ce que nous avions déjà vu dans cet article.
http://archipostalecarte.blogspot.fr/2014/11/apprendre-se-conjugue-comme.html



Mais cette fois, l'éditeur de cartes postale étant très précis, voilà qu'il nous indique aussi le nom de l'architecte de l'ensemble complet que l'on devine à l'arrière. Et, s'il est difficile de trouver des informations sur Monsieur Millochau, il est très aisé d'en trouver pour André Hermant l'architecte de ce groupe de Troyes car il fut l'une des figures essentielles de la révolution du Design en France avec le groupe Formes Utiles !
Et là... mes souvenirs sont précis !
Alors que j'étais étudiant, je me souviens parfaitement de ma joie de découvrir, dans la bibliothèque de l'école des Beaux-Arts de Rouen, un livre qui fut pour moi et pour mon ami Marc Hamandjian très important. Nous en aimions immédiatement la mise en page, les informations sur les objets qui nous entourent, et surtout un état d'esprit très particulier. J'ai rêvé de ce livre longtemps, puis, un samedi, aux Emmaüs j'eus l'immense joie de le trouver ! Quel plaisir ! Même si mon exemplaire est un peu fatigué !
On s'amusera que sur une double page, comme pour faire un signe à notre duo amical, André Hermant place la colonne de direction d'une Citroën DS en face de la Cité Radieuse. La première pour Marc Hamandjian, la deuxième comme pour moi. Quelle joie d'y retrouver ainsi mêlés Bernard Laffaille pour un hangar à Cazeaux, Le Corbusier, des astronautes, Gaudì et des os du fémur !
Que croyez-vous qu'il me reste à faire ?
À vous le montrer bien sûr ! Et vous en offrir des extraits.
Je me souviens surtout de la puissance poétique venant des doubles pages en fin d'ouvrage. Comme un collage habile et fort, servant par l'analogie le discours. On notera que la couverture et la maquette sont de l'immense Pierre Faucheux.
On pourra aussi en lisant ses textes, se demander si André Hermant, dans la réalisation-même de son ensemble d'immeubles a su tirer profit de sa propre leçon. Leçon qui reste d'une actualité brûlante !
On trouve ici un beau résumé de l'œuvre de André Hermant :
http://archiwebture.citechaillot.fr/fonds/FRAPN02_HERAN