mercredi 24 août 2016

Pardonne... N'oublie pas !

Denis se leva.
Il regarda rapidement Jean-Jean roulé en boule dans les draps ce qui permit à Denis de comprendre pourquoi, lui, avait eu froid toute la nuit.
Pourtant, il ne se décida pas à s'habiller de suite, aimant comme toujours traîner nu dans son minuscule appartement.
Il dut enjamber Jean-Jean pour saisir son portable branché de l'autre côté du matelas sur la seule prise électrique disponible. Son poids écrasa le matelas ce qui fit doucement bouger Jean-Jean qui dut se remettre en place et se rouler encore plus dans les draps sans se réveiller.
Il était 7h38.
Il restait donc une demi-heure pour se préparer et être à l'heure à l'école. Denis installa les oreillettes et choisit sa musique. Ce matin : Hazey de Glass Animals. Il chercha une tasse soit propre soit pas trop sale traînant dans l'évier. Il trouva ce ridicule mug penché provenant de la tour de Pise, que Jean-Jean avait acheté en Italie lors d'un voyage avec l'école d'architecture, croyant rendre ainsi un hommage à la passion de Denis pour Claude Parent.



L'eau tiède coula dans le mug, la musique coulait dans les oreilles de Denis qui ne s'entendait pas chantonner l'air avec sa voix épouvantable. Il marquait aussi le rythme, tentant même de danser un peu, tout en mettant en route le café. Il chercha le paquet de café longtemps avant de se rappeler que hier, Jean-Jean lui avait encore une fois conseillé de le ranger dans le réfrigérateur pour, comme il aimait à l'affirmer, en préserver tout l'arôme.
L'arôme d'un café de chez Lidl cela fit rire Denis mais il avait obéi alors à son ami de peur de perdre trop de temps dans une conversation dont il n'avait pas envie. Il s'installa ainsi à la petite table Ikea, table qui, bien que pliante, restait en permanence grande ouverte ce qui prenait beaucoup de place. Tout en mangeant, Denis pouvait depuis sa chaise regarder son ami encore endormi. Il suivit des yeux sa colonne vertébrale qui formait une sorte de crête de dinosaure sur le dos entre les épaules avant de disparaître totalement au niveau des reins. Il regarda aussi la fameuse balafre de Jean-Jean et sa main gauche qui portait une chevalière faite d'un grenat rouge vif à laquelle Jean-Jean tenait beaucoup malgré l'usure de son double anneau d'or. Il regarda aussi l'heure. Il fallait se dépêcher. Il ne prit pas de douche. C'était comme ça. Il faisait des efforts pour Jean-Jean qui, après avoir tenté plusieurs fois de le convaincre, avait presque fini à son tour, par penser comme Denis que c'était du temps perdu. Denis se vaporisa un demi spray de déo sous ses bras et enfila sa tenue. Dans le nuage lourd retombant du déo, il chercha en vain, comme pour le mug, une paire de chaussettes propres et, tout heureux, finalement, en trouva une dans le sac à dos de Jean-Jean. C'était une belle victoire pour commencer cette journée. Il avait hâte de montrer son projet pour un aménagement des bords de Seine, aménagement qui consistait avec humour en la construction d'un bunker et d'un bétonnage total des berges n'offrant qu'une rigole pour glisser le corps d'un promeneur se retrouvant alors avec le regard affleurant au niveau du fleuve. Bien camouflé par une forme à l'apparence guerrière, Denis avait fait parfaitement dessiné son bunker pour que chaque courbe, chaque coque puisse être apte à la pratique du skate.



Denis avait beaucoup aimé emmener Jean-Jean voir à la pointe de l'Ile de la Cité le magnifique Mémorial des Martyrs de la Déportation de Georges-Henri Pingusson. Jean-Jean en fut bouleversé et ils décidèrent tous les deux que ce Mémorial entrerait dorénavant dans leur top 10 des plus belles architectures. Denis connaissait par cœur cette liste, il aimait à la répéter à Jean-Jean et même à lancer en l'air un numéro lorsque devant un projet ou une construction cela lui évoquait l'un de ses modèles. La liste était la suivante :
1 Jean Renaudie, Ivry
2 Jean Renaudie, Givors
3 Renée Gailhoustet, Ivry
4 Claude Parent, centre commercial de Sens ou Sainte-Bernadette-du-Banlay, cette imprécision fâchait Denis.
5 Zaha Hadid Gare des tramways de Hoenheim à Strasbourg.
6 Corviale que le couple avait pu voir seulement de nuit.
7 Guillaume Gillet, Notre-Dame de Royan dont Jean-Jean aimait à rappeler qu'il avait arpenté son toit.
8 Le Mémorial des Martyrs de la Déportation de Pingusson.
9 le Mur de l'Atlantique.
10 n'importe quoi de Rudy Ricciotti.
Ils aimaient rire ensemble du fait que le numéro 8 et le numéro 9 étaient un rien antagonistes.










Denis avait trouvé dans la bibliothèque de l'agence un petit livret sur ce Mémorial dessiné par Pingusson. Il avait remarqué le prénom Jean-Pierre presque effacé écrit à côté du nom du camp de Mathausen sans comprendre de qui il s'agissait. Denis avait trouvé très belles la mise en page et les photographies mais ne comprenait pas pourquoi le nom de Pingusson n'était pas inscrit comme architecte. Il avait imaginé alors une pudeur respectueuse de ce dernier, une modestie sensible. C'était ce mémorial qui avait inspiré Denis pour son projet d'étudiant.
Mais justement,  il fallait partir. Il fallait laisser Jean-Jean qui, lui, n'avait rien à faire aujourd'hui à l'école d'architecture, les étudiants de la première année ayant fini leurs examens depuis une semaine. Ils avaient fêter le passage de Jean-Jean en seconde année. Mais Denis avait promis de réveiller Jean-Jean avant de sortir, il devait se rendre chez son père pour discuter encore du fonds d'archives Lestrade et organiser son voyage vers la Hollande. David serait là, Mitica aussi. Depuis trois jours maintenant, Mitica marchait avec une seule canne.
Denis pinça le lobe gauche de Jean-Jean qui, tout en se réveillant, lui gueula dessus :
- Putain mais c'est quoi ? Mais tu pues le déo ! Purée Denis ! Là c'est pas possible ! La vache !
En tirant d'un coup les draps pour être certain que Jean-Jean se lèverait, Denis lui rétorqua :
- Ben quoi ? C'est Musc Artique ! Ça te plaît pas ?
- Musc quoi ? Non mais putain ! Denis ! Va te doucher ! Les profs vont prendre ça pour une agression en règle si tu passes ton oral comme ça...
- Bah, j'ai plus le temps...
- Si allez ! Dépiaute-toi ! On y va ensemble !

par ordre d'apparition :
- carte postale la crypte du Monument aux Déportés Français dans l'Île de la Cité à Paris, édition du premier jour First Day Cover, photographie (superbe) de Bouwens.
- carte postale Paris, Ile de la Cité, Crypte des Déportés, Pingusson architecte, éditions du premier jour par les Maximaphiles Français.

mardi 23 août 2016

S'asseoir par terre, l'architecte



Jean-Michel Lestrade était venu voir comme à son habitude la livraison du chantier. Il avait rendez-vous à la station-service de Lacq à 15 heures précises et il avait roulé une partie de la nuit. De Brauer, l'architecte de cette audacieuse station-service, avait fait le tour de sa réalisation et de son auvent dont les courbes et contre-courbes avaient été calculées par Lestrade. Certes l'édifice tenait bien plus de l'édicule que de l'architecture mais c'était bien le genre de constructions et de dessins que Jean-Michel aimait beaucoup faire.



 Il fallait à la fois tenir les lignes dessinées et rêvées par l'architecte tout en tentant dans ce réel, fait de matériaux et surtout de tensions, de faire tenir debout le voile de béton. Comme l'agence de Lestrade n'avait pas eu le chantier de L'UNESCO et sa spectaculaire entrée, Jean-Michel était content de démontrer ici ses capacités et il était allé à l'extrême de l'épaisseur possible et du porte-à-faux, il avait même débordé les avis de l'architecte qui avait bien demandé à l'ingénieur s'il était certain de son coup :
 - Vous comprenez Lestrade,  faudrait pas que le client se prenne le voile de béton sur la gueule en venant faire son plein.
 - Vous savez, de Brauer, ce qu'on dit : la disposition de la matière a plus d'importance que sa masse, aima à répondre Lestrade.
Et non, personne ne se prendrait le béton sur la gueule. Il avait d'ailleurs dû aussi, plusieurs fois par téléphone, reprendre les plans sous la voix du maître-d'œuvre qui appelait trois fois par jour pour être bien certain des chiffres et des dimensions qu'il avait sous les yeux.
Jean-Michel regardait surtout le magnifique travail des coffreurs, de ces mouleurs de béton dont il pensait que l'on oubliait bien trop souvent les qualités et le sens des formes et des forces. Il préférait toujours boire un verre avec eux à la fin des chantiers qu'avec les clients.
Jean-Michel avait bien vu que de Brauer faisait des photos de son œuvre, il avait bien vu comment ce dernier tournait autour. Mais il fut très surpris la semaine suivante de recevoir à l'agence dans une enveloppe de papier kraft une photographie de lui, ainsi assis sur le bord du trottoir. L'image fit le tour de la maisonnée et de l'agence et Jocelyne et Yasmina se permirent même de rire un rien de l'air désespéré de l'ingénieur assis au pied de l'une de ses constructions. La photo ne traîna pas, le soir même elle fut rangée dans le dossier correspondant avec le reste des documents et plusieurs fois, Jean-Michel osa affirmer avec aplomb à Jocelyne que non, il ne savait pas où cette photographie était rangée, que oui, cela faisait bien longtemps qu'il ne l'avait pas vue.



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J'avais accompagné Alvar rue Regnault. Nous étions en pleine préparation de l'exposition sur Jean-Michel Lestrade et nous devions prendre des clichés et aussi trouver des contacts. De toute façon, nous devions demander l'autorisation pour publier des clichés des bureaux de la SERETE dans le futur catalogue. Je racontais à Alvar sur le trottoir comment j'avais déjà vu la construction en 2009, comment j'aimais à cette époque me promener à Paris et voir, mon guide à la main, les architectures sortir des images pour entrer dans le réel. Alvar soutenait que je devais être souvent déçu, que les années passant, il devait être difficile de retrouver parfaitement conservées ces constructions. Oui. Il avait raison. Je lui rétorquais alors que cette déception fut aussi une énergie noire pour défendre ce Patrimoine et que c'est bien grâce à cette énergie que nous nous étions rencontrés à Royan. Je lui affirmais aussi que le réel bien que très fort et en quelque sorte indéniable, n'avait rien à retrancher aux images et que, dans l'épaisseur des ombres, des perspectives, mon œil glissait autant que mes pas dans cette rue.









Je fus donc heureux de revoir les bureaux de la SERETE, de revoir comment les verres reflétaient la caserne des pompiers Massena de Willerval. J'avais pris mes deux guides, celui de Dominique Amouroux et celui d'Hervé Martin, ayant installé celui d'Éric Lapierre sur mon iPhone tout neuf. J'observais Alvar, comment il prenait du recul, comment il faisait le tour, comment, sans aucune difficulté il entra dans les bureaux, demanda conseil, obtint rapidement un rendez-vous. Nous n'étions pas certain que Jean-Michel Lestrade ait bien participé à l'élaboration de cet immeuble. Si c'était le cas, il s'agissait de la dernière décennie de l'agence sous sa direction directe. Certes Jean-Michel avait bien travaillé avec Jacques de Brauer pour la station-service de Lacq, et il fut facile de trouver dans les cartons, les documents concernés mais, il y avait vraiment peu de choses sur ces bureaux, trois tubes, deux plans pliés dans un état lamentable et c'était tout. Pourtant, dans ce carton, une photographie nous toucha tout particulièrement, celle de Jean-Michel Lestrade assis par terre devant la station de Lacq. Il fut décidé avec le graphiste du catalogue que nous pourrions en faire la couverture du livre.
 - J'espère que Jean et Denis font leur travail de leur côté, me dit Alvar en sortant des bureaux.
 - Je n'en doute pas une seconde. Hier, il m'a encore téléphoné pour des infos sur de Brauer.
 - J'aimerais bien que le grand-père ait travaillé sur ce bâtiment, il est superbe !
 - Oui ! Absolument superbe. Tu as raison. Tu te rends compte que nous n'avions que 4 ou 5 ans à sa construction ! Tiens, regarde Alvar, le guide d'Hervé Martin nous conseille une autre construction de Jacques de Brauer, au 86 de la même rue dans le quartier. On va voir ?
 - Oui, oui ! J'ai rendez-vous pour la visite de la SERETE la semaine prochaine, ils vont me sortir le peu d'archives qu'ils ont. Croisons les doigts !


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 - C'est pour quand déjà leur expo ? demanda Denis à Jean-Jean.
 - Bah, ils savent pas vraiment encore, ils auraient un créneau vers le début 2017 mais rien n'est certain, tu sais c'est un gros projet, avec catalogue et tout, donc faut des financements et puis aussi trouver des personnalités qui le soutiennent.
 - Tu crois qu'ils vont y arriver ? Moi, j'ai des doutes, en tout cas, ça nous fait faire de la route ! s'exclama Denis
 - Oui, ça pour le kilométrage on est servi. D'ailleurs on arrive quand à Lacq ? T'as une idée ?
 - Dans, allez... Je tiens le pari... Allez... Euh... 12 minutes.
 - Ok ! Pari tenu ! Tu sais, au moins, ce projet d'expo aura déjà servi à beaucoup de choses. Tu vois, j'ai pu faire un exposé dessus, j'ai pu découvrir un peu mieux ma famille et cette histoire et puis... on a une excuse valable pour se barrer tous les deux !
 - Ah ! Tu vois ça comme ça mon coco, bah dis-donc ! Faudra qu'on explique au retour ta perception de l'héritage familial et comment tu as profité du voyage !
 - Dis-donc Denis, tu crois pas que t'as loupé un truc là, juste maintenant ?
 - .... euh... Non... quoi...
 - Au lieu de me menacer et de te foutre de ma gueule, tu ferais mieux de regarder la route et de ne pas oublier de t'arrêter, on vient de passer la station-service !
 - Oh ? vrai ? Purée, merde, faut faire demi-tour !
La Twingo freina, se rangea sur le bas-côté, laissa passer les autos suiveuses et Denis entreprit sa manœuvre.
Ils se garèrent juste sous l'auvent de béton.  Denis alla pisser à l'arrière d'une bagnole.
La mission photographique de Jean-Jean pouvait commencer. Il n'oublia pas de faire deux photos avec son téléphone pour me les envoyer. Il voulait des consignes plus précises sur la prise de vue, le cadrage. Fallait-il par exemple laisser la Twingo dessous pour montrer l'échelle ? Je lui répondis par SMS :
 - Installe Denis dessous, bras levé comme un Modulor ! Il sera parfait.
Je reçus en retour de la part de Jean-Jean un smiley et une photo de Denis assis sur le trottoir, prenant la pose exacte de Jean-Michel Lestrade.

Par ordre d'apparition :
- photographie, Fonds Familial Lestrade.
- photographies, Fonds architectures de cartes postales, 2009.
- Guide de l'architecture moderne à Paris, Hervé Martin, éditions alternatives, 1986
- Lacq, Poste d'essence moderne, carte postale éditions REX, sans photographe ou architecte nommés, expédiée en 1962.
Je profite de cet article pour remercier la Famille Lestrade pour le prêt généreux des documents et ma liberté à raconter son histoire. Un grand merci tout particulier à Denis qui se reconnaîtra...
Promis, Alvar, je te ramène ton guide cette semaine !
Merci de ne pas copier ces documents sans mon autorisation ou celui de la Famille Lestrade.



samedi 20 août 2016

Tournesol au pluriel et prototypes au singulier

Continuons notre inventaire des piscines Tournesol représentées en cartes postales.
http://archipostalecarte.blogspot.fr/search/label/piscines%20Tournesol 
http://archipostcard.blogspot.fr/search/label/piscine%20tournesol
Nous remarquerons d'emblée une forme d'inégalité de cette représentation, tant il est difficile d'en trouver certaines et aisé de retrouver sous plusieurs angles les autres.
Commençons :



Celle-ci l'avez-vous reconnue ? Difficile depuis ce point de vue de terminer le lieu exact ! Il faut dire que la permanence de l'architecture et le cadre très clos de la prise de vue ne permettent pas de lire une particularité permettant cette identification. Pourtant, nous l'avons déjà vue, nous sommes à Chatelaillon. L'éditeur Combier ne date pas son cliché, ne nomme pas son photographe qui est bien vu par les enfants qui le regardent en train de faire son travail. Ces adolescents ont-ils eu la chance de se retrouver ainsi, quelques semaines plus tard, sur les tourniquets des marchands de journaux ? Sans doute !





Ici, le photographe reste à distance, cale l'architecture dans son entier, ici divisée en deux par l'ouverture et permet de bien saisir la mécanique de l'ensemble. La piscine est pleine, c'est un succès !
Entrons sous la coupole de plastique :



Pas totalement ouverte, cette piscine Tournesol est moins fréquentée au moment de la prise de vue. On devine un cours de natation. Le photographe nous permet cette fois encore d'admirer la belle résille de la charpente de métal et le moteur central qui permet son ouverture. Cette fois, cette piscine, vous ne l'avez pas vue sur ce blog, il s'agit de la piscine Tournesol de Landivisiau. La carte des éditions d'Art Jos fut expédiée en 1989, bien longtemps sans doute après le montage de la piscine et sans doute aussi de la prise de vue.
On pourrait ainsi, finalement se lasser de cette régularité de prises de vue et même de l'architecture. L'édition en plusieurs exemplaires userait-elle l'objet ? Mais non Monsieur Benjamin ! Elle le décuple ! Comment occulter le plaisir que nous avons à nous reconnaître dans un objet et, dans la rigueur de sa reproduction, ne pas s'amuser de ses infimes changements ?
Regardons tout de même un autre type qui, lui, n'a pas eu la chance comme la piscine Tournesol d'être édité avec autant de succès.



Nous sommes à Bayeux et la vue aérienne de cette carte postale Artaud nous permet de viser une piscine très étrange. Il s'agit de l'une des concurrentes directes de la Tournesol, d'un prototype construit qui reprend d'ailleurs parfaitement le cahier des charges du concours. Car, comme l'autre, elle propose un toit ouvrable, une partie en dur. Ce camembert nautique donne assez facilement la compréhension de son fonctionnement.



Mais on devine aussi un dessin plus lourd, plus classique, bien moins étrange que la Tournesol. La clôture du cercle formant une rotonde ne manque pas de nous évoquer des bâtiments du Génie Civil bien plus que des soucoupes volantes ! Les architectes de cette piscine de Bayeux sont les Vergnaud qui auraient reçu, si on en croit le livre les années Zup, le sixième prix du concours pour cette piscine.
Mais la piscine Tournesol avait bien des atouts débordant de loin la question des joies de la nage. Facile à monter, légère, peu chère si on enlève ses bassins, elle proposait une surface libre et une hauteur suffisante pour rêver à d'autres activités conjuguant plein air et abri !
Voici ce que je trouve dans la revue Architecture Intérieure CREE une double page sur un avenir possible de la piscine Tournesol qui n'a pas vu le jour, un projet de cercle de loisirs. L'écriture est bien identique même si la coupole est complétée de trois volumes dont le profil n'est pas sans rappeler d'autres architectures comme l'Algeco ou des wagons. On remarque aussi que le dessin des percées sur la coupole a perdu sa référence à des écrans de télévision pour une fente longitudinale. Le dessin est très beau (de Bernard Schœller ?) et reste dans la représentation d'une architecture comme atterrie, posée là, presque prête à repartir. Une base spatial posée en rase campagne ! Magnifique !

Merci aux lecteurs et visiteurs d'avoir l'extrême obligeance de me demander l'autorisation de partager  ces cartes postales et documents, autorisation que je donne facilement. Je n'ai pas vocation à remplir des pages Facebook et d'autres sites à bon compte (de captures d'images). Vive le partage et... sa politesse et vive la nomination des sources, des documents, des auteurs, des photographes et des droits inhérents aux collectionneurs. Ok ? Bien à vous...

 - les années ZUP, architecture de la croissance, édition Picard, Patrick Facon, 2002.
 - Architecture Intérieure, CREE, revue, 1978. 

 

 
 
 
 

 
 
 

vendredi 19 août 2016

Holley et aller aux Olympiades

Continuons à suivre aujourd'hui l'émission de Camille Juza sur France Culture, le génie des lieux.
Avant-hier de l'Art sacré, aujourd'hui du logement, de la dalle, du raide.





C'est beau non ?
J'aime comment le regard file entre les pagodes pour pointer au fond le Tolbiac de Messieurs Andrault et Parat. Peu de lieux à Paris rassemblent ainsi ce sentiment minéral et cette dureté parfaite qui ne semblent vouloir jouer qu'avec le ciel et la géométrie.
Le ciel est bleu cela va de soi et les immeubles gris brun. Et alors ?
Les toits retroussés des pagodes sont la seule expression d'un mouvement. La dalle est vide, presque sans végétal : une merveille. Pourquoi a-t-on peur de cela aujourd'hui ? N'aime-t-on plus les rochers et les déserts ?
La carte postale des éditions P.I. ne nomme pas son photographe, dommage... Nous aurions aimé le remercier. Mais elle nomme un architecte Jean Chaillet... Tiens... Étrange... Ne devrait-elle pas nommer Michel Holley, l'architecte des Olympiades ? En fait est nommé l'architecte d'opération et non l'architecte en chef qui est bien Michel Holley. Il faut toujours vérifier.
On s'amusera de la précision de la correspondante qui date sa carte du 25 avril 1983 à 13h très précises.
On pourra retourner là ou là pour voir d'autres cartes postales sur ce lieu :
http://archipostcard.blogspot.fr/2010/02/mineralite.html
http://archipostalecarte.blogspot.fr/2013/02/jai-la-dalleondulee.html
On devra bien évidemment écouter l'émission de Camille Juza avec toujours des images de Julien Donada ici :
http://www.franceculture.fr/emissions/le-genie-des-lieux/les-olympiades-ou-le-collage-urbain
On devra surtout retourner aux Olympiades et en aimer la radicalité Vintage qui fait aujourd'hui nos délices rétro-futurs.
On peut aussi revoir l'un des chefs-d'œuvre auxquels Michel Holley a participé ici et qui est l'un des grands scandales patrimoniaux :
http://archipostalecarte.blogspot.fr/2015/01/faire-semblant.html






En 2009, j'avais fait un petit tour par-là, alors voilà des images :

 
 

jeudi 18 août 2016

Le Corbusier radiophonique

Il est bien émouvant, toujours, d'entendre l'architecture.
On se souvient comment François Chaslin savait nous faire visiter une architecture et sa pensée simplement par sa voix et celles de ses invités dans sa regrettée émission Métropolitains.
Difficile de reprendre un tel flambeau.
Pourtant, cet été, Camille Juza, sur France Culture, réalise avec talent une suite d'émissions judicieusement appelée le génie des lieux.
Nous tenterons de suivre par les cartes postales ces émissions (parfois avec retard) et d'ainsi soutenir la visite en quelque sorte par l'image, des sons, des voix, des témoignages entendus lors de leur diffusion.
On commencera en désordre par la chapelle de Ronchamp de Le Corbusier, rien moins que ça.
Beaucoup de publications sur ce blog ont déjà été faites sur ce lieu, il est donc difficile de trouver un nouvel angle d'attaque dans tous les sens du termes.
Comme Julien Donada nous fait la joie d'évoquer l'histoire de Charles Bueb, nous allons chercher (et trouver) une carte postale de ce photographe redécouvert par ce blog.
Rappelez-vous cette incroyable carte postale :
http://archipostcard.blogspot.fr/2012/03/extremement-fort-et-incroyablement-pres.html

On regarde ?



La carte postale est une édition de la Société Immobilière de Notre-Dame du Haut qui crédite parfaitement Charles Bueb comme photographe. La carte est expédiée en 1962 ce qui doit bien correspondre peu ou prou à la date de sa prise de vue. Il faudrait aller vérifier dans ses classeurs somptueux. Charles Bueb nous installe avec lui sur le chemin, fait surgir simplement, j'ai envie de dire naturellement, la Chapelle de Ronchamp et les constructions annexes souvent malheureusement oubliées. On voit ici comment les deux constructions se glissent l'une sur l'autre.



Charles Bueb se décale un rien sur la gauche du chemin mais reste à hauteur d'homme. Il ne croisera qu'un couple de visiteurs descendant ce chemin. Le tirage est d'une grande douceur, peu contrasté, en fait, il est comme le point de vue, un rien tendre, sans effet, sans décision autre que d'être là, au milieu, comme un pélerin.



Entrons :




Nous ne remercierons pas Charles Bueb pour ce beau cliché édité en carte postale par le même éditeur que précédemment mais qui cette fois, oublie de nommer son photographe. Difficile donc de savoir qui a réalisé cette vue. On notera tout de même une originalité du cadre puisque le photographe choisit de montrer l'espace depuis la gauche de l'entrée, juste après le passage de la lourde porte. La sensation soudaine d'une lumière bien descendue par rapport à l'extérieur est bien le sentiment que j'ai ressenti en entrant dans ce lieu : une grotte.
Cette cavité dont le lourd plafond comme une pierre d'un dolmen pourrait nous tomber sur la tête est toutefois percée d'une ligne fine mais éclatante venant étrangement suspendre l'ensemble. Un coup de cutter entre le mur et le plafond qui, à lui seul, nous intrigue sur la réalité de la masse de la construction. La petite sculpture dans sa niche est littéralement brûlée par le temps de pose long.
Et n'oubliez pas ! L'architecture avant d'être des images, c'est un espace qui se parcourt.
Pour entendre l'émission et d'autres clichés de Julien Donada, voici le lien :
http://www.franceculture.fr/emissions/le-genie-des-lieux/la-chapelle-de-ronchamp-par-le-corbusier
Pour comprendre l'histoire de la découverte du Fonds Bueb, allez ici et achetez le livre !
http://archipostcard.blogspot.fr/2015/04/charles-bueb-edite-ronchamp-revele-le.html