lundi 3 août 2015

Flaine Fillod contre Breuer

Nous avons aimé ce type de construction que sont les baraquements Fillod il y a peu.
Nous allons voir comment ce type peut dans un paysage faire architecture :



Nous sommes à Flaine, au refuge des Gérats sur le flan de la montagne ici très rocailleuse. On y voit donc une succession incroyable de bâtiments de Fernand Fillod posés tous dans le même sens, s'opposant à la pente et offrant des couleurs différentes. Puis, un peu en retrait, une autre construction du même constructeur mais d'une volumétrie plus imposante encore est posée sur un socle qui semble de béton.
Il faut le dire de suite, je trouve cette installation superbe !
J'aime la très grande longueur des Fillod qui s'étirent sur la pente, comment ils sont concentrés en emmarchement, comment leurs couleurs s'opposent avec vigueur au paysage. Ne me demandez pas quel rôle ils devaient jouer, à qui ils étaient adressés, le nom de refuge me semble un rien usurpé pour l'usage habituel de ce mot. Mais...je ne sais pas... Est-ce un lieu d'hébergement pour les ouvriers du chantier de Flaine ?



On remarque qu'ils sont tous posés sur une estrade de béton qui parfois élève la construction au point que la porte de sortie de secours est trop haute pour l'emprunter l'été, l'hiver, la neige doit offrir une marche acceptable. Les couleurs ont sûrement aussi un rôle de reconnaissance et peut-être d'attribution en affichant ainsi les spécificités de ce qu'elles désignent ou permettent simplement de se repérer.
"untel est dans le rouge, toi, tu dors dans le gris."
On imagine peut-être à tort que l'été ils devaient devenir des fours et l'hiver...des frigos ! Comment étaient-ils aménagés pour soutenir les amplitudes thermiques de la montagne ?
Mais que cet ensemble est beau, offrant une solidité, une fermeté et une radicalité sans fard face au paysage. Comment ne pas être sensible à la lecture de leur état éphémère qui ajoute encore, face à leur nombre et à leur taille, un contraste saisissant ? Il y a là un atterrissage implacable comme une station spatiale montée rapidement sur la surface lunaire ou martienne. J'imagine aussi le balais des camions apportant les éléments métalliques, le montage rapide, le surgissement soudain d'un village de tôle sur les flans libres de la montagne. J'imagine aussi, comment chacun, dans ces espaces égaux, devait personnaliser son lieux, son "baraquement" et que certains devaient préférer être dans celui au bord de la route ou d'autres, au contraire, préférés être tout en haut, ouvrant la fenêtre sur la prairie. Et comment la neige généreuse ne devait laisser déborder de sa blancheur que la couleur en traits francs des bâtiments.
Tout cela, je crois, a disparu.
La carte postale nous permet donc de tenir dans le paysage le surgissement d'une petite communauté abritée dans un village de tôle. Marcel Breuer l'a-t-il lui aussi aimé et utilisé ?
Remercions les éditions Cellard d'y avoir vu un moment architectural nécessaire à diffuser, à préserver.




vendredi 31 juillet 2015

Toile de tente et théâtre à la Palmyre

On a déjà évoqué le très beau (et maintenant abîmé) centre de vacances " les pins de Cordouan" du Groupe Mornay à la Palmyre (à côté de Royan)  pour son architecture et surtout pour le très beau (et maintenant détruit...) jeu du Group-Ludic qui avait réalisé là le sous-marin.
Rappelez-vous ici ou ici ou encore là.
Aujourd'hui nous allons nous attacher à un autre très beau morceau d'architecture édifié dans l'enclos de ce centre de vacances "les pins de Cordouan", morceau lui aussi disparu... Oui, on est en France.
Rappelons que le centre de vacances et ce théâtre de verdure exceptionnel étaient les œuvres des architectes de Champris et Villeminot.



 Pour commencer, un peu au loin, le restaurant photographié depuis la mer par le photographe des éditions Artaud. On notera que Monsieur Villeminot, architecte est bien nommé pour cette carte postale expédiée bien tardivement en 1984 !
On ne fait d'ici que deviner le beau bâtiment et lire les plaisirs de la plage.
Mais revenons au sujet de ce jour :




Toujours chez Artaud, voici donc notre théâtre du village de vacances "les pins de Cordouan".
On voit une superbe construction symétrique faite de voiles tendues, ouverte très largement sur le devant, dont l'échelle reste un peu mystérieuse. On lit depuis ce point de vue assez mal les parties dures de cette construction, l'image donnant surtout à voir les belles courbes blanches de ce théâtre tout à fait dans l'esprit un peu libertaire des avant-gardes de l'époque.



Ici, l'architecture propose une vision décomplexé du théâtre, accessible dans son image au moins, avec un objet léger, reconnu, ouvert et donnant l'impression d'un nomadisme. Plus proche de la grande toile de bédouin que de celle du cirque et bien éloigné du théâtre en dur, ce dernier devait permettre aux vacanciers de suivre ici une programmation de spectacle sans être impressionnés a priori par le mot même de théâtre. Comme il devait être agréable, les cheveux encore mouillés du bain, les sandalettes en caoutchouc au pied parce que les aiguilles de pins ça pique, de venir là voir et écouter les artistes !
Qui en a des souvenirs, qui s'est produit dans ce théâtre ?
On reconnaît aussi dans cet objet architectural les préoccupations techniques autour des structures légères, des voiles que développèrent entre autres Emmerich ou Frei Otto.




Je vous en donne une autre carte postale toujours prise depuis le plan d'eau, on devine un peu mieux la structure interne. La carte postale est toujours une édition Artaud pour As, et cette fois messieurs de Champris et Villeminot sont nommés tous les deux comme architectes.
L'originalité de ce théâtre était telle que Dominique Amouroux dans son guide d'architecture contemporaine a même réalisé une note que voici. On notera une hésitation sur l'orthographe de l'un des deux architectes : est-ce de Champris, de Champrit ou de Champy ?....





















Je trouve dans Techniques et Architecture une page complète sur cette réalisation, je la partage avec vous. Cette page participe à un article sur la société Saint Frère S.A et sur les possibilités de la toile tendue et enduite. D'autres réalisations ont-elles vu le jour ? Quand le théâtre de verdure de la Palmyre a-t-il disparu et pourquoi (incendie de forêt) ?










mercredi 29 juillet 2015

Elle aime le plastique, Elle en parle

Alors que le chantier de restauration de la bulle six coques se poursuit à Piacé-le-Radieux, il arrive ici des documents intéressants pour montrer la diffusion de cette architecture et de ses consœurs.
D'abord, puisque c'est tout de même l'objet de ce blog, regardons une nouvelle carte postale du centre de vacances de Gripp. Ils semble finalement que la richesse éditoriale de ce centre soit assez grande puisque nous avons déjà vu quatre cartes postales différentes, celle-ci étant bien la cinquième !




















Un peu en surplomb, alors que la neige fait une timide disparition (oui...) le soleil frappe fort sur les bulles vertes et blanches. J'en compte huit sur ce cliché que nous devons au photographe J. Delaroche. Ce dernier réussit à nous montrer le centre de vacances, le village de Gripp et le paysage. Vu son surplomb on pourrait presque imaginer qu'il prend son cliché depuis le palier d'entrée de l'une des bulles du centre de vacances.
Les bulles six coques blanches semblent en bien meilleur état que les vertes car on devine une teinte un peu déjà passée sur ces dernières comme si le soleil en avait cuit un rien la couleur. On ne voit personne et toutes les baies sont tournées vers la vallée offrant aux vacanciers de belles vues sur la montagne. On pourrait dire que c'est un point de vue plus tourné vers le paysage, servant à situer le village de bulles bien plus qu'à nous les montrer, comme si le photographe voulait offrir l'opportunité aux vacanciers de donner à voir à leurs correspondants une idée du lieu bien plus que de l'architecture. Pourquoi aussi ce choix de la neige ? Une occasion ? Un hasard ? Difficile de le définir.



Je vous donne également le verso car il est attendrissant et il est signé par David avec en plus un petit dessin. J'avoue m'y reconnaître pleinement...
En tout cas, c'est un joli document que cette carte postale nous montrant la réalité de cette expérience de Gripp.
Mais voilà l'autre surprise du jour.



Je reçois ce matin un exemplaire du magazine Elle daté de 1973 dont la couverture colorée dit déjà son époque. On s'amuse de l'accroche sur la couverture comportant un drôle de jeu de mots un rien osé pour évoquer l'article qui nous intéresse : " Bien moulées : les maisons en plastique (sic !)"
On trouve donc un article assez complet sur les maisons en plastique et sur leur avenir et leur conception. L'article porte aussi un drôle de titre : "pour ou contre les maisons faites au moule ?"
Là aussi le jeu de mot est assez particulier jouant sans doute avec l'idée du moule... à pâtisserie...
Le reportage est de Nicole Le Caisne et la décoration est de Jacqueline Chaumont. On y trouve une très belle page sur l'hexacube Georges Candilis, une vraie visite intérieure. On remarque que Anja Blomsted n'est pas oubliée comme co-créatrice de l'hexacube et que la décoratrice de Elle fait un beau travail avec essentiellement des objets de design venant de Prisunic.
On note aussi que l'hexacube n'est pas nommé comme tel mais prend le nom de module. C'est d'ailleurs le seul modèle présenté de la sorte dans le magazine car ensuite c'est par une double page faite de dessins de Éric Boman que nous pouvons voir nos chères micro et mobiles architectures !
Aujourd'hui, l'inventeur de l'hexacube, celui qui la redécouvert c'est Clément Cividino.
Regardez cet article :







On reconnait là les hexacubes mais aussi les paravents vus ici et qui sont bien l'œuvre de Georges Candilis et Anja Blomsted.

































Comment ne pas jubiler de voir notre bulle six coques ainsi voisine du Tetrodon, de l'Algeco 2002, d'une maisonnette de Pascal Haüsermann ou d'une autre de Paul Maymont....
Je vous les donne à voir chacune avec leur description qui semble parfois imprécise. On s'interrogera sur le choix éditorial de ne pas montrer les maisons en photographie mais en dessin bien moins précis et clair pour exprimer les échelles et les détails. On remarque par exemple comment le dessinateur ferme les baies de toutes ses maisons pourtant transparentes par un aplat noir certes très graphique et beau mais peu éclairant si j'ose dire. C'est certainement qu'il était difficile de faire un reportage photographique de cet ensemble de maisons en plastiques, celles-ci étant dispersées sur le territoire. On suppose que le dessinateur a travaillé d'après des documents, égalisant ainsi leurs disparités. Reste une très belle et joyeuse double page qui nous réjouit pleinement et qui dit aussi les doutes et les envies de ce type de construction, la question, par exemple, du vieillissement et de la sécurité étant abordée dans le texte avant même celui de la mobilité ou du sens architectural de ces modèles. On notera que l'article ose même affirmer "qu'aucun outil de levage n'est nécessaire..." Il faut croire que la journaliste n'a pas eu à porter par exemple les coques de la bulle !
Je cherche en vain dans ce numéro une publicité pour l'une ou l'autre de ces réalisations. À croire que l'article dans une revue comme Elle suffisait à faire la publicité nécessaire. Cela m'étonne tout de même qu'aucune des sociétés n'ait profité de cet article pour enfoncer le clou avec une belle page publicitaire...
Il faut dire que la diffusion n'était pas vraiment encore assurée pour certaines d'entre elles à part la bulle six coques, le Tetrodon et l'Ageco 2002 . Nous sommes déjà en 1973 et bientôt l'histoire mettra fin à l'épopée des maisons en plastique...




















mardi 28 juillet 2015

La promesse de Bruxelles

Comme promis, la famille Lestrade partit à Bruxelles voir la belle exposition internationale.
Comme promis, Momo et Gilles n'ayant pas encore tous les deux 10 ans, vomirent à l'arrière de la Ds toute neuve pendant le trajet.
Comme promis, on perdit Momo pendant une demi-heure sur la route, il avait vu dans un champ des chevaux et ne sut pas retrouver son chemin lors d'un arrêt pipi.
Comme promis, les deux garçonnets voulaient surtout monter dans l'Atomium pour jouer dans les boules et ils voulaient aussi faire des tours de téléphérique.
On fit des tours de téléphérique.
Comme promis, Jean-Michel essaya de montrer à son fils et à son futur frère adoptif comment le Pavillon français était construit, comment il avait travaillé avec Gillet, comment il avait résolu certaines difficultés techniques.
Comme promis les garçons préféraient refaire un tour de téléphérique.
Comme promis, on refit un tour de téléphérique.
Comme promis, Jocelyne voulait bien manger des spécialités belges et décida Jean-Michel récalcitrant à les manger dans le restaurant situé dans l'un des atomes de l'Atomium. Elle acheta une carte postale comme souvenir de ce moment.



















Comme promis, Jean-Michel commanda un bon Bourgogne et les enfants s'empiffrèrent de frites qu'ils vomirent à l'arrière de la Ds au retour, de nuit.
Comme promis Gilles déchira son short tout neuf en descendant trop vite du téléphérique.
Comme promis, on voulait tous voir le Spoutnik, on vit tous le Spoutnik qui effraya un peu Yasmina.
Comme promis Yasmina et Jocelyne s'extasièrent devant le superbe imprimé d'une robe exposée dans le Pavillon français et se promirent toutes deux de se trouver le même pour se faire une jupe au retour à la maison.
Comme promis Momo reçut deux mois après la visite de l'Exposition une même boule en verre servant de presse-papiers identique à celles de Colette montrées à Bruxelles.
Comme promis Gilles admira le planeur Bréguet et voulut à cet instant devenir pilote de ligne.
Comme promis devant l'enseigne à la Saucisse Joyeuse du quartier flamand reconstitué les deux garçons explosèrent de rire et Jean-Michel aussi ce qui fit dire à Jocelyne : "Oh non, vraiment, vous êtes insortables tous les trois !"
Comme promis mais sans rien en laisser transparaître, Jean-Michel laissa ses yeux longuement se poser sur les courbes superbes de la sculpture de Maillol.
Comme promis c'est pourtant dans le Pavillon Philips que Jean-Michel resta le plus longtemps écoutant, arpentant, regardant l'œuvre de Le Corbusier et Xénakis avec une profonde admiration pour les ingénieurs ayant pu fabriquer cette forme et le poème électronique.
Comme promis, comme souvenir, quelques semaines plus tard, Yasmina acheta le numéro spécial de Paris-Match. Quelle ne fut pas sa surprise, là, page 69 de reconnaître Gilles, Jocelyne de dos et au loin Momo descendant tous trois l'escalier de l'Atomium.



Comme promis, elle courut vers la maison pour montrer cela à toute la famille.
"Pas de doute, déclara Jean-Michel, On te reconnaît bien Gilles et toi aussi Jocelyne. Merci Yasmina pour cette surprise ! "
Comme promis, on fit encadrer la page du Paris-Match, elle est toujours dans l'agence, un peu jaunie par les centaines de regards posés par Jean-Michel chaque fois qu'il entrait dans son bureau.
Comme promis, bien des années après, Alvar chercha en vain un exemplaire identique de ce numéro de Paris-Match. Gilles lui en offrit enfin un exemplaire qu'il trouva en 1998, en parfait état, dans un Emmaüs.
Bruxelles avait tenu ses promesses : joie, avenir, atome.

Par ordre d'apparition :
Atomium, le restaurant, carte postale des éditions Beatic, Bruxelles.
Numéro spécial de Paris-Match, daté de mai-octobre 1958, photographies de Jacques de Potier et Henri Cartier-Bresson (oui !) . Merci Christophe.