samedi 23 septembre 2017

piscine couleurs primaires

Et il faudra bien faire un combat.
Celui entre deux modèles de piscines ayant connus la gloire des Trente Glorieuses et qui ont su faire toutes deux image de cette période. La piscine Caneton et la piscine Tournesol se sont opposées pour donner au plus profond du territoire français l'occasion à la jeunesse de nager, de draguer, de prendre le soleil échauffant les corps dans une délicieuse odeur de chlore.
Disons-le tout net : Tournesol a gagné.
Devenue une icône comme Bardot, la 2cv ou le Bic, la piscine Tournesol est connue de tous. La Caneton l'est bien moins. Commençons par elle :




Nous sommes à Salbris devant le grand bassin et à l'arrière-plan la piscine Caneton est toute ouverte, offrant son bassin au ciel. Car, comme la Tournesol, la Canton offrait cette opportunité de pouvoir moduler ses ouvertures et de se transformer l'été venu. De grandes portes de résines s'ouvrent par le milieu et donnent donc l'occasion de vivre une architecture disparaissant en quelque sorte pour ne laisser visible que les poutres et son toit très légèrement courbé. Je me suis toujours demandé qui avait l'autorité de l'ouverture et de la fermeture de ces piscines ? La carte postale est une édition Combier qui nous donne le nom de l'architecte : Monsieur Joubert à Blois...
Ce qui est bien étonnant car la piscine Caneton de Salbris est le prototype dont on sait qu'il est dû aux architectes Alain Charvier, Jean-Paul Aigrot et Franc Charras en 1972. Mais sur cette carte postale un petit détail m'amuse. Bien alignés sur le bord du bassin quatre adolescents nous offrent les couleurs franches de leur maillot de bain : bleu, jaune, vert, rouge. Comme si, pour une quadrichromie nécessaire, le photographe les avait sélectionnés.


Dans l'indispensable Architectures des Sports de Marc Gaillard on trouve bien un article sur ce type de piscine Caneton avec de superbes images qui nous montrent un exemplaire tout juste achevé. S'agit-il de celle de Salbris ? Impossible de le dire...On y voit des messieurs en costume qui visitent la piscine. Je m'amuse à croire que parmi eux figurent peut-être les architectes.













































Mais comme je vous sais grands amateurs de la Piscine Tournesol et que nous poursuivons son inventaire par les cartes postales, je vous offre cette nouvelle venue :

Nous sommes à Cours toujours grâce à l'éditeur Combier. Le photographe anonyme choisit de nous montrer la piscine fermée et sa superbe structure métallique. Peu de monde finalement dans ce bassin. On aimera aussi pouvoir voir les beaux aménagements intérieurs qui furent aussi dessinés par Bernard Schœller l'architecte. Continuons donc, ainsi, à chercher pour chacune d'elles une représentation avant que toutes, les unes après les autres, entre destructions et relookage, il ne reste plus rien de leur histoire.


vendredi 15 septembre 2017

Saint-Ouen, Journées Européennes de Destruction du Patrimoine

La Ville de Saint-Ouen-sur Seine va faire œuvre d'une grande originalité pour ce week-end des Journées Européennes du Patrimoine en offrant à tous l'occasion de voir le massacre d'un élément important de son histoire et de son Patrimoine Architectural du Vingtième Siècle : la Tour Cara de Paul Chemetov et Jean Prouvé.
On sait ici, et partout dans le Monde, (sauf à la Mairie de Sant-Ouen et chez Madame Pécresse) le rôle historique de Jean Prouvé, architecte-ingénieur dont l'œuvre entière est amoureusement sauvegardée, sauvée et même fétichisée. Eh bien, voyez-vous, il aura suffi d'une inculture générale des responsables politiques de cette ville associée à un pouvoir politique pour que, une fois encore en Ile-de-France, un Patrimoine de cette importance échappe à la sauvegarde pour faire plaisir à l'esthétique et au bon goût des Princes et des Princesses locaux mais surtout à leur amis agents immobiliers qui, avec mépris et arrogance, viendront pondre leur merde spéculative sur l'histoire de l'Architecture. La complicité est partout, la lâcheté est son instrument. Faut dire, y a du pognon à gagner et de la gentrification à faire, faisons main basse sur les signes du populaire. Et Foyer des Jeunes Travailleurs ça fait peur à la Dame. Surtout le soir, la nuit, tous ces jeunes travailleurs...

















Monsieur Chemetov est donc maudit. Il faut croire que le message architectural qu'il a défendu est aujourd'hui perdu à jamais, foulé aux pieds par des institutions et des villes dont pourtant l'histoire sociale et politique, celle d'un humanisme, est fondatrice. Si la Ville de Saint-Ouen perd cet ensemble constitué d'une tour Cara de Paul Chemetov et d'une construction de Jean Prouvé, elle niera son histoire et son patrimoine d'une manière inédite que seules les communes de Fontainebleau, de Vigneux-sur-Seine, de Grand-Quevilly ont su partager.
Car c'est la honte qui doit tomber sur cette ville et ceux qui prennent ces décisions hors de toutes réalités historiques. Il faut tout de même, une fois encore, se demander comment il se fait qu'une telle construction  ayant deux des plus grandes signatures de l'architectures associées ait pu échapper aux responsables patrimoniaux de l'Ile-de-France ? Pourquoi aucune mesure de protection, aucun signalement n'ont été opérés sur cet ensemble ? Il y a quelqu'un ? Ouhou... y a quelqu'un ?
On notera que sur la page web de la Mairie de Saint-Ouen-sur-Seine, aucun nom d'architecte n'est donné. Tu m'étonnes... Jean Prouvé et Paul Chemetov sont de grands inconnus... On réduit le travail de Jean Prouvé à des "bâtiments préfabriqués jouxtant la tour." Avec une telle réduction du travail architectural, on comprend le niveau de la culture architecturale du personnel de la Mairie de Saint-Ouen ! On voit comment on joue avec le mot préfabriqué pour réduire l'importance du bâtiment.
Je vous laisse avec la parole de Paul Chemetov. Tout est dit et bien dit :

http://www.telerama.fr/scenes/paul-chemetov-pas-touche-a-ma-tour,n5196366.php?utm_campaign=Echobox&utm_medium=Social&utm_source=Facebook#link_time=1505145422

En espérant que Monsieur William Delannoy Maire de Saint-Ouen, que Madame Brigitte Bachelier adjointe chargée à la Culture de cette ville seront fiers d'être les agents d'une honte patrimoniale à l'heure même de ces journées Européennes dudit Patrimoine....
Que Vivent ces Journées Européennes du Patrimoine avec leur cortège d'ignorants, de spéculateurs et de complices. En France, aujourd'hui, à Sant-Ouen-sur-Seine, on méprise l'héritage de Jean Prouvé et celui de l'A.U.A, c'est à dire l'héritage d'une politique architecturale humaniste inscrite dans les formes mêmes de l'Architecture. Bonne journée La France.

Pour en savoir plus :
https://www.seine-saint-denis.fr/IMG/pdf/cahier_du_patrimoine.pdf
http://www.caue13.fr/sites/default/files/fichaffiche_15_la_setec_rv.pdf





mardi 12 septembre 2017

Avoir une belle poutre bien droite

Hier, Jean-Jean Lestrade m'a confié cette carte postale venant de l'épluchage du Fonds de l'Agence Lestrade :


Je n'ai pas besoin de vous dire de quoi elle parle !
Les cartes postales d'éléments d'architectures sont assez rares car, bien entendu, les éditeurs aiment mieux proposer des cartes postales des architectures achevées. Pourtant, nous avons déjà vu ici quelques exemples.
Il va de soi que cette carte est une carte promotionnelle visant à promouvoir l'exploit technique de la société Poutrelles Grey qui démontre ainsi ses capacités techniques. Pour ce qui est du Pavillon de l'U.R.S.S à l'Exposition Universelle de Paris en 1937, nous avons déjà aussi évoqué sa présence. Malheureusement le dos de cette carte postale est vide, nous n'aurons donc pas d'information supplémentaire sur cette poutrelle ayant servi à la construction. On remarque d'ailleurs que sur la carte postale poutrelles est écrit au pluriel ce qui laisse penser que le bâtiment en possédait plusieurs. Mais cet élément d'architecture, à lui seul, montre aussi le virage effectué par l'U.R.S.S entre la légèreté du Pavillon de 1925 de Melnikov (nous reviendrons bientôt dessus avec un document exceptionnel), pavillon préfabriqué en bois et ce monstre d'acier, se voulant puissant et surtout faisant ici la démonstration de sa force technique et même de son poids ! Je n'ai pas trouvé de plan technique du Pavillon de l'U.R.S.S de 1937 pour saisir où ces poutrelles pouvaient bien être situées dans le Pavillon. J'aurais aimé aussi vous en dire plus sur le point de vue de cette photographie mais je ne connais pas assez Paris (est-ce bien Paris d'ailleurs ?) pour situer ce moment de pose dans une ville sous la pluie au ciel un peu bas. Purée ! Quelle image tout de même !
Cette carte postale est donc exceptionnelle à tous points de vue, elle permet aussi de voir que l'époque est encore à une fierté technique du bâtiment, à ses exploits, à ses images. On voit une fois encore que la carte postale a enregistré des moments essentiels, a su faire d'un événement une image et même en produire en quelque sorte l'émergence.







































Faire stopper le camion et sa remorque dans la ville vide, demander aux deux chauffeurs (?) de poser, puis repartir vers le chantier en attendant l'édition et l'expédition des cartes postales. Quelle conscience de l'image et de son rôle avaient donc les deux chauffeurs ? Ont-ils acheté, expédié cette carte postale à leur famille et qui pourra nous dire quelle politique de diffusion fut entreprise par l'entreprise Grey pour cette carte postale ?
Enfin, un homme et un petit enfant surgissent devant la cabine du camion, heureux de poser là.
Hasard de la situation ?
L'autre mystère de cette photographie est son photographe. Est-il d'occasion ? Un photographe de l'entreprise ?
Jean-Jean Lestrade (merci !) m'indique que la carte postale était dans une boîte d'archives marquée Russie-Europe-Est. Rappelons-nous que Jean-Michel Lestrade étant né en 1923, il avait donc quatorze ans lors de cet événement. A-t-il fait l'acquisition de cette image à ce moment ou plus tard ? Difficile de répondre. En tout état de cause, la possession de cette carte postale dans le Fonds Lestrade prouve l'attachement de Jean-Michel Lestrade aux données techniques des constructions et à l'image qu'elles procurent. On pourrait facilement imaginer que c'est ce genre de moments qui décida Lestrade à devenir ingénieur-structure. À quatorze ans, ils sont nombreux les garçons qui aiment bien les poutres dans la ville.
Ne voulant pas juste rester avec ce témoignage venant de l'Agence Lestrade, j'ai entrepris de recherches et je suis tombé à mon tour sur cette carte postale :


Incroyable non ?
Il est évident qu'il s'agit du même moment photographique, je serais même tenté de dire que cette photo fut prise juste après l'autre au regard du déplacement des personnages. Ici, le cadrage rend bien plus hommage à l'échelle de la poutrelle et les deux chauffeurs donnent bien la proportion du beau morceau d'acier !  Sol humide, ciel blanc encore et toujours ce vide sidérant de monde autour de cet incroyable objet ! Une fois encore la carte postale n'a pas de correspondance éclairante mais je trouve finalement que ce mode d'édition fait bien plus penser à une impression du début du siècle que des Années Trente. Deux cartes postales pour le même événement, voilà qui montre bien un attachement promotionnel et l'envie de marquer ce moment historique. Par contre, cette deuxième carte postale ne nous renseigne pas sur le photographe ou la possibilité d'une série plus vaste. Jamais deux sans trois ! Espérons...
Je peux vous dire que cette poutrelle Grey pourrait bien venir des Usines de Differdange et que D.A.V.U.M signifie " Dépôts et Agences de Vente d'Usines Métallurgiques" dont le siège social était 96 rue Amelot à Paris...
Je remercie une fois encore Jean-Jean Lestrade pour cette découverte et l'autorisation de diffusion.







































dimanche 3 septembre 2017

Brutalisme et Scoutisme

 

Il ne m'aura fallu que quelques secondes ce matin sur le vide-grenier pour décider que cette carte postale devrait évidemment avoir l'opportunité de rejoindre ma collection et aussi être digne d'un article ici.
Voyez-vous, à l'heure ou le Brutalisme prend toutes les teintes possibles par l'inévitable polissage du commun et du Vintage, j'ai vu dans ce bâtiment l'expression même d'un véritable Brutalisme.
Car cette Cité Scoute de Wiltz en offre finalement toutes les particularités : franchise des matériaux, utilisation optimum de leurs capacités techniques, respect visuel de la structure affichant clairement son ordre et sa beauté, simplicité pragmatique et intelligente de l'art du bâtir. Les Aficionados de Le Corbusier auront aussi sans doute l'impression de retrouver la cabane définitive ou les fameux Murondins que le génie de l'architecture avait su diffuser.




















Comment ne pas aimer le toit mono-pente dont les charges sont reprises par les quatre poutres en butée de toit qui viennent simplement se poser sur le sol ? Comment ne pas aimer la manière dont cela permet de dégager une galerie extérieure sur l'ensemble de la façade et donc de construire un auvent jouant parfaitement son rôle ? Comment ne pas se réjouir que l'œil puisse compter une à une les planches, les poutrelles et analyser leurs jonctions, joie presque enfantine de la cabane ? Et la fenêtre en bandeau qui coure sur la façade, ça ne vous rappelle rien ? Il est indéniable que cette architecture de la Cité Scoute de Wilz a été dessinée par une intelligence du bâti. Est-ce un scout architecte ou ingénieur ou un scout charpentier qui a aidé les adolescents a monter ce bâtiment ? D'ailleurs, ai-je raison d'imaginer les Scouts, tous ensemble réunis pour bâtir leur maison ? Je le crois. Je dirai même que le bâtiment le chante. J'imagine le petit troupeau coupant ici une planche, passant là des pointes ou encore, pour les plus âgés, devant les plus jeunes admiratifs de leur force, maintenir une poutre pendant que sur l'échafaudage, d'autres la fixent. Voir ainsi le chantier, sentir les forces nécessaires, comprendre simplement par l'œil l'histoire de son montage est le vrai Brutalisme. Car c'est avant tout, avant l'esthétique qui fait image, le Brutalisme c'est une morale, une éthique.
Et j'imagine aussi les cris, les joies, lorsque le chef-scout a accroché le jour de la fin du chantier les bois de cerf sur sa façade, ultime hommage aux structures de la Nature, nudisme parfait du matériau brut.
La carte postale est une édition des Scouts de Wiltz, elle ne nous donne pas le nom du photographe mais nous indique qu'il s'agit du Chalet International St Georges à 500 mètres de hauteur. Le chalet peut contenir 80 lits, il y a l'électricité et l'eau courante. Le confort donc.
Xavier, d'une écriture toute ronde de l'enfance embrasse bien fort sa correspondante en 1965.
Moi aussi.
La bise à toi, Brutalisme Scout. Et bravo.

vendredi 1 septembre 2017

J'y suis, je crois y être

La vraie vocation de la carte postale est ici parfaitement appliquée :


Sur une photographie pouvoir se situer, affirmer sa présence, dire aux absents son lieu de passage ou de résidence.
Discrètement, même délicatement, une petite croix bleue se pose sur le haut de la fenêtre de l'Hôtel Parisien pour, sans doute, affirmer le lieu du séjour. Je connais bien ce lieu, je le rêve, je le parcours parfois, j'ai toujours aimé comment Notre-Dame de Royan apparaît en haut de la rue... Notre-Dame. J'ai toujours aimé l'escalier des petites constructions identiques enfoncées comme en retrait de l'alignement de la rue.





Une ville, si c'est un ensemble de bâtiments rassemblés, c'est aussi la manière dont leurs découvertes s'articulent, comment soudain, surgit ou disparaît une construction. C'est aussi le plaisir de cette carte postale Cap qui est bien une carte promotionnelle pour l'Hôtel Restaurant Parisien puisque, sur son verso, sont indiquées l'adresse et les périodes d'ouverture. Facile de vivre ce moment où le client, le vacancier, parlant avec le gérant, trouvait sur le comptoir la carte postale de son lieu de séjour, achetait la carte postale et dans ce moment toujours spécifique pouvait être à la fois dans l'image et dans le réel, moment tendre de projection, de réalité augmentée.
Les cartes postales promotionnelles ont cet avantage pour nous maintenant de nous montrer des lieux moins iconiques, moins représentés que les grands événements architecturaux de la Ville de Royan. On n'y voit rien d'abord puis l'œil sort progressivement de la sidération d'être là pour entrer doucement dans l'image, en capter tout ce qui ne semble pas essentiel. L'œil, paraît-il, a cette capacité si difficile à reproduire par les machines optiques d'avoir dans le temps même de la vision, une capacité à lire à plusieurs degrés, dans diverses profondeurs d'analyses d'une image. Il m'aura fallu un temps pour voir un vélo appuyé sur le mur, l'absence de clients sur la terrasse ou même le choix de l'heure pour que le soleil éclaire bien la façade. Le matin, il me semble. Il s'agit d'un rendez-vous professionnel, le photographe est venu, a salué le gérant, a pris rendez-vous pour montrer les futurs clichés et peut-être en choisir un ou deux pour l'édition de cette carte postale. N'oublions pas cela aussi, c'est l'un des autres moments de cette image, sa responsabilité à être digne de l'établissement. Elle est une construction simple mais nécessaire : promouvoir. Pas d'effet de style, pas de point de vue artificiellement original, pas de jeu, il faut mettre en avant la présence à hauteur d'homme dans la rue, de l'établissement hôtelier. Le croisement des rues, l'apparition un rien coupée mais tout même lisible de Notre-Dame de Royan permettront tout de même de situer dans la plus belle ville du Monde le lieu de cette villégiature. C'est simple. C'est aussi sophistiqué. Et ceux qui croient encore que les photographes de cartes postales ne sont pas des photographes, devraient d'abord regarder c'est-à-dire travailler. Je les plains.
Parce que la carte postale est aussi et encore un monde d'analyse, continuons dans la masse de la production royannaise de lire et d'apprendre. Continuons dans des images simples et construites de pourvoir partir. Je suis à Royan. Je suis à Royan, ne me dites pas le contraire.

Point de vue actuel, on voit comment la BNP a massacré les ouvertures :

 

Deux belles cartes, si sensibles, d'abord une édition Cap puis une édition Elcé (L. Chatagneau) expédiée en 1962



lundi 21 août 2017

Revin, Brutalisme à la française

J'étais en silence. Parfois, il faut se taire.
Il semble que le Brutalisme soit devenu mainstream, un nouveau joujou pour les créatifs et les apéros carottes bio et bière locale.
Tant mieux ? Tant pis ?
Je vais vous parler de Hard French, ce Brutalisme à la française. Du vrai, du solide, du beau et ici, il n'y a vraiment pas d'humour ou de second degré quand je dis beau.
Rares sont les (Grands) Ensembles ayant en France cette force puissante et ce systématisme des grilles marquant, par la construction du chemin de grue, le paysage, comme on construit des Bastides, des Forts, des architectures tombant pour de vrai du ciel.
Nous irons à Revin, à Orzy dans les Ardennes. Je ne sais pas pourquoi mais je trouve que Hard French ça va bien avec Ardennes, une terre forte, puissante, sans joliesse facile. Dans la boucle de la Meuse les architectes et les autorités ont décidé de construire un ensemble de logements sur cette terre. On a fait comme on fait à l'époque. On a barré.
Regardez comment cette carte postale La Cigogne a enregistré le nouveau paysage :



Inutile de trop en dire, on saisit bien comment la géométrie pure des barres de logements est venue contre les courbes du paysage. C'est beau. J'aime ça. C'est bien comme cela que l'on fait monter au regard les particularités d'un lieu en y opposant les contraires. On dirait : sans remords. C'est ça. Sans remords. On devine déjà que les barres de logements s'enfoncent dans les douceurs des collines comme un coin d'acier dans une buche.
On a de la chance car on trouve facilement le nom des architectes et des collaborateurs de cette Z.U.P ici :
http://archiwebture.citechaillot.fr/fonds/FRAPN02_BOSJE/inventaire/objet-12696
Et quelle joie de retrouver le nom de Jean Bossu ! Les plans nous montrent la construction d'immenses carrés presque fermés ou même totalement fermés par les barres de logements qui viennent donc sans égard s'enfoncer dans la terre. On saisit bien cette idée du Modernisme de s'interdire l'étalement pour libérer le sol et, par une verticalité en quelque sorte horizontale, densifier les habitations et former ainsi des espaces dont, bien entendu, on mesure mal l'usage car si peu paysagé. C'est un reproche que les paysagistes d'aujourd'hui font à ces espaces, leur blancheur en quelque sorte, leur platitude mal engazonnée. Car l'époque n'est pas aux herbes folles, aux touffus organisés, à l'abandon du jardin à sa propre liberté. On dessine. Du plat dans lequel des chemins d'usage seront tracés.
Rapprochons-nous :



Vous voyez la Beauté des fortins ?
Au premier plan l'ilot est entièrement clos, inventant une ile intérieure aux constructions, une exception spatiale que peut-être ai-je le droit de comparer aux réalisations de Fernand Pouillon. Je me souviens aussi de Firminy-Vert. Mais ne vous faites pas avoir par l'échelle car cette fermeture apparente permet tout de même à tous les logements de bénéficier d'une vue, d'un dégagement très ouvert sur le paysage.
La vue.



Des machines à voir et à habiter, voilà ce que cette Z.U.P offre.
Aujourd'hui on ouvre les îlots pour la Police et les pompiers. On ouvre pour que "ça circule", pour que le mystère de cette cour fermée soit mis au grand jour des autorités. Il existe pourtant des places qui ne sont des lieux que parce qu'elles sont fermées. Cette carte postale nous permet aussi de deviner la très belle et régulière grille de la façade, alternance simple et cinétique des ouvertures et des plans de béton. Là aussi la ponctuation de cette façade et son étendue s'opposent ou plus certainement font vibrer comme une contre tonalité le reste de l'image. On ira voir tout à l'heure comment cela est si bien dessiné et comment le principe de construction est laissé lisible, voir affirmé car, on croit encore à l'époque que la structure est une esthétique et que sa franchise est une morale. Le voilà, le vrai et utile Brutalisme.
Sur cette dernière carte postale :


Un point de vue, un point de vue organisé comme tel puisque même une pancarte et des aménagements prouvent que l'on vient là voir le paysage. Et que croyez-vous que le spectateur voit ? Il voit le chantier de cette Z.U.P. Quelle chance !



La grue est encore en place, le sol est encore retourné et le spectacle du montage des immeubles devait être un beau cadeau pour ceux qui venaient jusque là. On aimera la veste rouge du monsieur qui me rappelle le point rouge sur les cartes postales de l'éditeur-photographe John Hinde.



Mais m'en voudrez-vous beaucoup si je vois sur cette carte postale un signe à moi particulièrement adressé ? Pour saisir le point de vue, les autorités locales ont disposé des bancs de béton superbes. Il se trouve que j'ai trouvé, perdus dans les feuillages, en compagnie de mes amis Catherine, Lucas et Isaac ces mêmes bancs à côté de chez moi. Comme l'architecture d'Orzy, ils ont une franchise, une beauté simple et un sens de l'accueil dans leur dessin. Ils sont très beaux. Je n'ai pas trouvé le nom de leur éditeur ou designer.





Aujourd'hui Google Earth nous permet de voir que l'îlot au premier plan a été ouvert. On remarque aussi des pignons décorés de tuiles d'une laideur immonde que les bailleurs ont tant aimé poser sur les murs aveugles des cités de France. Heureusement, il semble que les façades n'aient pas trop bougé et que le polystyrène d'une isolation par l'extérieur ne soit pas encore posé. Pour combien de temps encore pourrons-nous jouir de la grande qualité structurale de cette façade ? Pour combien de temps encore ?
Espérons que quelque part à Orzy ou à Revin, quelqu'un aime cette architecture et défendra ses particularités structurelles et que Monsieur Hulot et ses services ne viendront pas nous emmerder, je parle du Ministre pas du génie de l'espace construit.
Sans aucun doute aussi que Xavier Dousson viendra également nous donner quelques éclairages sur Jean Bossu.