dimanche 24 avril 2016

L'amitié est une âme en deux corps...




... C'est ce qui est inscrit au dos de cette carte postale Solaire Photo qui nous montre la piscine Tournesol de Braud et Saint Louis. Elle fut expédiée en 1987 pour un jeu de télévision et cette devise était bien la solution. Voici la carte postale en entier :




Je ne sais pas si l'expéditeur y a gagné quelque chose. Nous reste cette belle carte en photographie aérienne qui permet de bien saisir  notre objet de désir.
Ici la soucoupe volante est isolée sur son terrain, on remarque tout de même que le petit bâtiment installé pour sa chaufferie est un rien trop proche, ce qui brise un peu son isolement. Au loin, la petite ville semble avoir rejeté cette intruse moderne. On note aussi que, comme pour toutes les piscines Tournesol, celle de Braud et Saint Louis est entourée de son terrain, de sa pelouse lui servant de plage l'été lorsque la piscine est ouverte. On retrouve la piscine toujours en activité sur les vues de Google Earth, parfois ouverte, parfois fermée mais en excellent état !







Et encore :




Pour cette carte postale de la piscine Tournesol de Pacy-sur-Eure, piscine que nous avons déjà visitée une fois, l'éditeur Artaud, cette fois nous la propose ouverte totalement. Boulodrome au premier plan, ciel bleu parfait et quelques rares baigneurs animent cette carte postale. L'idée ici est de montrer le plus d'équipements sportifs et de détente possibles pour la ville de Pacy-sur-Eure.
Transformée, la piscine Tournesol de Pacy-sur-Eure a perdu son bel aspect pop... Dommage et triste.



De plus près encore :




Là aussi nous retrouvons une vieille amie avec la Piscine Tournesol de Chatelaillon par les éditions Europ. Le photographe a mis son maillot de bain, il a installé son pied photo directement sous la coupole de la piscine, tout le monde sait qu'il est là et un petit baigneur le fixe au premier plan. Peu de monde, on joue au ballon, peut-être un horaire pour les scolaires. Tout est un peu bleu et aussi un peu flou. Le chlore de l'eau a-t-il des actions sur la qualité de piqué des images ?
Celle-ci a disparu...
Alors je voudrais, pour une fois, dédier cet article à un ami, Clément Cividino, puisque le titre me le permet.
Clément, C'est pour toi cet article.
Je sais qu'un jour, je garerai ma Twingo devant un champ et que, sur ce champ, tu seras tout heureux de me montrer ta Tournesol. Je n'en croirai pas mes yeux, tu l'auras fait. Tu l'auras sauvée cette Tournesol des griffes des démolisseurs, tu l'auras fait démonter et remontée. Tu ouvriras alors sa carapace de plastique et de métal pour que le soleil éclaire et réchauffe directement l'ensemble de ta collection de Design. Tout sera parfaitement cohérent, tout aura une histoire, tu connaîtras chacun des objets présents. On posera nos fesses sur de belles chaises de Candilis et Anja Blomstedt, on boira un verre de vin blanc.
Et on éprouvera alors que "l'amitié est une âme en deux corps."
Et on éclatera de rire, mon vieux, on éclatera de rire sur ta persévérance !



 



Merci de ne pas copier ces images sans mon autorisation qui est facile à obtenir pour peu qu'on ait la délicatesse de me le demander...
Respectez les Droits affiliés aux collectionneurs.

samedi 23 avril 2016

L'ascète et le lyrisme

Crypte est un mot important pour le Comité de Vigilance Brutaliste.
D'abord parce qu'il raconte une typologie, celle d'un lieu clos, sombre, enterré ou souterrain, d'un accès souvent unique, et qui, par le déploiement de sa surface contredit parfois l'impression de son extérieur. La crypte est bien un espace à deux détentes qui offre deux lectures différentes.
Le choc provient souvent de cet écart entre l'extérieur laissant imaginer un espace intérieur dont l'apparition soudaine sous une lumière inattendue déstabilise le visiteur.
Paul Virilio défendit ardemment cette qualité avec les bunkers dont l'instabilité du sol basculé est accusée par l'émergence d'une lumière crue parvenant des meurtrières et des trouées des visées. En fait, c'est la parfaite définition d'une architecture dont la qualité principale serait bien la gestion d'une spatialité ouverte à une sensibilité très corporelle.
Il y a en France un très grand architecte de ce genre qu'est la crypte. Il s'appelle Pierre Pinsard.
Nous n'arrêterons pas de chanter Lourdes et l'immense basilique souterraine qui est un chef-d'œuvre de l'architecture du siècle passé. Il faut aller à Lourdes. Il faut aller voir et surtout vivre cet espace gigantesque caché sous le sol pour comprendre ce que l'architecture du béton a pu produire de plus fort et de plus saisissant et cela, que l'on soit croyant ou non. Ici on a foi d'abord dans le génie constructif.
Aujourd'hui nous allons voir un autre très beau bâtiment de Pierre Pinsard : la Grande Crypte de Ars.



Oui.
En voyant cette carte postale, je sais bien que ceux qui nous suivent ont dû pousser des cris de joie quasi hystériques devant la qualité à la fois de la carte postale et du lieu. Le noir et blanc produit par l'éditeur Combier sert à merveille le travail de l'architecte et nous donne à voir un espace continu strié dans son plafond de poutres solides dont le béton banché reçoit la lumière venant de la gauche. Comment ne pas aimer cet espace solide, dur, en défense, presque baroque dans son économie ? Comment ne pas y voir la citation immédiate de la vie de pauvreté partagée, de rusticité même du Saint Curé d'Ars ? Il s'agit bien là de dire que le lieu parle de celui qui est invoqué. L'alignement des bancs, bancs d'une extrême simplicité, ajoute aussi à ce retrait de toute fantaisie. La lumière est la seule à avoir droit de cité, offrant l'occasion de lire la structure, le matériau, l'espace qui fondent en quelque sorte l'architecture.
Regardons encore :
Nous nous sommes rapprochés de l'autel :



Les bancs ont disparu et l'éditeur nous précise que "la crypte est en voie d'achèvement". Nous ne savons rien de ce degré d'achèvement depuis ce point de vue car tout semble bien à sa place ici. Regardez la matière du mur au fond qui laisse presque lire la coulée du béton. Regardez comment les petites meurtrières du fond de l'autel laissent passer la lumière. Regardez le très puissant dessin de l'autel, construit pour les millénaires à venir. Regardez le rectangle de lumière décentré découpant le plafond d'un blanc pur. Regardez la chaire à gauche faite d'un simple cube. Regardez à nouveau les détails superbes du béton banché sur les poutres. Ne voyez-vous pas dans cette volonté quelques restes d'absolument romans, primitifs, et essentiels ?
Une mise en scène parfaite de la pauvreté et de la retenue qu'il ne faut pas confondre avec une indifférence ou une économie. C'est une abstinence heureuse et conceptuelle.
Rapprochons-nous encore :



La couleur pourrait presque être en trop, presque dure.
Pourtant la tonalité grise tirant sur un bleu naît bien d'une photographie faite au flash qui fait monter des ombres trop dessinées et écrase la matière du béton. On remarquera l'apparition d'une croix fine posée depuis peu et remplaçant celle suspendue dans le vide des cartes postales précédentes. Mais comment ne pas remercier les éditions Combier de la fabrication d'une telle image rendant hommage à la rigueur abstraite de Pinsard ? Comment ne pas croire que nous ne pourrions pas être ici dans la Chapelle du béton armée, celle d'une nouvelle religion nucléaire, celle d'une idéologie de la grotte tellurique, celle qui raconte que le vivant des corps doit s'opposer à la minéralité coulée du béton ?
Il s'agit bien d'une sculpture. Il s'agit bien d'un lieu disant le déroulement d'une cérémonie dont la plasticité absolue, parfaite, claire à son origine de pauvreté est tenue par la plasticité intelligente d'un architecte. C'est d'une beauté éclairante. On osera enfin le lyrisme.
Et dehors ?



La voilà la Crypte. La voici, posée dans le champ donnant l'impression d'un balcon, d'une terrasse portant l'ancienne église et le village. Elle est un socle puissant, modeste, éteint comme un ouvrage militaire n'ayant comme esthétique que son utilité.
Mais Pierre Pinsard fait ce travail en conscience. Il le fait avec cette qualité de retrait dont seule la nécessité constructive devra faire voir le bâtiment. Il ne construit pas un machin orgueilleux, il construit une absence, une discrétion solide qui ne dit rien d'autre que sa nécessité d'espace et de recueillement.
Quelle merveille !
Ma main glisse sur la peau rugueuse de l'édifice. J'imagine comment Pierre Pinsard à chaque moment de son dessin et de sa pensée a dû tout mettre en œuvre pour tenter de ne pas concurrencer l'histoire sans croire à la disparition. Affirmer une forme silencieuse c'est savoir composer avec le bruit des autres. C'est poser une tonalité basse et continue.
Une ascèse.

 

 



 


 






mercredi 20 avril 2016

Un œuf pour demain

Demain, Jeudi, vous pourrez m'écouter sur Radio On, la radio des étudiants de l'école des Beaux-Arts du Mans.
Je ferai ma Chronique Corbuséenne sur la thématique de l'œuf, thématique, je le dis de suite, choisie par les étudiants.
Comme dans cette Chronique Corbuséenne radio-diffusée il n'y a pas d'image et qu'elle est courte en termes de temps, j'ajoute ici un petit complément.
Regardez comme c'est beau :



Nous sommes devant l'église de Pont de Suert en Espagne. La carte postale est une édition Officina de Turisme Pobla de Segur qui ne donne pas de date ni de nom de photographe mais nomme avec bonheur les "Autores", architectes : E. Torroja et J.R. Mijares.
L'ensemble mélange étrangement une application moderniste des voiles et des plis de béton en affichant en quatre éclats ses fonctions : l'église, son campanile, son baptistère et une chapelle... qui fait à elle seule la liaison avec notre thématique du jour !




C'est... euh... extra... ordinaire comme dessin. On ne sait pas très bien si c'est le symbolisme ostentatoire de cet œuf, si c'est la voûte faisant songer à un hangar de dirigeable ou bien l'alliance des deux répertoires qui produisent cet effet d'onirisme joyeux, un rien pompeux mais diablement attachant comme parfois certaines pochades un peu clinquantes de Salvador Dalí.
Mais tout de même... C'est une œuvre de Torroja, l'un des Maîtres du béton et du voile mince...
On se doit au respect. Un genou à terre...
Je ne vous ferai pas l'offense de vous raconter qui est Torroja, vous trouverez en deux clics une multitudes de renseignements sur l'ingénieur-architecte. Pour Mijarez, difficile... Difficile donc aussi, comme souvent dans ces œuvres associant ingénieur et architecte de savoir et comprendre qui dessina quoi, qui décida quoi, qui permit quoi...
Et surtout qui décida de pondre un œuf sur le côté de l'église ?
Peut-être une intervention céleste de Gaudí, venu une nuit, inspirer nos deux complices.
Je vous laisse avec cette autre version en couleur cette fois, vous admirerez la quasi perfection de similitude des deux points de vue ! La carte postale du même éditeur est cette fois datée du 18 août 1959, expédiée depuis... Bagnères de Luchon. Le correspondant, comme souvent, ne dit rien de son choix de carte postale.
Alors, je termine et vous dis à demain soir, sur Radio On pour une version extra-fraîche et extra-longue de la Chronique Corbuséenne !
C'est par ici :
http://radio-on.org/ 
Le lecteur se trouve en haut à droite de la page d'accueil de Radio On.
Vous pouvez ré-écouter les autres Chroniques mais ne cherchez pas dans le bouton spécial mais dans l'émission complète... C'est une radio estudiantine, je vous le dis.



 

lundi 18 avril 2016

Le chiendent, le Vert-Bois, la rambarde



Je ne sais pas pourquoi, être saisi d'abord par le chiendent qui pousse dans le caniveau. Plonger dans sa perte, sa disparition, dans ce minuscule paysage, ce petit moment de grâce qui fait que même là, dans tout être vivant la Force est présente.
Une vie minuscule, de rien, la certitude d'une énergie étrange qui pousse un organisme sous les étoiles et contre le goudron à trouver là son paradis : de l'eau, de la lumière, un peu à manger.
Puis prendre la posture du corps venu faire la photographie. Regarder au loin la tour du Vert-Bois de Saint Dizier faire la fière, se poser en plein centre des fuyantes, être le point de mire de la rectitude contrariée d'une rambarde d'acier elle-même ignorante à sa contrariété.
Le chiendent ne passera pas l'hiver. La neige fondra alternativement selon qu'elle est à l'ombre ou non de l'un des barreaux de la rambarde, le photographe fera des enfants, partira, oubliera le chiendent.
Qui décide qu'il s'agit seulement d'un point de vue ? Et si c'était là, la plus belle et fondamentale cérémonie de la vie ? Qui dira la poésie irrémédiable d'un tel moment libre ? Qui pour remercier le photographe d'avoir laissé derrière lui toute idée du paysage, tout sens de l'image pour choisir comme preuve que la lumière brûle bien les sels d'argent ce pont et sa rambarde, le silence d'un chiendent, le gravier au bord d'un trottoir ?
A-t-on vraiment inventé la photographie pour cela ?
Mon ombre ne vaudra alors sur vos clichés pas beaucoup plus que celle de cette rambarde, de ce chiendent. Rien.
La mécanique de la photographie ne dit rien de celui qui la déclenche. C'est la photographie qui dit tout. Mais je sais que mes amis photographes sont au monde un peu plus que moi. Disons sous les rayons directs de la lumière avec laquelle ils discutent. Je ne fais que regarder les ombres.
Avoir un peu de remords à tondre la pelouse, à provoquer la tempête d'une lame circulaire, choisir ce qui est coupé, ce qui est préservé. De quel droit ? De quel droit le photographe des éditions La Cigogne me permet cette plongée inouïe au plus profond de la raison de faire et de vivre ? En quoi devrais-je céder à la puissance métaphysique d'une herbe folle perdue au bord de la route et qui s'ignore elle-même ?
Je le répète, a-t-on inventé la photographie pour cela ?
Pour cela peut-être :



Te voilà la Tour. Te voilà à ton tour, debout, regardée, visée. André Croizé ton architecte avait-il vu ta fierté, ton arrogance ? Il t'aura voulu bien née, avec balcon et rez-de-chaussée. Et les arbres sur ta façade feront le jeu de la verdure. Qui est venu te voir ? Qui pour décider que le couple habillé d'été sera le bienvenu pour dire ta taille et que le soleil blanchit bien ta façade ?
Propreté, netteté, modernité.
Le bonheur est petit mais certain. On se gare, on fait les courses, on cherche une carte pour la cousine. Il faut bien que quelqu'un s'occupe de ça !
Il faut bien un architecte, un photographe, un éditeur, un marchand de cartes postales. Il en faut du monde pour le bonheur des images.
Mais chacun fait sa vie, même les chiendents.
C'est pour cela qu'on a inventé la photographie. Quelques objets au rebord d'une fenêtre ouverte. Rien de plus.





















 


 

mercredi 13 avril 2016

Aller de Montpellier à la Grande Motte

D'abord la carte postale :



Nous sommes à Montpellier.
Oui, nous aurions pu en rester là tant cette carte postale des éditions Yvon est belle.
On aimera la gestion du premier plan nous permettant de toucher un premier immeuble puis comment, dans une carte postale pourtant horizontale, vient se placer la Tour Saint-Martin dont l'éditeur nous dit que l'architecte serait Arnihac. Le noir est blanc est superbe, le blanc du ciel surtout qui donne la chance à cette Tour Saint-Marin de livrer toutes les qualités de sa modénature faisant vibrer ombres, creux, et alternance des ouvertures et des garde-corps des balcons qui tournent sur les angles. Une bien belle tour, bien marquée par son époque mais pas anonyme offrant une grandeur et une ambition constructives dont les façades doivent sans doute raconter un agencement des plans des étages complexes et bien étudiés.






N'avez-vous pas comme moi, la sensation qu'il s'agit de plusieurs blocs réunis ensemble ?
On pourra aussi regarder comment le dégagement du sol offert par la montée en hauteur des logements offre un espace vide bien vite rempli par... un parking...
Je cherche qui est cet architecte Arnihac et je tombe (merci PSS) sur deux architectes ayant travaillé à la Grande Motte, donc dans la même région ! Jacques et Philippe Arnhiac auraient construit sous le patronage de Jean Balladur deux très beaux bâtiments de la Grande Motte, son Hôtel de Ville et la belle pyramide les Argonautes. Le site PSS hésite aussi sur l'orthographe car parfois nous avons Arnihac et parfois Arnhiac ! Il s'agit bien de Arnhiac si on en croit la solide base Archiwebture...
Une fois encore, on remarque ce flottement sur les orthographes des architectes par les éditeurs de cartes postales, il faut donc toujours être prudent sur les attributions de leur part.
Bref... Messieurs Arnhiac ! Bien le bonjour !
Car il ne fait aucun doute (hummm....) qu'il s'agit des mêmes architectes. Reste à savoir comment ceux-ci se retrouvèrent à travailler avec Jean Balladur, comment ils furent recrutés pour ce chantier de la Grande Motte et pour quelle part précise, entre celle de Balladur et la leur, ils purent être de vrais architectes des constructions de cette ville.
On notera avec étonnement que Jean Balladur dans son ouvrage La Grande Motte, L'architecture en fête ou la naissance d'une ville ne nomme absolument pas ces architectes !
On notera aussi l'absence des Arnhiac dans le livre L'aventure du balnéaire par Claude Prelorenzo et Antoine Pivon qui, même, laissent toute la place pour l'Hôtel de Ville à sa conception par Balladur (page 131). Claude Thibault n'y fait pas non plus référence dans son L'aventure de la Grande Motte ! On s'amuse du mot aventure utilisé si fréquemment !
Enfin, une fois encore, la carte postale permet de vivre un moment de l'histoire de l'architecture, de saisir que certains architectes vivent des expériences diverses dans leur carrière et que les petits noms de cette histoire récente de l'architecture sont visibles grâce à ce mode d'édition.
Comment ne pas être certain alors de l'importance de ce fonds iconographique pour la construction d'une histoire plus juste et plus précise surtout si on prend la peine de les regarder non pas pour ce que l'on voudrait leur faire dire mais pour ce qu'elles sont... À bon entendeur...

Voyons, par exemple, cette carte postale des édition MAR qui nous montre la Place du 1er Octobre 1974 et qui nomme aussi la Grande Motte, la ville de l'an 2000 :



Nous y voyons parfaitement cet Hôtel de Ville pour lequel les architectes Arnhiac auraient travaillé avec Jean Balladur mais on y voit aussi l'ensemble de l'espace public et comment il fut dessiné. On remarque le beau labyrinthe sur le sol, la fontaine ou encore le design surprenant des éclairages publics. Au loin, l'église.
Tout cela est l'héritage de Jean Balladur et de son équipe, c'est TOUT CELA qui fait la Grande Motte. Il serait bien à l'avenir, maintenant en fait, que les responsables municipaux de ce patrimoine y portent une attention particulière car, un ensemble urbain tel que la Grande Motte ne peut se résumer à quelques immeubles-phares isolés de leur contexte. TOUT y fait ŒUVRE !
La hauteur d'un trottoir, la couleur d'un pavage, l'orientation d'un banc, le choix de végétaux !
Donc le respect de ce travail doit passer par une éducation à l'architecture mais plus largement au tissu urbain. Il est de la responsabilité des élus de faire ce travail, il est de la responsabilité des institutions patrimoniales de le défendre.
Une fois encore, la carte postale permet d'en lire parfaitement l'infini des détails, d'en donner un aperçu documentaire qui ne saurait être remis en cause sous de banales envies de le prendre pour un document pris par des enjeux d'images qui lui sont bien étrangers et surtout aveuglés.
Oui, l'eau de la fontaine, poussée par le vent, vient donner une autre couleur aux pavés de la place, oui les enfants y font du patin à roulette, oui des dames peu nombreuses s'y assoient, oui la minéralité rafraîchie de l'espace public est désirée par l'équipe de Jean Balladur.
Merci aux images de me permettre de m'y promener, de le vivre.



dimanche 10 avril 2016

Salute l'ami ! Hôtel Salute !

 

Cher Alvar,
Tu vois que j'ai bien fini par y aller. Toi qui dis toujours que je suis un enthousiaste récalcitrant, j'espère que tu apprécieras mon courage !
L'Hôtel Salute est bien comme sur la carte postale, rien n'a changé. La chambre est vaste et propre et le hall saisissant. Je suis sur mon lit pour écrire cette carte postale que j'ai achetée en bas dans la boutique de l'hôtel. Je n'arrête pas de faire des photos, je vous les montrerai à toi et à Jean-Jean lors de l'une de mes fameuses soirées diapos que vous aimez tant !
J'ai essayé de trouver des témoignages sur l'architecte Abraham Miletsky mais personne n'a de lien, de téléphone, d'adresse. Il serait mort en 2004. Il sera donc difficile de faire un article plus fouillé que ce que nous avions prévu. Le Comité de Vigilance Brutaliste devra rester sur sa faim à ce propos. Je vais essayer de publier une annonce dans l'un des journaux locaux.
Pas de souci, on peut bien par contre, organiser ici des séminaires. Je te joins les tarifs pour deux jours avec salle commune et repas compris.
J'écris aussi à Jean-Jean, je te promets, je vais voir ce que je peux faire pour lui remonter le moral et... Les bretelles... Ils sont toujours un peu cons cons à cet âge mais je comprends son désir de vivre quelque chose de plus fort dans ses études. Si j'avais su, je l'aurais emmené avec moi. Je lui ai envoyé aussi une carte postale. Est-il déjà parti avec son Denis ? 
Et Mitica ? Comment va-t-il lui ? Toujours dans les vignes ?
Donc... Je vis la vie parfaite dans du beau béton brutaliste socialiste qui d'ailleurs est bien plus constructiviste que brutaliste.
Il me faut tout de même aussi aller voir les autres beautés de Kiev qui ne sont pas de cet acabit. On peut louer des vélos à l'hôtel ! Tu m'imagines à vélo dans Kiev !?
Demande donc à ton père s'il pourrait nous faire, sur seulement des images, une sorte de décryptage de la structure de cet hôtel Salute. Cela serait intéressant d'avoir son éclairage. Je prends des images de détails ce qui inquiète un rien les dirigeants de l'hôtel qui me regardent d'un drôle d'œil parfois !
Salute ! Salute ! L'ami ! Salute à Émilie et Mitica !
David
PS : mon avion arrive à Paris ce mercredi.

 





samedi 9 avril 2016

Morcenx, les maisons rondes tournent à vide



D'abord je remercie mon ami David Michael Clarke de m'avoir alerté.
On le sait notre Patrimoine architectural moderne et contemporain est menacé. Il l'est d'autant plus qu'il concerne des constructions modestes, de peu, des petites choses perdues qui n'ont pas eu la chance d'avoir comme créateur des grands noms évocateurs d'histoire de l'architecture. Et encore... On connaît des œuvres de Jean Prouvé qui, bien que classées, pourrissent lentement... (Ermont)
Il est alors devenu presque naturel aujourd'hui lorsqu'une œuvre de ce type est détruite de voir se mettre en route le travail mesquin de la Mémoire comme consolation à l'inertie des pouvoirs publics et privés et même à leur complicité.
C'est le cas ici :




Nous sommes devant la Cité des chênes à Morcenx dans les Landes, Cité dite "des maisons rondes".
La carte postale des éditions Lapie expédiée en 1963 ne nous donne pas le nom de l'architecte mais il n'est pas difficile tout de même de se réjouir de ce type de construction et de son originalité. Au moins, c'est déjà ça. Certes, il n'est pas question ici de crier au génie architectural de cette Cité des chênes, ni même de croire que ces maisons seraient des éléments historiques de premier ordre mais il est tout de même intéressant de se poser les questions de leur fondement, du sens de leur architecture, de la particularité de leur plan, bref de l'histoire de cette particularité et originalité qui, avouons-le, ne débordent pas outre mesure à Morcenx...
Comment peut-on devant un ensemble aussi bien constitué, aussi étrange même, aussi unique en France ne pas se poser la question de leur pérennité ou du moins de leur maintien dans le paysage et donc dans notre histoire ? À l'heure de la peste pavillonnaire qui envahit nos paysages en France sous le lobby des lotisseurs soutenus par les mairies friandes de jeunes couples avec enfants venant remplir les écoles, il pourrait tout de même y avoir là une réponse historique, une culture architecturale à préserver pour évoquer d'autres modèles, d'autres styles et d'autres politiques du logement...
Et non...




Alors on émet les regrets, on fait semblant d'être sensible pour ne pas dire la vérité. Celle d'un profond désintérêt camouflé en démagogie culturelle, celle d'un promoteur louchant sur les terrains. Oh mais rassurez-vous, on gardera les histoires, on enregistrera les paroles, on fera une œuvre contemporaine avec une artiste qui sera toute contente de dire, sur le cadavre, qu'elle a produit une œuvre pour dire combien on regrette l'arrivée des pelleteuses, on versera la larme démagogique puissante, celle qui rince l'histoire au profit du... profit.
Pourquoi ne pas réhabiliter ? Pourquoi ne pas assumer l'héritage ? Pourquoi ?
On a les réponses, toujours les mêmes : le coût. Ce coût que personne ne veut prendre en charge simplement parce que, voyez-vous, il est l'excuse première, rapide, simple et imparable. Pourtant il existe des intelligences et des procédés pour restaurer, réhabiliter, inventer même des transformations mais il faut chercher, éduquer, prendre du temps que personne ne veut avoir simplement parce que, comme d'HABITUDE, il faut faire vite pour remplacer des années d'inactions et de prévoyance sur des bâtiments que l'on n'a pas su regarder, aimer et penser comme des agents patrimoniaux.
Lisez donc cet article et voyez comme vous pourrez remplacer Morcenx par n'importe quelle ville, la Cité des chênes par n'importe quelle autre cité et le nom de l'artiste contemporaine par n'importe quel autre. C'est sidérant les arguments.
http://www.sudouest.fr/2016/03/28/elles-ne-tour-naient-plus-rondtable-rase-d-un-passe-morcenaispour-conserver-la-memoire-du-lieu-2314641-3452.php 

Alors il n'y a rien à faire. La DRAC de la Région Aquitaine n'aura rien tenté ? Monsieur Xavier Arnold vous êtes là ? Comme pour le club de voile de Pauillac....? Les maisons rondes ne sont même pas dans la Base Mérimée...
Le maire est tout triste, oh mince...
L'artiste est à l'écoute oh c'est gentil...
Et le promoteur et le lotisseur sont à l'affût....
Cela va de soi. Dormez tranquillement.
Le trio est en place pour l'avenir du Patrimoine architectural moderne et contemporain en France.