lundi 6 juillet 2015

Alvar 20 ans, 2000.

Gilles avait donné rendez-vous à Hans devant le Centre Pompidou. Ils devaient tous les deux faire une surprise à Alvar qui fêtait ses 20 ans en cette année 1987.
Ils avaient décidé de l'emmener faire le tour de l'exposition du centenaire de Le Corbusier commencée depuis peu, puis, ensuite de le trainer chez Cassina pour lui acheter ce très beau fauteuil LC4 de Le Corbusier et Perriand dont il rêvait et usait le cuir chaque fois qu'il allait chez Jean-Michel son grand-père.
La famille presque de manière inconsciente avait prévu ce cadeau pour les vingt ans du garçon depuis longtemps. Combien de fois on dut en effet, sans le réveiller, prendre dans les bras le petit Alvar lové au creux du fauteuil encore un peu grand pour lui.
Une fois pourtant, lorsque vers ses huit ans, le petit garçon comprit que le cuir magnifiquement coloré du fauteuil était en fait la peau d'un jeune poulain, il avait eu un moment de désamour pour l'objet. Mais rapidement, les rêves, les désirs des histoires du grand-père racontées et écoutées dans ce fauteuil avait eu raison des réticences du petit Alvar.
Mais pour l'instant ni Hans ni Alvar n'étaient en vue. Gilles s'impatientait un rien, là au pied de cette espèce de pendule curieuse qui égrenait les secondes jusqu'à l'an 2000. Il regardait les secondes défiler inlassablement, tombant dans un cliquetis métallique régulier et cela plongea Gilles dans une forme nostalgique inattendue de sa part.
Où seraient-ils tous les trois en l'An 2000 ? Que ferait Alvar quand il aura 33 ans ? Sera-t-il marié ? Sera-t-il toujours aussi passionné d'architecture ? Travaillera-t-il avec son père Momo dans l'agence familiale ?
L'image de Alvar sortant de la Mairie en costume au bras d'une belle mariée fit sourire Gilles. Alors que des images improbables se formaient dans sa tête, il vit arriver au loin, depuis la Piazza, Alvar, bras dessous bras-dessus avec Hans et juste à coté de lui un jeune femme que Gilles mit du temps à reconnaitre. C'était bien Émilie !
-Salut Tonton !
-Salut Alvar
Un silence.
-Ah pardon ! C'est vrai...Tu reconnais Émilie ?
-Bonjour Émilie !
-Bonjour Monsieur Lestrade.
-Mais non ! Pas Monsieur ! Émilie ! Appelle-le Gilles ! Tu le connais tout de même.
-Oui, j'aime mieux que vous m'appeliez Gilles que Monsieur, Émilie !
-Ah...Euh...pardon...enfin...euh...
-Pas grave, pas grave...
Silence.
-On pourrait faire visite non ? Moi j'ai envie commencer. Voir Corbusier.
-Tu as raison Hans, allons nous cultiver ! Mais d'abord, puisque nous sommes sous cette espèce d'horloge, je propose pour commencer cette journée d'anniversaire, que nous fassions chacun un voeux pour l'An 2000 et que nous scellions ce voeux par un ticket de cette machine.
-Tu crois Tonton que c'est une bonne idée, je veux dire, c'est un truc à touriste non ce machin...
-Non non non, j'adore, oui faisons ça Alvar !
Devant l'enthousiasme d'Émilie, Alvar céda et au moment ou Gilles glissa la pièce pour commander la carte souvenir, chacun fit en silence son voeux.



Gilles demanda que lui et Hans aient ou adoptent enfin un enfant.
Hans demanda d'être encore pour trente au moins avec Gilles.
Alvar demanda qu'ils furent tous encore réunis pour s'amuser autant en l'An 2000.
Émilie demanda d'être encore pour trente ans au moins avec Alvar.
Jamais Émilie et Hans ne surent qu'ils avaient fait le même voeux.
Au mois de novembre de l'An 2000, devant le Centre Pompidou, il y a avait bien Gilles, Émilie et Alvar. Il manquait Hans, mort en 91. Pourtant ils étaient bien quatre. Émilie et Alvar venaient d'adopter Mitica, un sacré petit galopin venu de Roumanie.
Dans son porte-feuille, Gilles sortit la carte du Genitron.
Ils se regardèrent tous les trois.
Ils coupèrent le papier en petits morceaux et Mitica se fit une joie de jeter les confettis au vent lèger. Qui lui raconterait l'histoire ?
Mitica, lui, il voulait un chocolat chaud. On prit tous un chocolat chaud.







dimanche 5 juillet 2015

I'm picky

Un article fourre-tout pour permettre de revenir sur d'autres en précisant un peu mieux ce qui a été publié et cela parfois grâce aux lecteurs eux-mêmes !
Vous savez comme je peux être pointilleux.
Nous soulevions la question de l'origine des Chalets Nova vus il y a peu sur le site le bon coin puis sur des cartes postales. Hier, aux Emmaüs, je trouve, dans la revue Demeures de France de Juillet 1971 proposant un tour d'horizon des maisons individuelles disponibles, notre bungalow Nova au milieu des Phenix et autres merveilles.







On remarque de légères différences de traitement de la façade mais c'est bien le chalet Nova qui est représenté. On voit d'ailleurs qu'ici c'est l'appellation Bungalow qui est utilisée et que le constructeur nommé est Rochel (sic). On peut donc penser qu'avec une telle publicité, il était bien repéré à l'époque, bien diffusé et mis au point. On note que le modèle est ici photographié dans la neige. Combien furent vendus ? Quand fut stoppée la production ? Combien de modèles différents et de re-stylages ? Difficile à dire... On notera l'absence dans ce numéro de la bulle six coques pouvant pourtant être considérée elle aussi comme habitation légère de loisir. Trop d'avant-garde pour cette revue ? Pourtant... Pourtant...
Un détail m'étonne un rien puisque on trouve bien l'une des villas construites par Claude Parent, la maison Soultrait, sur la couverture ! Que fait-elle là sur une première page consacrée aux maisons individuelles de promoteurs ?



Si on observe un peu mieux on comprend qu'il s'agit bien d'un pêle-mêle pour attirer le client et que cette couverture de la revue montrant des villas veut faire rêver le lecteur ! Sans doute aussi que la revue a fait un article sur cette maison Soultrait... À chercher donc !

Revenons maintenant sur l'article de la maison bulle de Lapoutroie.
Julien Donada et Joël Unal me confirment tous les deux que la maison est bien de Pascal Haüsermann et Julien, éminent spécialiste et ami de l'architecte m'envoie même de superbes et touchantes images de sa construction. Il m'autorise à les publier, donc je vous les donne à voir. On les remercie vivement tous les deux pour ces compléments d'informations et ces superbes images.
Merci de ne pas dupliquer ces images sans autorisation de sa part.
N'oublions pas que Julien Donada a réalisé plusieurs films sur l'architecture dont le très beau La Bulle et L'architecte et qu'il a également publié un livre hommage fait d'une conversation avec Pascal Haüsermann aux éditions du Facteur Humain.






















Joël Unal lui aussi a publié un livre sur l'expérience des maisons-bulles dont voici le titre et qui donne bien dan la liste des chantiers de Claude et Pascal Haüsermann, la maison de Lapoutroie.
"Pratique du voile de béton en autoconstruction"
éditions Alternative 1981
Joël Unal































 I'm Picky cos I'm all alone
Maybe I'm alone cos I'm a picky one
I got a lotta girls (boys...) waiting for me not to call
Another Sunday morning on my own
Maybe I'm too good for you.

:-))


samedi 4 juillet 2015

La neige ça fond, c'est à ça qu'on la reconnaît

L'été et l'hiver.
Deux cartes postales saisonnières nous montrent une architecture de qualité, en montagne, avec effets météorologiques :





On voit sur des volumes très décidés, jaillissants et francs, un bardage de bois chaud offrant le contraste entre une architecture profondément moderniste et une image traditionnelle de l'architecture de montagne. Mais ici, pas de pastiche de chalet international pour Walt Disney ou Vladimir Poutine mais un sens aigu du plan, du soleil, du programme et du lieu.
Nous sommes aux Karellis, devant le centre de vacances ou de Rencontres écrit au pluriel ou au singulier selon l'éditeur !
Mais ce qui me plaît au-delà du très beau travail architectural que nous devons, semble-t-il à l'Atelier d'Architecture en Montagne, c'est que la carte postale enregistre aussi les usages de l'architecture. En deux photographies séparées par les saisons, on voit comment les espaces interstitiels sont utilisés par les usagers des lieux.
L'hiver ? La neige épaisse, blanche, ne permet que le passage, le ski, la glissade, dont rien sur la première carte postale ne peut dire l'usage. Avez-vous remarqué tout de même les empreintes de pieds chaussés au premier plan ? Bien évidemment, ici, la volumétrie et la géométrie du dessin de l'architecture jouent le contraste parfait avec le hasard blanc de la neige et ses courbes sur la pente. C'est ce qui fait la beauté de cette construction devenant un mur de bois savant contre une matière poudreuse. Comme il doit être beau de voir sortir de la masse blanche la force de l'architecture comme le rocher, la falaise de la montagne.
L'été ? La neige disparue c'est la prairie de la montagne, chargée de plantes, de fleurs que le photographe installe au premier plan presque pour nous en faire sentir les parfums. Le vert prend la place du blanc et tout change !
Voici les parasols, voici les chaises longues, les corps tiédis qui prennent sans remords le bon soleil de la montagne.
Voyez ce monsieur torse nu, cette femme en maillot de bain une pièce ou cet autre, levant les bras au ciel comme se réveillant d'une sieste.
Tous nous tournent le dos et regardent l'architecture du centre de vacances Rencontres. Le photographe, lui, au ras des fleurs, sans doute à genoux ou en contrebas du vallon, fait le cliché qui dira que la montagne est vivifiante aussi en été. Y a-t-il un marché d'été et d'hiver pour les cartes postales de montagne ? Voit-on des vacanciers en été acheter des images d'hiver et vice-versa pour rêver à la saison qu'ils ne vivent pas ou donner à croire qu'ici, même au mois d'août, la neige est tombée ?

Les deux cartes postales sont éditées par la Coopérative Artisanale "la Vordache". La première est une photographie de François Lainé. La seconde reste anonyme. Aucune ne nomme les architectes, aucune n'est datée.
Merci à Étienne Pressager pour cette donation.




vendredi 3 juillet 2015

Royan glows in the dark




Momo et Gilles se sont précipités dans la salle de bain, ont fermé promptement la porte et ont posé une serviette de bain sur la petite fenêtre.
Ils voulaient le noir complet.

Quelques minutes plus tôt, sur le boulevard Aristide Briand, à Royan :
 - Gilles, Momo, vous allez devoir choisir des cartes postales pour Jocelyne et Jean-Michel. Je vous laisse choisir ce que vous voulez, pendant ce temps-là je vais acheter mon Marie-Claire. Essayez de trouver quelque chose de joli pour Jocelyne et quelque chose d'intéressant pour Jean-Michel.
Les deux garçonnets regardaient les centaines d'images, un peu étourdis par le choix possible. Très vite, les deux garçons firent le choix d'une carte postale en couleurs et non en noir et blanc. Cela permettait de restreindre un rien le champ des possibles. Mais il y avait encore tellement de choix...
Mais voilà que Momo s'exclame :
 - Waou, Gilles, Gilles, viens voir celle-là !



 - Oh c'est super ! Géante la carte ! Ça plaira à Papa car je crois qu'il a fait le travail dessus ce truc... C'est quoi ?
 - Le Marché, crétin ! On le voit d'ici !
 - Ah oui, et m'appelle pas crétin !
 - Ba t'as qu'à ouvrir les yeux quand on marche et lever le nez de ton Tintin !
 - Bon, dis, on prend celle-là non ? Tu crois que Yasmina voudra bien ?
 - Je m'en occupe...
Momo partit à l'intérieur de la Maison de la Presse avec sa carte panoramique du Marché de Royan et la montra à Yasmina qui la trouva aussi très belle. Elle demanda tout de même si cela passait bien par la Poste et si le timbre était le même. Le buraliste la rassura et elle n'eut pas le temps de dire merci que Momo était dehors en faisant des bonds pour dire à Gilles que c'était d'accord.
Mais Gilles avait trouvé autre chose.



 - Regarde Momo celle-là !
 - Oh trop bizarre... le dessin... et les couleurs... c'est moche non ?
 - Mais non regarde ce qu'ils disent : carte lumineuse dans lopsturité, opstrudité...
 - Ob scu ri té !
 - Oui Obscurité après exposition à la lumière... Tu vois, trop marrant non ?
 - Glisse-la sous ton polo qu'on regarde si ça marche !
Et, soulevant le polo bleu marine de Gilles, Momo tenta en vain de faire le noir et passa sa tête dessous comme un photographe sous son drap noir de sa chambre photographique. Mais seul le nombril de Gilles venait étrangement contraster avec l'architecture du marché.
 - Marche pas très bien. Doit falloir le noir complet, merde.
 - Va montrer ça à Yasmina, vite ! Avant qu'elle ne paie son journal et l'autre carte !
Momo se précipita dans la boutique et posa in extremis la carte sur le comptoir au moment ou Yasmina sortait son porte-monnaie.
 - Vous voulez aussi celle-là ? Vous êtes certains les garçons ? Cela fait deux fois le même marché...
 - Oui, comme ça il y aura pas de jaloux entre Jocelyne et Papa rétorqua d'un coup Momo.
 - Comme vous voulez, l'essentiel c'est bien que vous l'envoyiez, ce n'est pas pour vous, on est d'accord ?
 - Ba oui, mais bon, on la reverra à la maison de toute manière...
 - Tu as vraiment réponse à tout toi ! lui dit en souriant le buraliste. Et c'est une nouveauté, tu as raison, c'est très moderne comme cadeau.
Yasmina paya, les deux garçons sautillèrent tout le temps des commissions au marché que Momo n'arrêtait pas de montrer à Gilles en lui disant de regarder un peu le monde qui l'entoure.
 - Tiens, regarde, c'est exactement là que le photographe a pris sa photo, affirma Momo.
 - Ouais sauf que les couleurs, c'est du chiqué ! Et comment qui fait le panomara ?
 - Le Pa No Ra Ma ! Avec un appareil spécial non ? Mais t'as raison pour les couleurs !
Les courses terminées, Les garçons couraient devant Yasmina pour vérifier si le Marché de Royan sur la carte postale brillait bien dans le noir.
Il brillait bien dans le noir.
Ils passèrent une partie de l'après-midi à mettre la carte postale au soleil, la regardant se charger du soleil de Royan, puis pris d'une impatience soudaine, ils allaient de concert s'enfermer dans le laboratoire noir que leur offrait la salle de bain. Ils restaient là, fixant la lumière verte étrange, regardant le dessin du marché apparaître violemment puis disparaître tout doucement dans le noir.

























Par ordre d'apparition :
carte postale des éditions TITO pour Berjaud, carte lumineuse.
carte postale des éditions TITO pour Berjaud, carte panoramique.
Aucune date, pas de nom d'architecte.

jeudi 2 juillet 2015

Totem



Jean-Michel arpentait de long en large, de terrasses en volumes, l'Hôtel Totem.
Il avait à la main le numéro d'Architecture d'Aujourd'hui dans lequel un article avait été publié et il cherchait, amusé, à retrouver les points de vue du photographe.
Il admirait ici les courbes, là le jeu formel un rien organique ou sensuel faisant ressembler l'Hôtel Totem bien plus à une poitrine généreuse ou à un bénitier qu'à un totem. Il souriait à l'idée de l'architecte Simonetti dessinant les bâtiments en lorgnant les seins pointus d'un pin-up italienne où l'œil et la main s'associent pour courber un toit en pestant bien entendu contre cette modernité bien trop limitée à la ligne droite comme si la géométrie devait s'opposer à la sensualité.
Lui, Jean-Michel pouvait de ces courbes inversées et complexes en déduire les forces et le calcul des paraboles hyperboliques qui n'avaient d'organique que le calcul exact de leur soutien tout comme les végétaux simplement se plient aux forces naturelles de la pesanteur et des masses.
Mais qu'importe ! D'abord, il y avait la joie d'être à la mer, au soleil et à l'ombre aussi ! Le grand voyage en Méditerrannée, il y a longtemps qu'ils l'avaient programmé avec Jocelyne sans jamais avoir pu le réaliser même pour leur voyage de noces. Alors Jean-Michel avait accumulé les images, les articles sur les architectures qu'il voulait voir et Jocelyne avait fait de même avec les lieux touristiques et les musées. Tout tenait dans une boîte à chaussures glissée sous le lit dans l'appartement. La DS Citroën étant livrée, il fallait profiter de cette auto toute neuve pour partir loin et longtemps. On ouvrit donc la boîte et ce fut cet été 62 que le couple prit la route enfin. Momo et Gilles resteraient en France avec Yasmina, une petite villa fut louée à Royan grâce à la complicité de Pierrette Berjaud.






Aujourd'hui, Jean-Michel pouvait s'installer sur une chaise longue, face à la mer et entamait la lecture du journal tout en italien. Il essayait de comprendre quelque chose et riait de lui-même et de sa prononciation que le serveur italien venait reprendre régulièrement en lui montrant comment placer la langue entre les dents ou ouvrir les lèvres pour bien articuler les mots. Pendant ce temps là, Jocelyne écrivait sur la table quelques lettres et cartes postales en attendant son Campari. Elle avait mis sur sa tête ce chapeau de paille dont Jean-Michel disait qu'il la faisait ressembler à un abat-jour mais cela ne faisait pas sourire Jocelyne qui n'aimait pas tant que ça être taquinée...

La carte postale est une édition Ines Giordano. Vera Fotografia si ! Elle fut vraiment expédiée en 1962...













mercredi 1 juillet 2015

Le Label Patrimoine du XXème siècle est-il inutile sous votre Ministère, Madame Pellerin ?



La semaine dernière alors que je rédigeais un article sur le foyer des Vieux dessiné par Paul Chemetov pour Vigneux-sur-Seine, l'agence de ce dernier me signalait, dans une concordance des temps incroyable, que l'ensemble des Briques rouges Labelisé Patrimoine du XXème siècle était menacé de destruction et notamment sa Caisse Primaire d'Assurance Maladie CPAM, petite merveille d'architecture reconnue, publiée et... Labelisée... et déjà défigurée, la fresque du Peintre Foujino ayant été peinturlurée par des imbéciles.
Il va sans dire que c'est une nouvelle attaque du Label qui tend à prouver maintenant son inutilité patente.
N'oublions pas le dossier de la Caisse d'Épargne de Toulon menacée par une architecture d'une laideur insoutenable de l'agence OKKO Hôtel dont le dessin du remodelage a même réussi à faire rire mes étudiants, c'est dire... Puis les mettre en colère... c'est clairvoyant.
Il est donc nécessaire de penser maintenant un avenir pour ce Label si français permettant sans doute, démagogiquement, de faire semblant d'un signalement pour faire plaisir à un petit cercle d'initiés (dont je fais partie) sans prendre le risque (la politique) d'un vrai classement, d'une vraie reconnaissance. Si éduquer la population française à l'architecture du XXème siècle c'est poser une plaque sur une construction pour s'autoriser quelques mois après à la broyer sous les pelleteuses, ce que l'on enseigne à cette population ce n'est pas le respect de ce travail architectural et patrimonial mais bien l'indifférence à ce patrimoine et à son territoire.
L'inculture généralisée n'est pas transformée par ce Label, les petites politiques locales, les petits responsables, les agencements financiers et immobiliers d'architectes en mal de mètres carrés en centre ville s'allient ensemble pour cracher à la gueule du Patrimoine et du travail de signalement tout cela sous les yeux (impuissants ?) des institutions chargées de la défense de ces lieux. On a même des émissions sur France Inter, radio nationale et complice (on sait pourquoi, on sait comment), où l'on donne sans contradiction, la parole à ces architectes démolisseurs qui viennent expliquer comment ils suivent " l'esprit de Candilis" sous l'égide d'un pauvre philosophe instrumentalisé et cabot, heureux d'avoir une écoute à sa petite pensée. Voyez le Mirail à Toulouse... La honte à la française.
Je ne sais pas finalement, je ne sais plus, ce qui construit ma colère. La perte de merveilles architecturales qui défendaient dans leur volumes et leurs espaces une pensée et une intelligence ? Oui.
Le rêve impossible de retenir du monde ses images ? Oui. Penser qu'un état, représentation démocratique servant à signaler notre culture commune, est impuissant, voire complice ? Oui. Devoir enseigner cet échec de la politique culturelle ? Oui.
Alors, si rien ne bouge, si aucune action immédiate n'est prise, (et l'été qui arrive servira l'inaction) il est clair que le Label Patrimoine du XXème siècle deviendra une duperie au service d'une démagogie de la défense patrimoniale d'un Ministère incapable de réagir. Ce Label sera un tombeau silencieux.
Le pire, voyez-vous, c'est qu'on commence à s'y habituer.

David Liaudet pour Le Comité de Vigilance Brutaliste.

tout le dossier clairement décrit ici :
http://acvigneux.blogspot.fr/2015/06/la-villa-montesquieu-nouvelle-offense.html

Mobilisation :
http://www.darchitectures.com/alerte-destruction-a2524.html





Je reçois une nouvelle carte postale montrant au premier plan le foyer des Vieux de Vigneux-sur-Seine et au fond, l'ensemble Croix-Blanche. La carte postale est une édition Scintex en exclusivité pour Lhotellin. Mais qui a dessiné cet ensemble Croix-Blanche ?
Je trouve dans mes revues un article paru dans Techniques et Architecture de 1973 sur la sécurité sociale de Vigneux-sur-Seine, œuvre de Paul Chemetov, œuvre menacée aujourd'hui.
Je vous le donne à voir, il ne nous restera que ça bientôt ?

Les photographies de cet article sont de Augustin Dumage.












mardi 30 juin 2015

Coulons les vieux dans le béton brut



Une carte postale en noir et blanc est coloriée de trames un peu mal posées.
Un grand pan de béton brut dont les planches sont fossilisées dans sa peau nous donne le programme à l'entrée de la bâtisse : Foyer des Vieux, Ambroise Croizat.
S'y opposent immédiatement, un autre pan, celui-ci de briques, puis un toit en tôle ondulée et de grandes ouvertures. Là, dans l'embrasure, un vieux monsieur se tient fièrement et regarde le photographe et donc, nous regarde.
On pourrait un peu s'ennuyer si nous n'avions pas une certaine habitude de cet ennui que nous décryptons immédiatement. Non, il ne s'agit pas d'une Boring Postcard. Quelque chose de simple, d'équilibré, de généreux dans les ouvertures et dans la simplicité aimée des matériaux nous fait signe d'une architecture.
Le verso de la carte postale Combier en photographie véritable nous donne la réponse à ce doute : l'architecte est nommé, c'est Paul Chemetov.
Nous sommes à Vigneux-sur-Seine où l'architecte a aussi livré des H.L.M et donc ce Foyer des Vieux, appellation que le politiquement correct renommerait aujourd'hui foyer des cheveux argentés, Maison des aînés... Les vieux on n'aime plus ça.
J'avoue qu'il est difficile depuis cette carte postale de vous raconter quelque chose, de vous en parler en termes d'architecture. Depuis la frontalité serrée d'une image, on ne peut que saisir des détails parlant d'un tout. L'ensemble apparaît comme une construction économique, ne camouflant pas cela, jouant simplement et efficacement de matériaux premiers, laissant les matières donner leur rôle. La brique porte, le béton soutient, la tôle protège, l'auvent fait abri, les ouvertures larges distribuent la lumière.
On ne devine rien du plan ou trop peu, on ne devine même rien de l'ampleur de la construction. Mais la solitude de ce vieux posant sa main sur une huisserie épaisse, le débordement du béton de ses planches de coffrage, un jeu optique de briques très délicat (il m'a fallu dix minutes pour le saisir) tout cela donne la sensation d'une construction tournée vers l'essentiel : son programme au plus ample de ses moyens techniques et financiers. On appelle cela, voyez-vous, l'Architecture.
Alors je vais tenter d'avoir plus d'informations auprès de qui vous savez.



Mais sur cette autre carte postale Combier, nous retrouvons la belle architecture du Village Vacances Familles de Grasse dont l'éditeur nous dit que Jean Deroche est l'architecte. On veut bien le croire. Là aussi, on devine ce beau sens du matériau, cette application à la française d'un brutalisme intelligent encore héritier de Le Corbusier. Masses, volumes, jeu avec le paysage, plaisir des liaisons fondent un ensemble d'une très grande qualité. Nous en avons déjà parlé de nombreuses fois ici sur ce blog.
Mais cette carte postale possède son punctum.
En haut de l'escalier, un petit groupe de personnes âgées s'est formé pour être sur la photo et donc sur la carte postale. Ils sont là, heureux au soleil, s'amusant de leur rôle de témoins et animant discrètement la photographie de cette carte postale.
Cela m'émeut un peu, que voulez-vous, je suis sensible.
Comme toujours, j'imagine la scène, les dialogues entre le groupe et le photographe. Hasard d'une rencontre ? Rendez-vous ? Choix des sujets ou joie simple d'un moment partagé ?
Plus personne ne doit le savoir. Combien d'entre eux ont acheté la carte postale ensuite pour l'envoyer à la famille ? Qui, un jour, au hasard d'une fouille dans l'album familial s'apercevra que Tata Yvette ou Raymond sourient en haut des marches sur une carte postale ?
L'architecture s'offre ainsi un public et des usages d'images.
Tant mieux.
Et rien des discours pré-construits ne peut rivaliser avec la véritable tendresse d'un corps heureux de partager un espace et de l'inscrire sur, oui, ce que vous appelez un cliché.