vendredi 4 septembre 2015

Rettungsturm ist eine plastique Vigilance

Comment ne pas être ravi de voir à nouveau un objet exceptionnel ?
Voici une série de cartes postales multi-vues qui va nous permettre de regarder et de comprendre une architecture qui n'est pas sans nous en rappeller beaucoup d'autres et notamment la Bulle six coques ou la cellule de Chanéac déposée au FRAC Centre.
La série de cartes postales nous place à Binz (Rügen) sur le bord de mer, en Allemagne donc. Toutes ces cartes sont du même éditeur Bild und Heimat mais pas du même photographe. Nous les nommerons au fur et à mesure. L'objet qui nous intéresse est une micro architecture, une petite chose légère dont le but est la surveillance des bains de mer. Il s'agit d'une œuvre de Ulrich Müther grand spécialiste des constructions de ce type dont nous avions partagé une autre architecture ici. On a déjà vu cette architecture de très près ici mais même si les photographies sont petites ici, c'est la série qui va nous permettre pourtant de bien en saisir la forme et la consception. Et puis, le scanner puissant nous donnera simplement l'illusion de nous promener sur la plage !
Il nous est difficile par contre d'affirmer qu'il s'agit là d'une seule et même construction. Vu la longueur de la plage on pourrait penser qu'il existait plusieurs vigies posées sur le sable. Sur Google Earth plus aucune trace... Et on verra rapidement des différences de couleurs qui me laissent croire à plusieurs exemplaires répartis sur la plage. La vocation étant la surveillance des bains cela est bien logique.
Regardons :


 Cette première carte postale nous permet déjà de localiser la vigie dans son décor. On la devine bien au pied des solides maisons et immeubles de la plage. La carte postale affiche à la fois la nature, le modernisme avec la maison de cure et donc notre vigie appelée Rettungsturm.
Regardons bien le détail :



On devine une vigie bien blanche, très propre alors que sur les autres vues de cette même carte postale, la vigie est bien plus sale ! Deux différentes ? Sans doute.





Il est aisé de saisir le choix de ce type de construction pour une surveillance. Larges baies vitrées sur les quatre côtés, surélévation permettant là aussi de mieux lire la mer et petite plate-forme dessous permettant l'accueil et le dépôt de matériel. Regardez bien la forme et la couleur des baies, vous verrez que cela est parfois différent. Les photographes pour cette carte postale sont Bachmann et Sabnitz.

Une autre ?































Ici pas de doute, il s'agit bien de la même vigie que la première, on reconnaît facilement sa localisation et sa blancheur. On retrouve même la bouée rouge vif accrochée au mât. Le photographe cette fois c'est Krüger.
Continuons avec cette même vigie ici :


On reconnaît la bouée rouge et la même porte en bois. On aimera le geste du sauveteur en mer qui surveille à la jumelle en maillot de bain les baigneurs. Là également, le photographe est Krüger.
Et pour finir cette visite de Binz :



















Il ne fait aucun doute cette fois qu'il s'agit bien là d'une autre vigie. La fermeture de la baie orientée sur le côté terre et les pans de couleur jaune vif permettent cette affirmation. Il y a bien eu une série de ces constructions réalisées par Ulrich Müther. On trouve facilement aujourd'hui sur le net des images actuelles de ces vigies. Peut-être voyagent-elles jusqu'à Piacé ?
Sur ce site, vous en verrez une en construction :
http://archimess.tumblr.com/post/78885717074/ulrich-müther-the-water-rescue-station-on-the







jeudi 3 septembre 2015

À la télé, Julien Donada fait des bulles

Nous avons toujours ici avec plaisir soutenu et diffusé le travail de cinéaste et de vidéaste de Julien Donada. Une occasion supplémentaire nous en est donnée puisque nous pourrons voir dimanche 6 septembre sur Arte, vers midi, l'un de ses derniers films réalisés sur "la maison Unal", œuvre de Claude Costy-Haüsermann.
Nous avions publié une carte postale panoramique de cette merveille (au sens médiéval du terme) et il est certain que l'œil de Julien va nous apporter plein de surprises et d'analyses sur cet objet architectural si particulier de la production en autoconstruction en France. Donc... Tous à vos cassettes ce dimanche !
Julien Donada nous indique également que ce film sera visible su Arte+7. Il vous sera donc impossible de le manquer. Voici quelques images (ne pas dupliquer sans autorisation) qui vous donneront sans doute l'envie de voir cette maison si originale et de mieux en connaître son histoire. N'oubliez pas aussi d'aller voir les autres très beaux films de Julien Donada sur Pascal Haüsermann et de lire le livre d'entretiens.
http://archipostcard.blogspot.fr/2010/05/bulles.html
http://archipostcard.blogspot.fr/2009/06/des-indispensables.html




Je profite de cette annonce pour vous glisser deux cartes postales encore inédites sur ce blog d'une autre réalisation, cette fois directement de Pascal Haüsermann, lieu que nous aimons tout particulièrement. Il s'agit bien sûr du Motel de l'Eau-vive à Raon-l'Étape dans lequel vous passerez un moment enchanteur :



Cette première carte postale nous montre le bâtiment principal, le seul sur deux niveaux, du Motel. Au fond on aperçoit les pavillons appelés par l'éditeur Eurolux les Maison coquillages. Les deux cartes postales Eurolux sont des photographies de Marck.



Cette deuxième nous montre les maisons coquillages échouées au bord du petit et vif cours d'eau. Le photographe fait ici preuve d'une composition très reconnue nous donnant l'illusion d'écarter des branches pour trouver les petites constructions. C'est charmant et champêtre et, finalement assez juste !

mercredi 2 septembre 2015

Le chemin mécanisé

Si on a l'habitude de lire des articles sur l'importance de l'invention de l'ascenseur pour l'architecture moderne et bien évidemment pour l'invention des tours, on note peu d'intérêt me semble-t-il pour l'escalier et le trottoir mécaniques.
Pourtant certaines des plus remarquables architectures du siècle passée on fait de ces objets le signe même de leur architecture comme le Centre Pompidou. La façade devenue célèbre par son serpent courant sur l'extérieur, projetant le visiteur comme au dehors de la construction et le faisant monter dans les étages dans une sorte d'intestin transparent n'a pas de vraie utilité architecturale autre que le spectacle même d'arpenter ainsi le ciel de Paris, car, ne l'oublions pas, on peut tout aussi bien pour monter dans les étages en prendre l'ascenseur...
En striant ainsi la façade, les architectes nous emmènent bien dans une machinerie de vision offrant une ascension tranquille, douce, assistée. Oui. Assistée. C'est là aussi une forme du cool qui dit bien que la Culture peut aussi se visiter non plus pour elle-même mais pour l'objet architectural, la promenade qui vous y mène. Enfant, je me souviens que mon souvenir le plus fort de cette première visite n'était pas tant les oeuvres que j'y avais vues mais la joie de faire ainsi la montée et la descente de la façade sur les escaliers mécaniques. Devenu une véritable signature et même son logotype dessiné sur un coin de table par le génial Jean Widmer, l'Escalator de Beaubourg est sans doute le plus célèbre du monde. On notera aussi que celui-ci mène en son point le plus haut à une sorte de vigie, de plate-forme qui est encore aujourd'hui pour les visiteurs d'un jour le point focal de la visite. Voilà bien un acte architectural des plus curieux faisant du mouvement tranquille et doux, sans effort des visiteurs, un peu comme un petit train des bains de mer, l'un de ses moments les plus importants et cela en étant vu en train de le faire. La visibilité du flux humain circulant ainsi dans un boyau argumente le populaire, le simple, l'accessibilité du lieu de la Culture. Il s'agit d'une pratique sans effort du corps comme pour le tranquilliser à l'avance à la chance de la visite de l'art. La fête foraine assagie reste une fête et j'ai mis longtemps pour ma part depuis mes très nombreuses visites à renoncer à ce moment pour toujours aimer encore et encore faire monter sous mes yeux le spectacle (oh pardon Guy...) le spectacle superbe de la ville. Je prends souvent maintenant l'ascenseur mais je reste joyeux à cette opportunité urbaine.
Et si nous avons déjà décortiqué cet objet par les cartes postales, je ne peux vous priver de celle-ci si représentative de la production autour du Centre Pompidou. Il s'agit d'une édition Yvon non datée mais qui nomme les architectes Renzo Piano et Richard Rogers.



Mais d'autres lieux ont fait du spectacle de leur circulation un moment de leur architecture. L'un des plus géniaux, des plus beaux et, j'ose sans doute des plus intelligents dans l'utilisation de l'Escalator et du trottoir roulant, est l'aéroport Charles de Gaulle par Paul Andreu. Au centre, à la croisée même des destinations, s'opère dans un moment architectural unique le programme d'un aéroport et un jeu avec les utilisateurs. La croisée des trottoirs roulants et des Escalators reste l'un des hauts lieux de l'architecture contemporaine. On évoque souvent pour ce lieu les croisements infinis et sombres des prisons de Piranèse mais la lumière ici bien trop puissante ne permet sans doute pas de totalement adhérer à cette image. Ce qui est troublant c'est que si l'architecture est claire, la sensation spatiale pourrait laisser ici croire à une anarchie, une incohérence des croisements des tubes. Cette asymétrie entre la réalité de l'objet et sa perception permet bien de jouir d'un moment architectural presque comique un peu comme des circulations impossibles et vaines dans un film de Tati. Là aussi, ma première utilisation de cet espace est restée gravée dans ma mémoire comme une surprise, un jeu partagé avec les autres visiteurs étant tour à tour l'un des animateurs et l'un des regardeurs. La tranquillité associée à la régularité du déplacement mécanisé fait de chacun des corps des visiteurs une sorte de personnage, de silhouette que l'on s'amuse à suivre des yeux tout en étant à son tour observé. La suspension dans le vide, la succession des tubes les uns sur les autres ajoutant une dramaturgie drolatique.







































La carte postale qui montre cela est une édition Cap-Théojac pour la superbe série Prestige. Le photographe n'est pas un inconnu puisqu'il s'agit de Marc Garranger qui réalisa pour la même série Prestige des cartes postales du Centre Pompidou ! Malheureusement, la carte n'est pas datée. Il est certain et assez logique pour un photographe de vouloir enregistrer comme un lieu faisant exception cet espace de l'aérogare tant il lui est particulier et unique. Le cadrage est fait depuis une hauteur en plongeant sur l'objet et raconte ainsi l'histoire des déplacements, des carrefours, des croisements incessants. Le photographe lui donne sa modernité et sa particularité. On s'étonnera donc qu'une si belle carte postale pour une si belle architecture ne nomme pas son architecte Paul Andreu.

lundi 31 août 2015

Corbusier's Cloister and new brutalism

Je ne vais pas faire d'histoire, du moins je ne vais pas vous faire l'histoire du couvent de la Tourette de Le Corbusier. Premièrement (et c'est le plus important) parce que je la connais mal mais surtout parce que la richesse critique est immense et que vous trouverez rapidement toutes les informations nécessaires.
Nous allons ici prendre plaisir à croiser les sources et les regards en retrouvant des cartes postales et également un article paru dans un numéro de la revue Horizon que nous avons découvert il y a peu.
Voici donc trois cartes postales du couvent de la Tourette, trois cartes en couleurs, toutes trois des éditions Combier et toutes trois datées de 1961. Aucun nom de photographe ne nous est donné.
Commençons :



C'est bien le réfectoire que nous retrouvons ici. Cette fois il est "meublé" pour recevoir les moines et les invités. Le photographe se place au milieu de sa largeur et pointe la chaire depuis laquelle une lecture sera faite pendant le repas.



On devine déjà ici un goût certain pour une forme fruste bien entendue réglée par l'architecture même mais appuyée par un mobilier paysan, simple, franc. On pourrait à tort regretter que les amis designers Charlotte Perriand et Jean Prouvé soient restés dehors. Les meubles sont ceux des fermes alentour, des bistrots et des salles des fêtes ou des églises. Les couleurs viendront des rideaux, des pans de couleur mais surtout du paysage largement offert par les grandes baies. Il ne s'agit donc pas d'une sécheresse mais au contraire de la mise en scène d'une nature devant se fracasser dans un intérieur se laissant surprendre. La lumière et ses ombres et la vue généreuse sont les points d'appui de la méditation de ce moment de partage. L'œil pourra aussi se réjouir d'une solidité affirmée de la structure laissée à voir, apparente, finalement à l'égale des poutres de chênes immenses visibles dans le bâti ancien. Le génie civil appliqué au religieux.



La couleur ! La couleur !
La carte postale Combier nous propose là une traduction étrange de ce grand moment d'architecture qu'est la crypte du couvent. Lieu iconique de l'œuvre de Le Corbusier, les canons de lumière découpent dans le plafond des auréoles de couleurs pures venant travailler contre celles des murs et du béton brut. La succession des autels ressemble à de petites tombes posées en gradin. Les genoux sur le sol, le regard obligé à l'aplat de couleur, le crâne exposé aux tirs des canons de lumière, ici le moine reçoit l'essentiel. Un éclat de lumière étrange vient irradier l'image. On va vite comprendre qui il est.



L'autre point de vue édité nous permet en effet de saisir ce qu'est cet éclat. Il s'agit de spots électriques venant apporter à leur tour une lumière qui, rasante et blanche, fait monter le grain du banchage du béton un peu comme les restaurateurs de peintures éclairent les surfaces des tableaux pour en saisir les repentirs. On pourra se poser la question de la nécessité d'un tel ajout de lumière comme si l'architecture n'en distribuait pas assez. Trois sources de lumière donc dans ce lieu : les canons de lumière, les spots et n'oublions pas les cierges qui brûlent d'une lumière jaune et fragile et qui sont bien plus des images sur lesquelles appuyer les prières que des sources d'éclairage. Mais ces deux cartes postales proposent des champs colorés que l'on devine un rien retravaillés par l'éditeur. On aperçoit des saturations et même des chevauchements d'aplats qui ne sont pas naturels au lieu. Il y a eu là sans doute un peu de retouche. Qu'importe ! Quel espace ! On oscille entre une rigueur froide et cryptique et la jubilation parfaite de la couleur pure. James Turrell sait-il d'où il vient ?
Mais voici que la revue Horizon datée de mars 1961, même année donc que nos cartes postales, consacre un article très illustré sur le couvent de la Tourette. Écrit par Cranston Jones, l'article est très positif et fait un travail didactique pour faire saisir l'opportunité de cette architecture. Certains passages feront plaisir au Comité de Vigilance Brutaliste car très vite cette terminologie est utilisée sans d'ailleurs nommer sa source : Reyner Banham. Ce qui prouve bien que dès le début des années soixante, ce vocabulaire est d'usage autour de l'œuvre de Le Corbusier et même tente d'en faire l'un des natifs. Comment ne pas être d'accord avec Cranston Jones ?
On remarquera que l'iconographie de l'article provient de plusieurs sources photographiques allant de l'inévitable Lucien Hervé à Jean Marquis ou encore J. Caps, ces deux derniers photographes m'étant encore inconnus. Il semble donc que l'auteur ait pioché dans une banque d'images pour faire son article. Le choix se porte sur des cadrages serrés, tendus, durs dont seules les silhouettes des moines permettent de donner vie et échelle. C'est bien les clichés de Jean Marquis qui révèlent la vie du couvent de la Tourette. La revue Horizon fait le choix d'un article entièrement en noir et blanc ce qui durcit aussi l'aspect brutaliste de l'œuvre de Le Corbusier que tente d'adoucir le texte en évoquant par exemple les couleurs manquantes ou l'intégration dans le paysage. La mise en page est solide, belle et offre parfois des photographies en pleine page associées à des détails. De nombreuses citations de le Corbusier sont utilisées pour lui permettre aussi d'expliquer le sens de son travail. Il donne même en quelque sorte la définition de ce que l'article appelle The new brutalism : " avec des matières brutes, établir les rapports émouvants." Malheureusement, Cranston Jones ne nous donne pas l'origine de cette citation...
Bonne lecture !

On pourra revoir et relire les articles sur le couvent de la Tourette en allant là.


























dimanche 30 août 2015

Foncillon réconciliation

Malgré une nuit difficile où les images de la journée d'hier revenaient en boucle, au matin, au petit déjeuner, Jean-Michel et Mohamed avaient fait tout deux bonne figure. Jean-Michel savait décrypter dans une politesse trop appuyée, dans des petits gestes attentifs de la part de Momo les excuses qu'il ne dirait pas. Ces deux-là fonctionnaient ainsi sur le mode du silence bavard.
Lorsque Gilles descendit à son tour pour prendre le petit déjeuner dans la salle de l'Hôtel Beau Rivage, il s'assit à côté de son frère, lui aussi, comme si de rien n'était. Il faudra maintenant toute la patience de Yasmina et de Jocelyne pour faire chauffer à nouveau, entre ce trio masculin, la complicité qui les reliait.
Momo taquina un peu Gilles, histoire de le faire rire et de briser ce silence. Gilles se laissa ainsi un rien moquer sur sa tenue, et Jean-Michel, dans une complicité soudaine avec Momo, ajouta une petite pique en levant les yeux de son journal. Gilles se laissa faire, tous et surtout lui, savaient bien qu'il s'agissait là d'une stratégie familiale et non d'une vraie attaque.
Il faisait beau.
Momo osa même exprimer une envie. Il voulait absolument aller se baigner dans la piscine de Foncillon. Il savait pourtant que Jean-Michel ne comprenait rien à ce désir de bain en piscine alors que la mer elle-même était au pied du bassin, gratuite, vivante, joyeuse.
Momo essaya d'argumenter sur la température, la propreté, les plongeoirs et la tranquillité d'un espace privilégié. C'est bien ce privilège qui exaspérait Jean-Michel.
Gilles regarda Momo dans les yeux et lui demanda pourquoi il n'évoquait pas tout de suite la seule et vraie raison du désir de Momo d'aller à cette piscine.
Momo resta bouche bée.
Jean-Michel demanda à Momo des précisions que celui-ci fit semblant de ne pas comprendre.
"Les filles." finit par dire Gilles.
"Et surtout une."Ajouta-t-il.
Jean-Michel comme soutenu par le rempart de son journal qui le cachait à moitié regarda fixement Momo qui détourna les yeux puis, comme à son habitude, Momo reprit la parole immédiatement pour prendre position, argumenter, occuper l'espace de ses mots et désavouer Gilles.
Mais la surprise vint de Jean-Michel qui lui coupa la parole.
"C'est une excellente raison. Pourquoi ne pas l'avoir dite de suite ?"
Jean-Michel savait parfaitement que Momo serait bien plus gêné en trouvant en son père un allié exigeant une parole vraie plutôt que des mensonges sous-entendus et complices.
Momo et Gilles restèrent stupéfaits.
"Je suis d'accord, vous allez à la piscine de Foncillon. Gilles tu decideras de la fin de la baignade qui ne devra pas excéder 18h30. Vous rentrez directement, vous ne quittez pas la piscine sans nous dire où vous allez. Je passerai vous voir dans l'après-midi par surprise. Momo tu fais exactement tout ce que te dit ton frère. C'est à prendre ou à laisser comme proposition."...........



.............Comme convenu, Jean-Michel laissa Yasmina et Jocelyne sous les voûtes du port pour aller jeter un coup d'œil à ses deux fils laissés à la piscine de Foncillon. Et comme à son habitude, Jean-Michel jeta d'abord un regard général sur les lieux,  admirant la belle tour de Foncillon et le Palais des Congrès. Il s'étonna aussi que depuis cette hauteur, légèrement en surplomb, on puisse voir Notre-Dame de Royan dépasser un rien de l'hôtel Beau-Rivage.







Il ne mit pas longtemps à trouver ses garçons qui occupaient symétriquement les plongeoirs. Ils avaient tous les deux des maillots de bain du même rouge vif achetés ensemble comme un signe de ralliement. Mais dans leur attitude, dans leur geste, Jean-Michel pouvait aussi reconnaître leurs différences de caractère. Gilles était seul sur le plongeoir, il regardait à sa droite son frère Momo juché sur le dos d'un autre adolescent, complice et camarade de jeu d'un après-midi comme savait en trouver Momo partout où il allait ce que ne faisait jamais Gilles dont semble-t-il la proximité avec son frère lui suffisait toujours. Gilles voulait là faire un beau plongeon, propre, bien dessiné, sportif. Momo, lui voulait faire un énorme splash, une bombe la plus bruyante et spectaculaire possible.






Jean-Michel les regarda sans intervenir assez fier de ses deux garçons. Il vit aussi que deux jeunes adolescentes étaient elles aussi au spectacle. Gilles s'élança le premier, parfaitement tendu et entra dans l'eau sans aucun frémissement de la surface. Momo et son copain tombèrent dans l'eau dans des hurlements stridents juste avant un silence puis l'énorme geyser attendu. Les trois nagèrent vers le bord et Jean-Michel décida d'aller les rejoindre. Jean-Michel comprit immédiatement à l'attitude de Momo que celui-ci avait peur que son père ne désapprouvât ce plongeon bruyant et viril.
"Tout va bien ?" demanda Jean-Michel aux deux têtes mouillées dépassant du bleu de la piscine.
"Oui, on va bientôt rentrer Papa, il est presque l'heure non ?"
"Vous avez encore une demi-heure, Gilles. Aucun retard, vous entendez. Aucun retard."
"Et si on rentrait maintenant puisque tu es là ?"
Cette proposition de Momo d'écourter ainsi la baignade était le dernier geste de réconciliation que celui-ci voulait offrir à son père. Gilles approuva, il était un peu lassé des jeux puérils de son frère dans cette piscine même s'il avait bien apprécié la compagnie de son camarade d'un après-midi.
"Parfait, je vous attends dehors."
Jean-Michel entendit alors l'une des filles, celle au maillot blanc, s'adresser à Momo.
"Oh dis donc il est pas marrant votre père, venir vous chercher comme ça !"
"Notre père il est génial et ce que t'en penses, on s'en bat l'œil." Lui rétorqua aussi sec Momo.



vendredi 28 août 2015

La meilleure série américaine : premier épisode, les cartes postales

Dans la série How I met your mother, Ted Mosby le héros principal qui est architecte, nous raconte que l'un de ses désirs les plus chers est de marquer la skyline de New York de l'une de ses créations. Cette ambition fut réussie par une équipe internationale d'architectes pour l'un des emblèmes de la ville de New York, le siège des Nations Unies.
Lorsqu'on demande à un groupe d'architectes de travailler ensemble sur un projet, on peut souvent s'attendre à avoir le moins bon de chacun d'eux avec le désir ensuite de ses protagonistes d'obtenir la paternité de la réalisation... La médiocrité nait souvent du consensus.
Mais, voyez-vous, étonnement, ce n'est pas le cas ici, même si bien sûr, Le Corbusier fut le premier à demander un peu plus de reconnaissance. Le siège de l'ONU est une réussite aussi certainement parce qu'il permet d'un coup de faire entrer la skyline dans le style international. C'est sans doute cela qui détermina sa richesse iconique et qui poussa les éditeurs, en plus du programme, à réaliser une quantité incroyable de cartes postales et de continuer d'en produire. Avec sans doute feu le World Trade Center, New york s'est reconnu par cette construction.
J'ai plus d'une vingtaine de cartes postales de ce siège des Nations Unies dans ma collection et je suis très loin d'avoir la totalité de ce qui a été produit. Je vous propose donc ce qui sera, par la quantité des cartes, l'un des plus longs articles de ce blog !
On notera que le bâtiment fut photographié selon presque tous les angles, de l'extérieur et de l'intérieur, de jour comme de nuit. La nuit ayant d'ailleurs été pour les éditeurs une vraie alliée. On trouvera dans les revues quelques compléments à cette série américaine. On notera également que dans cette série aucun éditeur ne prend le temps de nommer les architectes !
Faisons-le maintenant :
Directeur des plans : Wallace K. Harrison
Directeur des plans adjoint : Max Abramovitz
Architectes-conseils : G-A. Soilleux (Australie), Gaston Brunfaut (Belgique), Oscar Niemeyer (Brésil),
Ernest Cormier (Canada), Ssuch'eng Liang (Chine), Le Corbusier (France), Howard Robertson (Royaume-Uni), Sven Markellus (Suède), N-D. Bassov (U.R.S.S.), Julio Vilamajo (Uruguay).
Experts-conseils particuliers : Hugh Ferris (U.S.A), Vladimir Bodianski (France), John Antoniades (Grèce), Mattew Nowiki (Pologne), Josef Havlicek (Tchécoslovaquie), Peter Noskov (U.R.S.S.), Ernest Weissmann (Yougoslavie).
Ouf ! On notera la présence de Hugh Ferris...

Si dans le plan général, on peut tout à fait admettre que les idées de Le Corbusier sont majoritaires, il ne faut pas oublier l'influence certaine d'Oscar Neimeyer dans le dessin de la salle de l'Assemblée Générale. Nous dirons que par ce brassage d'architectes qui a fait que la France a eu l'idée magnifique de proposer pour la représenter de choisir un architecte franco... suisse, (ce qui s'accorde d'ailleurs avec l'idée même de nations unies), ce bâtiment est une forme de déclaration du style international. Pour la photographie, c'est évidemment la grande façade s'élevant sur l'horizon qui fait la figure de la construction. Par son échelle et sa proportion, un parallélépipède fin à la grille régulière, ce morceau prend le potentiel d'un signe. Il apparaît moins dogmatique que les pointes ahurissantes de ses compagnes venant enfoncer des aiguilles gigantesques dans le ciel américain. Sa neutralité symbolique, presque une froideur narrative permettent bien de ne donner aucune chance à une récupération nationaliste. Cela sert parfaitement le lieu et sa fonction et sur le sol américain il est déjà à lui seul une déclaration d'unité. On le rêverait sans doute plus efficient dans sa réalité politique...
Dans l'ensemble on ne remarque rien de très particulier dans les prises de vues de la construction. On oscille entre désir de fixer l'ONU dans son paysage urbain et le saisir plus serré dans le cadre pour mieux le définir. C'est là un dilemme fréquent d'autres objets architecturaux. J'aime tout particulièrement quelques cartes postales non pas tant pour l'audace artistique de leur cadrage que pour une douce charge sympbolique. J'aime tout particulièrement celle des éditions Manhattan Post Card Pub qui cadre au premier plan le très beau drapeau américain flottant flou. Sa fragilité agitée s'oppose à la fermeté du bâti. Par ce plan, il semble bien que le photographe replace l'orgueil de la Nation américaine au cœur de la question internationale des enjeux politiques, réaffirmant là le territoire de ce combat. Ce drapeau, quoique vous en pensiez, je le remercie.



Sur cette édition, on remarque le chantier sur la droite de l'image, édition Alfred Mainzer, datée de 1963, photo de Trans World Airlines :



Prises au fil de l'eau, voici d'abord l'édition  Alfred Mainzer, photo de A. Devaney puis l'édition Manhattan Post Card Pub, datée de 1964 :




















L'une des plus belles, des plus radicales, encore une édition Alfred Mainzer :

Une édition Alfred Mainzer avec oblitération dans le ciel :



Directement éditées par le bureau de l'information au public, une série de l'intérieur des Nations Unies :










Toujours une édition Alfred Mainzer mais curieusement imprimée en Espagne !
Au dos le correspondant précise avec humour : "Architect is the more difficult job in the world."

























Maintenant, la nuit va tomber, à moins que ce ne soit le jour qui se lève sur New York !
Par ordre d'apparition : édition Alfred Mainzer expédiée en 1980, édition Manhattan Post Card pub. expédiée en 1967 photo de la Free Lance Photographers Guild, édition Nester's Map, photo de la trans World Airlines. Pour finir un éditeur inconnu, la carte fut expédiée en 1977.