mardi 2 janvier 2018

Territoire perdu de la Conservation du Patrimoine ?

Comme tous les ans, je tente un bilan pour l'année passée.
D'abord, chères lectrices, chers lecteurs, je me dois de vous remercier pour votre fidélité à ce blog, pour les encouragements, les dons, les commentaires toujours bienvenus. Merci pour les invitations pour les conférences, les articles illustrés de mes cartes postales.

Je vous souhaite pour 2018 une année bien riche en découvertes architecturales, en visites, en promenades que ce soit dans le réel, dans les livres, dans les archives ou mieux, dans les souvenirs de ceux qui ont participé et qui participent encore à l'histoire de l'architecture moderne et contemporaine.
L'année 2017 est une année bien triste pour le Patrimoine moderne et contemporain, les attaques ont continué, des dossiers importants ne sont toujours pas traités et rien dans l'absence des déclarations de notre nouvelle Ministre de la Culture ne laisse penser à une prise en compte de ce Patrimoine.
Et surtout pas la "nomination " (comment dire...) de Monsieur Stéphane Bern qui nous propose de jouer au Loto ou de payer pour entrer dans un lieu de la Foi... On n'y croit pas tellement c'est stupide, je pense qu'il s'agit d'une blague et en même temps ça fait peur. Quel niveau de réflexion ! Vraiment !
Passons rapidement.

Donc 2017 :
-L'école d'architecture de Nanterre pourrit toujours. La honte totale.
-Les Tours-Nuages d'Émile Aillaud à Nanterre sont menacées gravement. Elles ne sont, finalement, que la partie visible et spectaculaire de ce qui attend le Patrimoine du logement social des Trente Glorieuses. Personne ne bougera pour toutes les autres transformations venues ou à venir, la requalification étant aujourd'hui la norme de la mise en ruine. Merci les écologistes à shampoing et gel-douche.
- La destruction sans vergogne d'une œuvre commune de Jean Prouvé et Paul Chemetov à Saint-Ouen-sur-Seine exactement pendant la semaine des Journées Européennes du Patrimoine sans que personne ne bouge...
- Les modifications notables et l'attaque de l'un des plus beaux ensembles d'architecture de logements avec la modification des terrasses de la Maladrerie de Renée Gailhoustet. Incompréhension totale de l'architecture et de ses qualités par les "gérants" de cet ensemble. Exemple limpide des errements de gestion et de la fainéantise de la pensée sur l'architecture.
- la requalification de la Tour Montparnasse, véritable ratage conceptuel mais véritable chef-d'œuvre de communications stratégiques qui constituera donc un monument à la servilité de la pensée commune.
- Enfin, parmi les "belles surprises", de la part de l'un de nos plus grands et radicaux architectes, le collage mou d'une tour par Rudy Ricciotti en contrepoint de la Maison du Peuple de Clichy ou, comment avec un grand nom, avec les complicités des institutions et des promoteurs, on fabrique une pseudo-attention et surtout du mètre carré bien senti. Là encore, non seulement personne ne bouge mais, au contraire, on se congratule devant autant d'audace...
Comique et tragique tour... de passe-passe.

Devant ce bilan, une chose me saute aux yeux : tout cela se passe en Ile-de-France. Est-ce un territoire perdu de la République et de la Conservation du Patrimoine ? Est-ce que le maillage politico-institutionnel de la fonction publique, le manque d'effectif, la trouille, un paysage trop riche pris de boulimie, est-ce tout cela qui donne à voir ce pathétique bilan pour cette région ? Je ne sais pas. Pourtant Monsieur Bernard Toulier fait un article* bien timide sur la possibilité de s'intéresser à ce Patrimoine, il y a peu, dans Libération. C'est déjà ça. Mais hier, on entend aussi Monsieur Collomb, Ministre de l'Intérieur devenir donc maintenant l'un de nos plus éminents spécialistes de l'urbanisme et affirmer avec force après le drame de Champigny :
"...Je crois que ce sont ces quartiers qu'il faut changer, j'étais à Champigny hier et lorsqu'on voit ces grandes barres on se dit qu'il y a un aspect totalement inhumain qui ne peut que générer de la violence donc ce sont des réformes de fond qu'il faut effectivement mener, une politique de la ville politique, une politique de l' Agence Nationale de la Rénovations Urbaine. Je crois que ces quartiers ne peuvent pas rester comme ça..."
Vous avez raison Monsieur Collomb, faut pas que ça reste comme ça ! Alors ?

On connait ce vieux discours qui confond contenu et contenant, habile se croit-il car il permet de déplacer les responsabilités. La Police de Monsieur Collomb va donc donner ses ordres à l'A.N.R.U. Je les plains... La Police va donc bientôt aussi enseigner dans les écoles d'architecture pour savoir comment bâtir, dessiner des cités plus sûres. Pas plus d'un étage, s'il vous plaît, pour que le frigo balancé depuis la fenêtre de la barre sur le car de Police ne tombe pas de trop haut ?
Inhumaines les barres ? Alors Monsieur Collomb exigez dès maintenant la destruction de la barre de Foncillon à Royan, celle de Dubuisson à Montparnasse par exemple... Les architectes sont forcément en tort, ils ont construit eux, des logements par milliers à une époque où dormir dehors était une honte. Faites donc avec votre gouvernement le même effort que cette génération au lieu d'attaquer sans fondement cet héritage qui n'a pas démérité et qui lui, a logé des pauvres et des sans-abris.

Pour le cas que nous suivons ici depuis cinq ans maintenant (bientôt six...), le centre commercial de Ris-Orangis de Monsieur Claude Parent, nous pouvons dire que sa gestion est un cas d'école (que, donc, j'enseigne à mes étudiants). Alors même que dans un article du Parisien** Madame Agnès Chauvin nous redit l'importance de l'architecture du Vingtième siècle, alors même qu'elle nous rappelle qu'un citoyen peut faire une demande de classement, il aura fallu que je menace d'une plainte auprès du tribunal administratif pour avoir une réponse officielle... qui est identique aux explications téléphoniques. Il faut que tous les propriétaires soient au courant de cette demande (sic). On apprend d'une certaine manière que le délai de réponse accordé à un propriétaire est de cinq ans donc... Vue la campagne médiatique sur cette demande, difficile de croire que les propriétaires ne soient pas au courant de ce dossier, surtout que, pendant ce temps-là, pendant ce délai offert aux propriétaires, ils déposent des demandes de permis de construire qui sont acceptées par la Mairie de Ris-Orangis, elle, bien informée de cette demande de classement... On appelle cela comment ? Oui, c'est ça.

Pour mon anniversaire, Walid Riplet m'a fait un beau cadeau. Il a dessiné et fait imprimer cette nouvelle carte postale militante pour soutenir cette demande de classement. M'ayant vu un peu désespéré, il a pensé qu'il devait prendre à sa manière le relais. Merci Walid.
La carte postale la voici, c'est sans doute la plus belle carte de vœux pour 2018. Demandez-la, elle est gratuite, elle vous sera envoyée avec plaisir.






































Comme Walid, il faut que vous preniez tous, partout, le relais. Que ce combat pour le Patrimoine moderne et contemporain soit le vôtre. Écrivez, pétitionnez, manifestez, discutez avec vos élèves, vos étudiants, partagez les articles, vos indignations. Déposez des demandes de classement dans vos D.R.A.C, vous en avez le droit ! Faite-le ! Inscrivez-vous dans des associations de défense !

Pour finir sur une note positive, voici un autre bilan :
- Grâce à l'énergie sans faille de Nicolas Hérisson (un énorme merci) et de l'association Piacé-le-Radieux, nous avons pu terminer la restauration de la Bulle six coques et même en sauver une autre. Le chantier pour cette nouvelle va bientôt démarrer.
- Grâce à l'énergie sans faille de    Clément Cividino, nous avons pu sauver, avant la poubelle, le mobilier de Charlotte Perriand et Jean Prouvé de la barre Le Couteur du Mans en cours de... requalification...
- La chance m' a permis de trouver et sauver le Fonds photographique d'un photographe des éditions Yvon, Michel Moës, ce Fonds est en cours d'inventaire.
- Nous continuons avec la famille Lestrade d'éplucher, ranger et mettre en valeur le Fonds de l'Agence Lestrade. Merci Jean-Jean, Walid, Alvar et Denis que je n'oublie pas.
Conférence visible ici.
- Et, plus personnel, j'ai pu enfin faire rentrer dans ma bibliothèque un livre que je cherchais depuis plus de dix ans : le Brutalisme en Architecture de Reyner Banham aux éditions Dunod ! Une brique finale (?), superbe venant se caler entre Bunker Archéologie de Paul Virilio, la Fonction Oblique de Claude Parent et la correspondance de Le Corbusier.
Voilà.
Merci encore à tous, merci de partager cette passion. Belle et heureuse année 2018.
David Liaudet

*
http://www.liberation.fr/france/2017/12/28/sauvegarder-le-patrimoine-de-banlieue-une-question-politique_1619400

**
http://www.leparisien.fr/paris-75/huit-nouveaux-monuments-sous-haute-protection-de-l-etat-19-04-2016-5728751.php


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